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1 Louvre, qu’on l’évitait, le jour, comme un sse-cou, la nuit, comme un coupe-gorge, et l’on isait bien. Les petits étalages en étaient surtout uextricable embarras. Il ne s’y trouvait pas le oindre recoin sans un éventaire ou sans une hoppe. Les portiques, les entre-colonnements, les ches même des statues, tout était envahi. En in V, on tenta un grand déblaiement des abords du ouvre, et l’on crut que c’en était fait de tous ces hoppiers parasites : point du tout, ils tinrent bon, monument ne fut pas débarrassé, le passage ne t pas frayé. Il parut alors contre ces échoppes naces une brochure fort amusante, où il est dit ître autres choses : « On a découvert au Louvre is passages, des colonnes, une niche dans laquelle ittendais une statue. La place est déjà prise. Un hoppier, avec un coffre cadenassé, cloué, arrêté ir tous sens, s’en est fait un piédestal, et bientôt 1 l’apercevra faisant la soupe dans sa niche. » Dans les cours même du palais, ce n’était pas de oindres encombres. Louis XIV, comprenant qu’il liait une communication de ce côté, avait enfin msenti à ce qu’un passage y fût ouvert pour le îblic; mais ce fut la cause de mille abus qui obligent de le faire fermer peu d’années après. Une iule de gens mal intentionnés profitaient de cette
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entrée publique pour se glisser dans le dédale c masures et de décombres qui obstruaient la coi principale. Quelques-uns pénétraient jusque dans 1 galeries, s’y établissaient, et ce n’est qu’à grand’peir qu’on pouvait les en déloger. Le palais des ro avait ainsi une étrange population de vauriens, q s’en faisaient un repaire x, et de débiteurs frapp de contrainte par corps, qui s’en faisaient un âsil»| C’étaient ceux-ci les plus nombreux; aussi est-( contre eux que furent prises les premières mesur< d’expulsion.
Par lettre datée du io mars 1683, Louis XI donna ordre à Séguin, gouverneur du Louvre, c ne pas souffrir que les contraints par corps se fisse) désormais un refuge des galeries, et profitasse) plus longtemps de l’inviolabilité attachée à tou
I. L’enceinte du palais du Luxembourg était, comn celle du Louvre, un repaire de voleurs. M. de la Reyn en donna avis à Colbert, et celui-ci, le 8 juin ï6~t, èc vit au prévôt des marchands afin qu’il fit cesser cet ab du droit d’asile dans les palais royaux. Il le priait de vo< de la part même du roi, Madame, à qui le Luxemboui appartenait alors, et de lui faire connaître « dans les te mes les plus lionnestes qu’il se pourroit, que Sa Majes désiroit qu’elle donnast les moyens de faire arrester c filoux afin d’empescher un si grand désordre. » (Bibliot Nat., mss. Lettres de Colbert.)
demeure royale. Restaient les voleurs qui fori maient le reste de la population de l’illustre palais1.
Pour eux, Louis XIV fut plus patient, sans doute ! par ignorance. Jusqu’en 1701 il leur laissa le Louvre i ouvert, avec pleine liberté de s’y cacher après un mauvais coup, et d’en sortir pour quelques prouesses nocturnes. Enfin, tous ces désordres lui étant connus, il fit fermer le malencontreux passage, et, du même coup, le repaire qu’il servait à alimenter se trouva détruit. C'est encore Séguin qui dut exécuter cet ordre. Le 9 novembre 1701, le roi lui écrivait de Fontainebleau : « Estant informé que le passage qui a esté ouvert depuis plusieurs années au public, dans mon chasteau du Louvre, est une occasion de désordres et de scandales, je vous escris cette lettre, pour vous dire que mon intention est que ce passage soit doresnavant fermé, qu’il n’y ait que la principale porte ouverte pour ceux qui y doivent entrer, et que vous teniez la main A ce que ceux
1. En 1693, les bâtiments du Louvre furent employés 1 utilement pour le peuple. On lit dans le Journal de Dan geau, à la date du 27 septembre de cette année-là : « M. de Pile a fait un traité avec le roi, par lequel il s’oblige de 1 fournir tous les jours à Paris 100,000 rations de pain à deux sous la livre, pour les pauvres, on fait les fours dans le Louvre . »
qui y entreront se comportent avec le respect dû à tel lieu x. »
Cette clôture aurait pu n’être que provisoire ; afin d’être à même d’ouvrir de nouveau le Louvre au public, on n’avait qu’à procéder, je ne dis pas à son achèvement, cette œuvre de tant de siècles, mais aumoins au déblaiement de ses abords et de ses cours intérieures. C’est à quoi l’on ne songea point dans les dernières années de Louis XIV, et moins encore dans les permières années de Louis XV. Savezvous même ce qu’en désespoir de ne pouvoir rien faire pour l’achèvement de cette oeuvre géante, on résolut, au sujet du Louvre, dans le conseil du ministre-cardinal, M. de Fleury? Vous n’allez pas le croire; on résolut de l’abattre, d’en faire table rase comme d’une ruine gênante, et de faire argent de ses somptueux débris. Le fait est inouï, n’est-ce pas? il est vrai pourtant, et comme preuve je vous citerai le témoignage irrécusable de Latour de Saint-
i. Depping, Correspond, administ. de Louis XIV. T. II. pages 597 et 793. — De tout temps il y avait eu de^ voleurs au Louvre. Malherbe écrit à Peiresc, le 28 févriei 1613, « qu’on y a volé toute la garde-robe de la reine. » En novembre j666, le vieil abbé Bruneau y fut tué, dam sa chambre, en plein jour, selon la Muse Dauphine de Subligny .
