Journal de Collé , tome I, page
reste sur les habitudes de ces dames, et principale ment sur leur façon de passer par le théâtre poi aller à la galanterie. Vieilles coutumes, mais q durent encore, et grâce auxquelles tant de scène ont des actrices si peu coûteuses, tant d’étranger des maîtresses si ruineuses : « Une jeune personn qui veut monter sur les planches , disait Chevrier dès l’an de vérité 1774, et qui veut se faire vo; aux Américains, aux Anglois, aux Hollandois e même aux pesants Allemands, tous gens ruinables sacrifie quelque chose, et demande d’abord à s’es j sayer gratis. Le directeur fait alors valoir les prérc gatives singulières attachées aux filles de spectacle1 qui, n’étant plus sujettes à la correction paternelle' ni à la rigueur de la police, peuvent être dénaturée et libertines avec impunité. Ces abominables pri viléges, qui ne sont que trop réels, déterminent le débutantes à faire un petit sacrifice sur le produi de leurs appas, et elles s’engagent dès lors à donne une certaine somme par mois pour être mises ei possession de F indécence privilégiée. La Baumenan fut dans ce cas, mais ses charmes et sa jeunesse 1 rendirent célèbre de bonne heure. L’Ovide di
1. Le Colporteur , histoire morale et critique, pages 120 123*
iècle, M. Favart, la peignit dans un opéra-comique ntitulé la Coquette sans le savoir. . . Cette nouveauté ionna la vogue à Gogo, qui quitta Paris l’année uivante, pour aller suivre la troupe des comédiens ittachés au prince de Saxe... La Baumenard arrivée à l’armée eut le sort des Anglois, elle fut attaquée et vaincue; les braves ennemis de la France Utribuèrent leur défaite à la supériorité du nombre qui les combattoit ; l’actrice imqmta sa chute à la même cause, mais elle sut, en fille habile, tirer avantage des victoires multipliées qu’on remporta sur elle, et elle sortit toujours du combat chargée des dépouilles de ses vainqueurs; le maréchal de Saxe, qui ne dédaignoit aucune victoire..., attaqua la Baumenard qui, hère d’avoir lutté contre un guerrier aussi redoutable, éloigna dès lors l’officier subalterne... La paix ne fut pas plus tôt signée que la Baumenard alla à Lyon pour y mettre à contribution les négociants de cette ville fameuse : c’est là qu’elle se fit ses premières rentes viagères. Le désir d’étendre sa réputation et sa fortune l’engagea de retourner à Paris, sur la fin de 1749. Sa figure plut au gentilhomme de la chambre qui étoit d’année pour diriger les théâtres, et moyennant une petite complaisance, elle obtint le lendemain un ordre pour débuter aux François dans les
rôles de soubrette. Je ne vous parlerai point ici d , son mérite théâtral, j’observerai seulement que s beauté et un air de vivacité qui pique plus encoi que les charmes, subjuguèrent tout Paris. Les con quêies les plus flatteuses et les plus respectable vinrent couronner ses espérances. Reçue au spec tacle, sa réputation et sa fortune en prirent u nouvel éclat ; chacun voulut la voir et chacun s dérangea pour elle. Les rivières de diamants paru rent alors, et vinrent inonder sa gorge ; les meuble les plus précieux ornèrent ses appartements, et s! garde-robe le disputa à celle des femmes les plu magnifiques de la cour. »
Daugny était au premier rang de ces admirateur prodigues; bientôt même, tant il sut déployer d‘ magnificence — c’était la tendresse de ces gens-1 — il parvint à être seul dans les préférences osten sibles de Gogo; pour les clandestines, c’est peut-êtr différent. Collé, qui lui garde rancune je ne sai pourquoi, laisse entendre qu’elle eut toujours plu d’un amant. « Mauvaise et très mauvaise actrice dit-il, de laquelle il n’y a rien à espérer pour 1 théâtre, et dont les amants out tout à craindre tous égards h »