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Lettre à Peiresc, du 24 juin

(Et tel dessein sent bien la paix)

Continuer mieux que jamais,

Par une belle architecture,

Du Louvre la grande structure,

Et c’est à présent tout de bon Que le sage sieur Ratabon,

Comme ayant la surintendance Des batiments royaux de France,

Va de bon cœur s’employer là,

Et je jurerois de cela.

Pourtant, quoi qu’eût pu prévoir le gazetier meur, les travaux ne commencèrent guère qu’en :665.

Colbert, type un peu perdu des ministres écoj ornes, n’avait temporisé ainsi que pour faire des Ipargnes. Lorsqu’on dut même procéder définitivement à l’exécution des travaux, comme il était omme inventif en fait d’économie et avait touiurs à cœur de ne dépenser d’une part que ce qu’il Ménageait d’une autre, l’idée lui vint de payer les .laçons de M. Ratabon avec l’argent que la munifience royale avait affecté jusque-là aux pensions es poètes. Louis XIV, alors tout entier à ses proets de monuments, souscrivit volontiers à l’idée ntipoétique de son ministre. Il consentit, comme je voulait Colbert, à ne garantir désormais aux >oètes que les maigres sommes non absorbées par

les dépenses du Louvre. Un édit royal, rendu c vertu de ce bon plaisir, fut bientôt signifié ai auteurs, et force leur fut, dès lors, de laisser lourd privilège des maçons empiéter sur leur hyp< thèque littéraire et de s’ajourner jusqu’à une pli longue échéance : quinze mois au lieu d’un an.

Dieu sait quel bruit on fit dans le monde toi jours braillard des auteurs privilégiés, quand on eut connaissance de ce fatal ajournement, de c reculement de pensions, comme on dit alors, e créant une phrase spéciale pour les nécessités d moment.

Il n’y eut pas un auteur qui ne formulât s plainte en vers, en prose, en épîtres, en quatrain en factums. Le poète de Cailly ou d’Aceilly, ain: qu’il se faisait appeler en anagrammatisant so nom, fut un de ceux qui $e désolèrent le mieux Déjà, l’année précédente, en 1664, après cet éditd roi qui retranchait un quartier des rentes const tuées sur l’Hôtel de Ville, et auquel Despréaux lu même devait faire allusion dans ces vers de sa tro sième satire :

D’où vous vient aujourd’hui cet air sombre et sévère

Et ce visage enfin, plus pâle qu’un rentier

A l’aspect d’un arrêt qui retranche un quartier?

îjà, dis-je, M. de Cailly avait exercé sa verve et koché ses petits vers contre l’édit royal ; il avait t :

De nos rentes, pour nos péchés,

Si les quartiers sont retranchés,

Pourquoi s’en émouvoir la bile?

Nous n’aurons qu’à changer de lieu :

Nous allions à l’Hôtel de Ville,

Ht nous irons à l’Hôtel-Dieu.

La nouvelle ordonnance le trouva bien mieux isposé encore à la plaisanterie et à l’épigramme.

. peine l’eut-il connue, que s’en consolant à sa tanière, c’est-à-dire par une boutade nouvelle de la lédisance rimée qu’il appelait sa poésie, il fit jpandre partout ce sixain dans lequel il aposophe, pour les plaindre, tous les poètes ses conères :

Tant pour vous que pour ses maçons,

Le Louvre n’a qu’un même fonds ;

Mais ils ont le pas aux recettes.

Ne soyez pas tant effrayés,

On satisfera les poètes Quand les maçons seront payés.

Cela dit, le mot de l’énigme n’est-il pas trouvé? mecdote contée tout à l’heure n’est-elle pas bien dûment expliquée par le fait de cette seule épi-

gramme? Ne voyez-vous pas, en effet, rien qu’e lisant ces deux derniers vers, ce qui inspira à Bo leau l’innocente malice dont il mystifia à son prof le commis du trésor?