Yenne, qui, dans le dialogue intitulé : l’Ombre du grand Colbert , donne la chose comme trop certaine.
D’abord il nous peint l’état délabré du malheureux palais voué aux démolisseurs : « Ses murs sans couverture, abandonnés aux outrages du temps, comme la masure la plus vile; les bâtiments destinés aux usages les plus abjects qui l’entourent de toutes parts, et qui ont pénétré jusque dans l’intérieur de la cour; la galerie d’Apollon toute dégradée, etc... w Et c’est après cela qu’il nous rappelle comment, sous le ministre Fleury, on proposa d’abattre le Louvre pour vendre les matériaux : « Cette extravagante proposition, dit -il, fut écoutée, mise en délibération, et allait passer tout d’une voix, lorsqu’un des membres du conseil demanda quel Français serait assez audacieux pour se charger d’une telle entreprise. » Pour notre compte nous ne connaissons rien qui soit digne, comme vandalisme, d’être mis en parallèle avec ce fait incroyable, si ce n’est pourtant la proposition faite au temps de la Terreur, à propos du Palais-Royal, dont on devait démolir les bâtiments et raser le jardin x.
Revenons à nos guichets, que le projet du cardi-
i. Décade philosophique. Tome XIV, page 237.
liai Fleury eût si bien rendus inutiles. Dans toute la longueur de la galerie, c’est-à-dire depuis le Louvre jusqu’aux Tuileries, on n’en trouvait que trois, servant aux voitures aussi bien qu’aux piétons, et malgré cela aussi peu larges qu’une simple porte! cochère. Le premier qu’on rencontrait était placéj tout près de l’endroit où la grande galerie vient se, rattacher au Louvre. Il faisait suite à la rue Fromenteau, devenue depuis la rue du Musée, et aujourd’hui détruite. D’un côté, par ce guichet, elle; donnait sur le quai ; de l’autre, elle ouvrait sur k; Palais-Royal, en face meme du cul-de-sac au fond duquel était l’Opéra. Cela dit, et en se rappelant que le public de l’Opéra se recrutait surtout dans k noble faubourg, -qu’on juge du nombre énorme de voitures qui devaient se presser dans cette rue étroite au commencement et à la fin de chaque spectacle; qu’on songe à l’inévitable encombrement du guichet servant de débouché, et que l’on calcule, si c’est possible, les dangers qui devaient er résulter.
Il est vrai qu’une autre file de voitures pouvai prendre la rue Saint-Thomas-du-Louvre, et h suivre jusqu’au second guichet qui la mettait er communication avec le quai ; il y avait même aussi un peu plus loin, la rue Saint-Nicaise que terminai
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lie troisième guichet ouvert assez près du Pont- ; Royal; mais était-ce assez de ces passages, que leur peu de largeur rendait encore plus insuffisants, et jpouvaient-ils faire que les accidents fussent plus ; rares?
