‹ Paris démoliChapitre 5 sur 108 · G. Duval, Souv. Thermidor. Tom. 1, pag · texte numérisé non relu

G. Duval, Souv. Thermidor. Tom. 1, pag

2. V. pour l’Orme Saint-Gervais,, Journal de Verdun, mars IJJI, page 207.

INTRODUCTION

élargie de sept pieds, et depuis, les prévôts de l’Hôtelde-Ville, ses voisins, ne s’étaient plus occupés d’elle. On n’y est revenu que dernièrement et ç’a été pour la biffer à tout jamais de la carte de Paris.

Si je m’arrête à ce coin, disparu d’hier, et que j’ai pourtant déjà peine à reconstruire, c’est qu’il ne s’agit pas seulement ici d’une masse de bicoques abattues, mais de tout un passé plein d’histoire qui vient de perdre son cadre, son théâtre, sa mise en scène. Combien de fois n’y avons-nous pas été ramenés, je ne dis pas seulement par les chroniques, mais par l’histoire des métiers, même par les livres de coutumes !

L’histoire de Paris commence là, tout aussi bien que dans la Cité et sur l’autre rive. Nous trouvons même, dans quelques-uns des noms qui y ont survécu jusqu’à ces derniers temps, la trace de souvenirs plus anciens que ceux qui sont rappelés par les noms encore écrits aux carrefours des autres quartiers primitifs. Pour découvrir, par exemple, l’origine de la dénomination donnée à la Place Baudoyer , il nous faut remonter jusqu’au déclin de la domination romaine dans les Gaules, jusqu’à cette guerre des Bagaudes , qui s’étendit des bords de la Loire jusqu’aux murs de Paris. Saint -Maur-des- Fossés, où ces paysans en révolte s’étaient fortifiés, fut longtemps leur quartier général. Ils faisaient de là jusqu’à la ville des incursions continuelles. La porte qui ouvrait sur la route de Saint-Maur et qui, par conséquent, était le plus souvent menacée, ne fut bientôt plus désignée que par le nom des bandes en haillons, qui l’assaillaient sans cesse. On l’appela Porta Bagaudarum, dénomination qui s’étendit ensuite à la petite place qui

INTRODUCTION

l’avoisinait, et qui, par suite des altérations successives de ce premier nom, arriva peu à peu à porter celui de place Baudéer , Baudier , Bandez , Baudois, Baudayer et enfin Baudoyer. Au XVI0 siècle, le peuple, qui préfère toujours le nom qu’il croit comprendre à celui qui n’a pour lui aucun sens, appelait Baudet, l’ancienne porte et la place, bien que le marché aux ânes fût fort loin de là. C’était un plaisir pour les gabeurs du temps d’y renvoyer, comme à leur champ clos naturel, les sots et les ignorants, et je me souviens d’un vieux sermonnaire qui n’assignait jamais d’autres rendez-vous aux écoliers ignares de la rue du Feurre1.

Le peuple, du reste, et notre sermonnaire, n’étaient peut-être pas trop mal avisés quand ils s’égayaient ainsi ; leur facétie touchait peut-être de plus près qu’on ne pense à l’étymologie du mot sur lequel ils jouaient. Voyez plutôt : sur cette place de la Porte Bagaude ou Badaude, devenue place de la Porte Baudet , s’assemblaient tous les oisifs, tous les jaseurs du quartier, notamment aux longues soirées d’été, puis le dimanche et les jours de fêtes, les maçons (mortelliers) de la rue de la Mortellerie, dont une place voisine, celle qui est au bas de la rue Louis-Philippe, est encore aujourd’hui le rendez-vous de prédilection ; les foulons venaient se faire louer dans un coin de la place Baudet ; enfin, l’on y voyait affluer, pour se mêler aux commérages, marchands et marchandes du vieux marché de la rue de la Mortellerie2. La place Baudet était donc

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