Il était assez pauvre alors, n’ayant pour supplée à son maigre patrimoine que la maigre pension doi le gratifiait le roi. C’était sa meilleure, et presqu son unique ressource. Rien ne pouvait donc 1 frapper plus cruellement qu’un ajournement d’c chéance.

Or, nous l’avons dit, au lieu d’un an, c’est quinz mois qu’il fallait attendre pour cela ; l’ordonnanc était formelle :

De quinze mois entiers on nous fait des années. ^ j

C’est encore de Cailly qui le dit, dans une second épigramme qui, n’ayant pas même épuisé par s malice tout le fond de bonne plaisanterie que lu fournissait l’édit royal, ne l’empêcha pas de rime encore ces six vers adressés comme les autres à se malheureux confrères :

Vos pensions, comme je vois,

Vont de quinze en quinze mois ;

Ce sont vos temps climatériques.

Ah ! que mes vœux seroient contens Si le ciel vouloit de mes ans Faire ainsi des ans poétiques !

Antoine Furetières, autre malicieux écrivain, avait isi formulé sa plainte de poète en six strophes gales ayant pour titre : Remontrances des Muses au sur les rentes , et dont voici la dernière. On verra e l’aigreur n’y manque pas. Le poète a reçu au ur le coup porté à sa bourse :

La politique est une noble banque Qui négocie et dedans et dehors ;

Mais pour faire agir ses ressorts,

Il ne faut pas que le crédit lui manque.

Souffriroit-il que si publiquement ’ Une foi royale engagée Sous son juste gouvernement,

Fût injustement outragée.

Et qu’on crût désormais davantage en la foi D’un marchand qu’en celle d’un roi?

Un autre poète, mais bien plus célèbre celui-là, r c’est le grand Corneille lui-même, avait aussi >uvé dans ce malencontreux édit d’ajournement i, sans dire gare à sa gloire, venait brutalement pper sa pension de deux mille livres, comme celle plus chétif et du moins méritant rimailleur, non s l’idée de quelque épigramme bien acérée, bien îcunière, mais la pensée tout anodine de queles rimes ironiquement flatteuses à l’adresse de >uis XIV. Voici ces vers de P. Corneille, que nul teur n’a daigné recueillir dans ses oeuvres com-

plètes, faute sans doute de les comprendre, et qi; perdus jusqu’ici dans un coin du recueil ayant po titre : Portefeuille de J. -B. Rousseau , ont tout l’attr, de vers inédits 1 :

Grand roi, dont nous voyons la libéralité Montrer pour le Parnasse un excès de bonté Que n’ont jamais eu tous les autres.

Puissiez-vous, dans cent ans, donner encor des lo Et puissent tous vos ans être de quinze mois, Comme vos commis font les nôtres.

Boileau, comme on l’a vu, soit par instinct, sc par pauvreté, avait été d’humeur moins accomm< dante; il ne s’était point évertué à rimer de U souhaits. Songeant bien plutôt au souvenir de pension reculée, il avait mieux aimé abjurer morne tanément son titre et son brevet de poète; enfi pour être payé à coup sûr, se donner, avec le no de maçon , les droits de priorité que l’ordonnance attachait.

Plus tard, tout plein encore du souvenir de fâcheux édit et gardant rancune, non pas au roi q l’avait rendu, mais à Claude Perrault, l’architec du Louvre, et à ses maçons qui en avaient eu bénéfice, il se laissa entraîner à la boutade si pla

i. Tome II, page 113.

nte qui commence le quatrième chant de Y Art étique. On sait comment, par rancune poétique, irchitecte-médecin y est spirituellement moqué, et gagerais même qu’en se rappelant désormais Anecdote-énigme dont nous avons tâché de donner mot, on trouvera ces invectives du poète plus miques encore. On saura pourquoi Boileau, touurs poursuivi par le souvenir des bâtisseurs du )uvre ayant le pas sur les poètes, fut amené à rire le vers devenu proverbe et qui nous sert épigraphe :

Soyez plutôt maçon si c’est votre talent.

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