Un écrivain du Mercure, qui en 1757 fit un article là ce sujet, va se charger de répondre : « En l’année 1750, dit-il, revenant d’entendre la Serva pa irona et le bouffon Manelli, et Jeliotte, et Mllc Fel !à l’Opéra, je vis écraser contre une borne du guichet un malheureux père de famille. Echappé moimême avec peine au danger, je revins chez moi tout troublé. Le lendemain, au café, je déclamai iavec beaucoup de vivacité contre les carrosses, et surtout contre la barbarie qui laissoit subsister les causes du malheur dont j’avois été témoin. » Notre homme entre alors dans le détail de ce qu’il crut devoir dire pour soutenir sa thèse, et n’oublie pas non plus les objections qu’on lui fit. Elles sont curieuses, surtout celles d’un petit robin qui avait épousé la fille d’un officier des écuries, et qui criait comme un beau diable, parce que, pour pratiquer un nouveau guichet, il eût fallu entamer de quelques toises le rez-de-chaussée des galeries où se trouvait le domaine de M. son beau-père, les écuries du roi. Il disait, par exemple, que Sa Majesté pouvant d’un
moment à l’autre quitter Versailles pour les Tuile ries, il serait imprudent d’ouvrir près de ce demie palais une communication qui pût permettre au fau bourg Saint-Germain de donner la main au fau bourg Saint-Honoré. Enfin, revenant à sa raiso péremptoire, il disait encore, d’après la position de écuries, qui s’étendaient depuis le palais jusqu’ l’imprimerie royale, « que l’ouverture proposé couperoit un bedu filet à’ écurie, et prendroit la plac de six chevaux du roi. » A quoi un petit vieillar ajoutait encore ceci, dit tout bas à l’oreille de celi qui avait soulevé le débat et qui avait si bien plaid la cause des guichets : « Apprenez que dans c • pays-ci l’on ne déplace jamais des chevaux pour de hommes; que dans les monarchies on ne fait jamai rien pour le peuple; et puis... avez-vous remarqu que tout le long de la galerie du Louvre il y a de échoppes bien sales où l’on vend de la vieille fer raille et de vieux souliers, et que pour ouvrir d nouveaux passages, il en faudroit ôter cinq à six Or, une de ces échoppes appartient au neveu d bâtard de l’apothicaire du secrétaire, etc., et jama on ne vaincra un obstacle aussi puissant. »
Que de choses pour un guichet! Mais, de ne trois discoureurs, lequel eut enfin raison? Celui qi avait parlé le premier; il lui fallut, il est vrai, at
Ldre près de deux ans encore, c’est-à-dire jusqu’en 59, pour que le passage tant demandé fût établi. On le dut à M. de Marigny, qui, une fois la réution prise, ne marchanda pas avec le terrain, et lia bravement dans le rez-de-chaussée de la gale- , ne ménageant ni les écuries royales qu’il entalit d’un côté, ni l’imprimerie à laquelle, de l’autre, mlevait une arcade. Au lieu d’un seul guichet, il fit pratiquer trois de la plus belle largeur, les ;mes enfin qui ouvrent encore une si utile commication entre le quai et la place du Carrousel. >us les écrivains du temps qui s’occupaient de îistoire de Paris s’épuisèrent en éloges pour nercier dignement de ce bienfait le surintendant 5 bâtiments. Hurtaux écrivit dans son Dictionire des rues de Paris : « On a joint dans cet ouvrage magnificence et le grand goût à la commodité, ouverture de ce passage fait beaucoup d’honneur .'architecte qui en a conçu l’idée, et l’on peut dire e depuis trente ans on n’a fait aucune réparation blique si nécessaire et en même temps si bien tendue. » Piganiol de la Force répète ces paroles ns sa Description de Paris , et il ajoute, renchérisit sur les éloges que méritaient les fameux guiets : « On n’y désire qu’un marbre qui apprenne x passants que c’est à M. de Marigny qu’ils sont
