Hist. du diocèse de Paris, tome I, part. 1, page n
4. Recherches... sur la ville de Paris, tome II, pages 25-26.
L’altération de ce premier nom, Grange bataillière , date du temps où tout vestige du Champ des joutes, comme dit l’abbé Lebeuf, ayant disparu, on ne sut plus ce que ce nom voulait dire. En créer un nouveau, trouver celui qui existe encore, n’était pas chose difficile; la position même de la Grange y invitait. N’était-elle pas, en effet, au milieu d’un champ tout entrecoupé de petites sources qui découlaient par ruisselets d’eaux vives du plateau des Prés-Saint- Gervais, et dont la plus considérable formait une sorte de petite rivière perdue plus tard dans les immondices du grand égout et aujourd'hui sous le pavé de la rue de Provence? Par des infiltrations trop abondantes, ce cours d’eau avait fait des terrains qui étaient à sa droite un vrai marécage, une sorte de grenouillère dont le nom de la rue Chante - Raine (chante-grenouille) rappelle encore l’existence ; mais du côté de la Grange-Batelière, soit que le sol fût plus élevé ou les eaux mieux maintenues dans leur lit, c’était différent ; on n’avait que les avantages et point du tout les inconvénients de ce frais voisinage. Qu’on en juge par le tableau riant, et, je crois, fort exact, qu’un écrivain du Mercure T a tracé de la fameuse Grange et de ses abords dans
i. Août i8ri, page 225.
1 charmant article : Sur les noms de quelques rues de ans.
« Le ruisseau, y est-il dit, accru de quelques autres >urces, arrivant à un terrain plus uni, rencontrait 1 château féodal élevé sur un tertre qu’on avait >rmé à la hollandaise en y rejetant la terre des >ssés. C’était la Grange-Batelière.
» Le fermier, adoucissant la pente extérieure de :s fossés, en fit un petit lac, au milieu duquel il irndait dans son île, à sa Grange, du pain, du üurre, des œufs, du lait, des poulets, des petits Itins et du jambon. On ne pouvait y parvenir |j’en bateau. Il fallait appeler sa jolie fille, qui ametit le bateau peint en vert. Les parties à la Grangeîtelière étaient délicieuses pour les Parisiens, ême d’un assez bon ton. »
Cette description ne serait pas plus vraie si elle it été faite par un contemporain, par un commensal de le ferme-guinguette. Nous l’avons relue /ant sous les yeux les plans les plus anciens de la anlieue parisienne, et son exactitude ne nous a ;mblé que plus évidente. Sur le plan de la Tapisürie, par exemple, aussi bien que sur celui donné ar Fr. Quesnel en 1608, nous avons retrouvé le Durs d’eau ambiant qui fait de l’enclos de la Grange, non une île complète, au moins une vraie pénin-
suie. Un petit pont, qui vient faire pécher notr description en un seul détail, celui du batelet, néces saire toutefois pour l’étymologie, est jeté sur le bra de la rivière qui vient du faubourg Montmartre tandis qu’un autre, enjambant la partie de ce mêm cours d’eau dont ce faubourg occupe le lit, rattach aux terrains de la Boule-Rouge ceux de la Grange Batelière.
Ce que dit l’écrivain du Mercure des fines partie1 de plaisir bourgeois qu’on faisait chez l’hôte de 1: Grange est dans sa description une vérité de plus nous n’en avons point le détail certain, il faut ei convenir, mais nous savons pourtant que dans ce bombances champêtres il devait se faire une grand consommation de pâtisseries, aiguillonnant la soi pour le petit vin du cru. Ce qui nous le prouve, c’es la troisième transformation que subit, pour cela, 1 nom de la fameuse courtille. Au xive siècle, on n l’appela plus la Grange-Batelière , mais la Grange a Gastelier. Or, ce dernier mot signifiait alors faiseu de gâteaux (gastels), pâtissier .
Par tout ce qui précède, et bien qu’il n’y soit pari que de petites gens, d’ébats champêtres et roturiers il ne faudrait pas être amené à croire que les gen de noblesse n’avaient rien à faire à la Grange-Batc lière. Loin de là; car c’était avant tout une sei
c urie, un fief. Lors du morcellement rappelé plus 1 ,t, les sires du Laval l’avaient acquise, avec t tes ses dépendances, des chanoines de Saintecportune : « Les comtes de Laval, lisons-nous 'dis Felibien J, avoient plusieurs maisons à Paris : ]iie étoit vers les Porcherons, appelée la Grange j teliére ou Gastelier , qui estoit composée de terres 1 ie marais, tenue à foy et hommage de Lévesque
I Paris. » Pour que ce fût un fief complet, il y jüt un vaste hôtel avec colombier féodal, cour et |menses jardins dont l’enclos circulaire se voit ossièrement tracé sur le plan de la Tapisserie1 2 3. fs dépendances étaient considérables ; elles ne s’arrêent pas à cette ceinture de guinguettes où l’on (riait manger les lourdes friandises du gastelier, elles tendaient, en cultures diverses, jusqu’au terrain ors suburbain que la rue du Mail occupe aujourîui et qui alors se trouvait hors des murs. Lors-
l’en 1628, les Augustins Déchaussés 3 ou Petits-Pères