‹ Paris démoliChapitre 76 sur 108 · Tome I, page · texte numérisé non relu

Tome I, page

>our 60,000 livres de glaces. Il n’y a que dix oièces; ce Louvre se réduit à un appartement de garçon. »

Jugez par là de ce que devait être le temple desdné à loger non plus seulement le dieu, mais, avec ui, la déesse. Les hôtels de Paris les plus beaux et ies plus admirés n’y suffisaient pas. Si quelque inancier daignait y venir abriter son opulence et ses amours, aussitôt, pour les rendre tout à fait dignes, il faisait tout renouveler avec un luxe énorme. L’hôtel Lambert avait plu à de La Haye, le traitant, il l’acheta de Dupin, et vint l’habiter; mais ce n’était point assez pour lui des galeries bâties par Levau et peintes par Lesueur et Lebrun : une maison ne plaisant à ces hommes d’écus que par l’argent qu’elle faisait dépenser, il trouva moyen I de faire au charmant palais « des augmentations I prodigieuses » .

Grimod Durfort, le frère de ce Grimod de la | Reynière dont nous reparlerons, en fit autant pour | l’hôtel Chamillart L Ce qui avait suffi à un mi- ; nistre de Louis XV ne suffisait pas à un monsieur de la ferme. Tout était trop petit, tout était incom-

1. Il était rue Neuve-Saint-Augustin, près de l’hôtel de Conti et de l’hôtel de Féréol où s’était élevée la charmante Aïssé, avec d’ Argentai et Pont de Veyle.

mode. Il y dépensa 200,000 livres. Et tous c< gens-là, pourtant, avaient leurs parents dans lt métiers, dans la misère L Si quelque pauvre échopj venait s’accrocher aux murs de la maison du pai venu, il arrivait souvent que l’habitant de l’échopp et l’habitant de l’hôtel étaient de la même famille Le financier Haudry1 2, qui alors menait si gran train, avait son frère boulanger vis-à-vis le For l’Évêque.

C'est, j’en suis sûr, pour s’éloigner en mêm temps des quartiers populeux où ils se seraier trouvés trop vite en famille, et des quartiers de 1 noblesse où ils eussent rencontré de trop dédai gneux voisinages, que les parvenus de la finance se créant un terrain neutre, étaient venus habiter 1 faubourg Montmartre, et avaient choisi la Grange Batelière.

Tous les hôtels qui s’y bâtissaient étaient pou eux. L’espace était vaste, et par là n’était que mieu à leur convenance. Il fallait tant de terrain pou l’étalage de leur luxe! Aussi suffit-il de quatre 0

1. Voy. Pluton maltôtier, Cologne, mdccviit, in-n page 209, note.

2. V. sur Haudry, le financier, Mémoires de Mmc Rolan (Edit. Barrière), tome II, page 122.

(Jq hôtels de dimension financière, pour remplir ijit le nouveau quartier.

La plus splendide de ces demeures était celle du i mier général Daugny ; c’est celle aussi qui a laissé plus magnifiques restes. M. Aguado, qui l’habita îgtemps, lui avait rendu tout son premier luxe, maintenant, bien qu’elle soit devenue un hôtel nplement administratif, — la mairie du 2e arronssement, — - ce n’est pas encore une habitation june médiocre beauté.

| Daugny était d’une assez bonne famille, il était : robe, comme on disait, et pour un traitant était presque la noblesse. Son père tenait au parlaient de Metz et avait un frère et deux parents »rt avancés dans le service de la cour ; il était donc •rivé assez vite. D’abord sous-fermier des aides, ais chef de bureau des comptes des gabelles de hôtel des fermes, il avait fini par être fermier gééral en 1721, tout jeune encore. C’était le plus and, le mieux accommodant des fermiers généaux; point fat et bon homme, se sentant d’une onne éducation qu’il avait eue, ayant de jolies aaîtresses, donnant de beaux dîners, payant bien, mangeant fort, mais le tout sans passion, ni pour les femmes ni pour le vin.

Son fils fut d’une tout autre nature. Il était né

dans la ferme, et il s’en ressentit toute sa vie. Vra fermier général, il n’eut d’éclat que celui que donn l’argent plus ou moins bien dépensé. Pour qu’il fû à même de faire bonne figure, il lui fallait une mai tresse; et pour sa maîtresse il lui fallait un be hôtel : il sut se pourvoir.

La Baumenard, dite Gogo % était alors assez ei renom parmi les dames de la Comédie-Française il se l’attacha. Quand j’ai dit en renom, je pensai à la femme galante, et point du tout à la comédienne. Gogo, en effet, était une assez jolie fille mais en revanche aussi une assez mauvaise actrice, Clément, dans ses Nouvelles littéraires , va vous dépeindre la femme; Collé, après, vous parlera de h\ comédienne. Nous aurons ainsi nos deux bonne* autorités et vous pourrez nous en croire pour kj reste.

Voici donc ce que dit Clément de mademoiselle Baumenard : « On lui reproche de porter une mair un peu longue, au bout d’un bras assez long, mai.1 sa taille est déliée, de petits pieds ronds, un ne?

i. Ce surnom de Gogo était venu à Mlle Baumenard du personnage de la pièce de Favart, le Coq de Village opéra-comique de la foire Saint- Germain de 1743 qu’elle avait joué pour ses débuts, avec un assez grand succès.

i ré, une lèvre relevée et une mine charmante; ilà ce qui fait les grandes passions. » Maintenant >llé peut parler, l’éloge est fait, bien qu’un peu inique, le correctif peut venir : « Le ±7 (avril 1749) vis débuter à la Comédie-Françoise mademoiselle Baumenard, dans les rôles de soubrettes du irtuffe et du Galant jardinier . C’est une petite éature de dix-huit à dix-neuf ans, qui étoit à 3péra- Comique, il y a six ou huit ans, sous le )m de Gogo. Depuis, elle a fait ses caravanes dans :s troupes de province, et surtout à l’armée, où le a été du sérail du maréchal de Saxe. C’est une en mauvaise actrice à mon gré, sans feu et sans grément; une voix désagréable et un accent disracieux x. »

Ce portrait, à deux crayons, pourrait passer vontiers pour complet; je veux pourtant laisser ce îédisant de Chevrier vous l’achever par quelques aits de plume. Mademoiselle Baumenard n’y agnera rien comme actrice, mais elle n'y perdra [en non plus comme beauté et comme galanterie, lu contraire ; or, à quoi tenait-elle si ce n’est à ela? Ce que nous allons extraire du Colporteur ous édifiera d’ailleurs beaucoup mieux que tout le

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