redevables de ce bienfait. » Aurions-nous cru, no qui voyons la chose faite et qui en avons tou j ou joui, que son établissement eût dû subir tant ( retards, motiver tant de requêtes, et, une fois o tenu, être l’objet de tant de reconnaissance? Toj Paris en fut là pourtant, et, pendant la premiè > semaine, je gage que la population tout entière vii défiler sous les fameux passages. D’Alembert, à q la métaphysique et la géométrie n’avaient pas ô I toute candeur et toute naïveté, eut une vraie jo d’enfant la première fois qu’il les traversa en vo: ture : a Mme de Créquy, écrit Ch. Pougens dans < Lettre quatrième , lui proposa de le mener prendi l’air sur les quais dans sa voiture; alors elle demei rait aux Quatre-Nations : il accepta avec joie, t parut, de la meilleure foi du monde, prendre u plaisir si vif au bruit, ou, pour mieux dire, au ri sonnement sourd et prolongé que produisaient et 1 piétinement des chevaux et le roulement de la vo ture en traversant les guichets du Louvre pour 1 ramener chez lui, que cette dame eut la compla sance d’ordonner à son cocher de passer et de repa.1 ser cinq ou six fois de suite sous ces voûtes sonores : M. d’Alembert la remercia avec cette exaltatioi naïve d’un enfant dont on a complaisamment satis fait la fantaisie. »
in môme temps que l’on ouvrait aux voitures ce le passage, on rendait de nouveau aux piétons Urée dans la cour du Louvre par la colonnade, m leur pratiquait une voie de sortie sur le quai, dégageant la porte latérale bouchée jusque-là par (ardin de l’Infante. Tout cela ne fit pas supprimer autres guichets du Louvre; loin de là, ils continrent même d’être toujours très fréquentés, si j’en is certaine anecdote sur M. de Lauraguais, que /art raconte ainsi dans une lettre de 1770 : « M. de rraguais, s’étant trouvé dans un des guichets du avre où il y avoit alors beaucoup d’embarras,' endit les cris d’une femme qui partoient d’une ture qui arrivoit en face de la sienne. Il baisse sa ce, avance la tête et prête l’oreille : il aperçoit e de***, qui lui dit : « Il est bien étonnant que de Lauraguais, qui est si poli pour les dames, fasse pas attention à moi. — Ah! madame, :ria M. de Lauraguais, vous n’aviez qu’à vous ntrer d’abord; moi, mon cocher, mes chevaux, is aurions reculé jusqu’au fond de la rivière. » )ans toute cette partie, les communications ne tiquaient donc plus. Il n’en était pas de même côté des Tuileries. Point de rue nouvelle encore , les reliant à la rue Saint-Honoré à travers le ître des Feuillants, ou qui, les rattachant aux
boulevards par une tranchée hardie dans l’e. os des Capucines, vînt rendre plus facile l’accè lu royal jardin. Il fallait pour cela les impitoy .es démolitions de la Révolution, couronnées pa .es grands travaux de l’Empire. Jusque-là on du se contenter de l’étroite issue qu’ouvrait du côt de Saint-Roch la petite rue du Dauphin , et de celle us modeste encore et presque infime que le passag les Feuillants frayait vers la rue Saint-Honoré, à la pce même de la rue Castiglione actuelle1.
La rue du Dauphin était fermée la nuit par he grille placée du côté des Tuileries; c’est pour oi
I. En 1778, le percement d’une large voie allanl es Tuileries au boulevard existait en projet, mais p; lit pour une utopie de bâtisseur. « 23 octobre 1778j.es faiseurs de projets s’évertuent sur la destruction futu de l’emplacement des Capucines de la rue Saint-Honort Le plus beau est celui dont le plan seroit de percer une ae depuis le petit Carrousel jusques à la place Louis XlVen prenant le terrain nécessaire du Manège, des Feuill is, des Capucines, de l’Assomption, de former une autre lie perpendiculaire sur celle-là en face de la place Vencpe qui aboutiroit à une grille du jardin des Tuileries; clin d’en ouvrir une troisième vis-à-vis, de l’autre côté < la place de Vendôme, qui passeroit au milieu des Capucles et iroit rejoindre le rempart. On prétend que par le biéfice que procureroient les façades qu’on se ménageroit îs toutes ces rues, on suffirait aux dépenses de cet endo ssement de la capitale qui ne coûterait ainsi rien à sonne. » (Mémoires secrets . Tome XII, pages 1 52-1 53.)
j passa longtemps pour un cul-de-sac. Elle ne ij e le nom qu’elle a gardé que depuis 1744, et j;i à quelle occasion il lui fut donné, à la place celui de cul-de-sac Saint-Vincent qu’elle portait jaravant. Louis XV, à son retour de Metz, s’ar- 1 quelque temps aux Tuileries, et Saint-Roch îvint pour quelques jours la paroisse de la cour, dant la première messe que le Dauphin alla y sndre, quelques bourgeois, bons courtisans, grat- ;nt l’ancienne inscription et lui substituèrent ie-ci, que le petit prince put lire en retournant | château : cul-de-sac du Dauphin .
Le passage des Feuillants devait aussi à une dévo- 1 princière non pas son nom, mais son existence me; c’est pour que Louis XV, encore enfant, aller entendre la messe à la chapelle du couvent, on l’avait percé entre les hautes murailles du nège et celles du couvent des Capucins. Il Ionut en outre une partie du cloître des Feuillants, ivait à une petite place où se trouvaient, d’un é, l’entrée de leur chapelle, de l’autre, le chevet celle des Capucins ; puis, par une ruellette nbre, il allait déboucher dans la rue Saint-Horé, en face de la place Vendôme. Dans cette >èce d’étroit labyrinthe, qu’il fallait nécessaireait traverser quand on allait aux Tuileries, on ne
voyait que de petits marchands faisant leur nég jj de gâteaux ou de jouets d’enfants, et des mendia ; demandant l’aumône. Du temps de Piron qui, i le sait, passait la plus grande partie de ses jourr 3 aux Tuileries, surtout lorsqu’il fut devenu vieux, f aveugle s’était établi dans le passage, criant com ; il convenait à son infirmité, et, non content r cela, étalant sur un tableau des vers qu’il avait f l’imprudence de composer lui-même. On ne s’ rêtait guère pour les lire, ou bien on en riait, : l’on passait sans rien jeter dans la sébile. Unebor : âme lui fit un jour l’aumône de ce bon conse :
« Mon brave homme, effacez vos vers ; et qu; l M. Piron, un grand poète qui vient souvent par : passera pour aller aux Tuileries, demandez-lui q vous en compose de sa façon. Vous verrez que vc ; vous en trouverez bien. » Le donneur d’avis nés tint pas même là; il attendit Piron, et, dès qi l’aperçut, il avertit son aveugle, qui aussitôt p senta au poète sa petite supplique : « Très volt tiers, confrère, dit Piron, qui plus d’une fois av. lorgné en passant les rimes du pauvre homme ;|| tâcherai de faire de mon mieux, sois-en bien sûr Il fit ses deux ou trois tours d’allée, comme à l’< { dinaire, s’assit un instant pour griffonner sur s genou ce qu’il venait de trouver, et retourna te :
j/eux à son aveugle, à qui il remit ces six vers :
Chrétien, au nom du Tout-Puissant,
Faites-moi l’aumône en passant.
Le malheureux qui la demande Ne verra point qui la fera !
Mais Dieu, qui voit tout, le verra :
Je le prîrai qu’il vous la rende.
N’est-ce pas charmant, dites? et, rien que pour As quelques rimes, si heureusement inspirées par la jiarité, ne doit-il pas être beaucoup pardonné à |iron? Lui aussi, il n'était méchant qu’en vers, et us d’une fois il eut de ces boutades de bonté. Les firmes et les vieillards surtout l’apitoyaient, comme il prévoyait qu’un jour il serait lui-même vieux et ifirme, et qu’aveugle à son tour, il lui faudrait dire icore, mais avec plus de vérité que la première )is, au pauvre diable du passage des Feuillants : Bonjour , confrère! » Son plus charmant hommage | la vieillesse sont les vers qu’il fit pour Fontenelle, |t qu’il est à propos de rappeler ici, puisqu’ils ne jont autre chose qu’une requête poétique présentée u nom du spirituel centenaire, afin que le roi \ ii permette de traverser en chaise à porteur le jardin les Tuileries. L’épître entière est charmante et tout i fait de notre sujet ; malgré cette double considé-
ration» nous n’en citerons pourtant que ce pa sage :
A travers vos jardins, en chaise,
Permettez que je coure après :
D’un détour affreux qu’il vous plaise Me sauver la honte et les frais I Oui, la honte : car j’envisage Que ce serait acte peu sage,
Et tout des plus irréguliers,
Qu’un homme lettré de mon âge Prît le chemin des écoliers.
Ce que Fontenelle, par l’organe dePiron, appel ici à si juste raison un ce détour affreux » et « chemin des écoliers », c’est l’énorme trajet qu’il 1 faudrait faire pour gagner le Pont-Royal, en passa par la place Louis XV et en longeant tout le qu des Tuileries, ou bien en affrontant les dangers d anciens guichets du Louvre, pour aller trouver Pont-Neuf; car, de son temps, les nouveaux gu chets n’étaient pas encore percés; ils datent de 175 et il mourut en 1757. S’ils eussent existé, no^ n’aurions certainement pas l’épître de Piron. Fo tenelle, sans se plaindre ici de la longueur et d dangers de la route, eût laissé ses porteurs promen sous leurs voûtes son allègre vieillesse, et nos gu chets eussent eu ainsi un illustre passant de plu eux qui en ont tant connu, à ne compter que cei
i u xvme siècle ; eux qui enfin auraient une si longue t si curieuse histoire, ne dût-on la commencer u’à l’heure joyeuse où d’Alembert les traversait ans la voiture de Mme de Créquy, et la terminer ;ux quelques minutes de mortelle angoisse que larie- Antoinette passa blottie contre leurs parois, b soir même du départ pour Varennes.
Elle était sortie la dernière des Tuileries, le roi |ai-même avait déjà rejoint la voiture qui, ayant vl. de Fersen pour cocher, attendait au coin de la ue de l’Echelle. La reine et le garde du corps qui Raccompagnait avaient franchi la principale entrée Jiu Carrousel, la Porte-Royale comme on l’appelait, quand un grand bruit de gens qui s’approchaient jtvec des lumières leur fit chercher un endroit sombre où l’on ne pût les voir. Ils se portèrent naturellement vers les guichets, et s’y cachèrent de leur mieux. On venait aussi de ce côté, mais on passa i>ans les reconnaître. C’était M. de La Fayette qui (était allé faire sa visite de chaque soir aux Tuilejries, et qui en revenait avec son escorte et des flambeaux. Il était en voiture fermée, et par conséquent ne pouvait voir; mais les gens de sa suite, qui passèrent tout près de la reine, l’eussent infailliblement reconnue si elle n’eût porté un grand chapeau qui lui couvrait tout le visage. Cette rencontre l’avait
troublée au dernier point, ainsi que son comp gnon. Tous deux connaissaient mal Paris, il n’ fallut pas davantage pour qu’ils s’égarassent tout fait. Ils se trouvaient rejetés du côté du Pont-Royil et ils ne revinrent point sur leurs pas, comr c’était nécessaire pour regagner la rue de l’Echel M. de La Fayette et son escorte avaient traversé j pont; ils le traversèrent aussi, ayant toutefois presq conscience qu’ils s’égaraient, mais n’osant pas d mander leur chemin si près des Tuileries. Ils allère 1 assez loin dans la rue du Bac, revinrent sur le qu des Théatins, puis vers le pont où la sentine] qu’ils se risquèrent enfin à interroger les remit si la voie. Une seconde fois, ils passèrent sous le gu) chet fatal, et arrivèrent enfin à la rue de l’Echell où tout le monde les attendait avec la plus mortel inquiétude.
Qui eut dit à Henri IV, alors qu’il achevait cet immense galerie, afin qu’au jour des émeutes pop : laires il pût aller de son Louvre jusqu’aux Tuileri qui étaient encore hors des murs, et quitter la vil' sans quitter son palais1; qui lui eût dit, je le répèt
i. M. Vitet, dans son excellente Histoire du Louvre, no entretient longuement de cette entreprise de Henri IV « Pensée grandiose, dont le but apparent n’était que d’en bellir Paris et la rive de la Seine, mais qui, au fon
Hors qu’il se préparait ainsi une voie pour la fuite,
1 ue l’épouse d’un de ses derniers descendants, j u’une reine en fuite, viendrait en effet s’abriter uelques instants sous les voûtes qu’il faisait bâtir?
|evait servir à la sûreté du roi et, partant, du royaume.
I'ette pensée, ajoute M. Vitet, n’est plus visible aujour- (’hui; mais on la saisit, pour peu qu’on se rappelle qu’au oint où nous voyons les guichets de la place du Carrou- | el la ville finissait; qu’un rempart et un fossé en défendaient l’approche, et qu’au bord de la rivière, à côté d’une borte, en travers sur le quai, s’élevait une haute tour ;rénelée, connue depuis Charles V sous le nom de la Cour-Neuve , et servant pour ainsi dire de pendant, sur ette rive de la Seine, à la Tour de Nesle, située sur 'autre rive, un peu plus en amont. Se ménager à Volonté ’usage des deux palais, l’un dans Paris, l’autre en dehors, es mettre en communication prompte et facile en franchissant le rempart, non par un souterrain, mais, ce qui
I evenait au même, par une galerie très élevée au-dessus lu sol: tel fut ce projet que Henri IV voulut mettre à exécution aussitôt après l’avoir conçu, « afin, nous dit h Sauvai, d’être, par ce moyen, dehors et dedans la ville |< quand il lui plairoit, et de ne pas se voir enfermé dans |« des murailles où l’honneur et la vie d’Henri III avoient |< presque dépendu du caprice et de la frénésie d’une populo lace irritée. »