‹ Paris démoliChapitre 8 sur 108 · V. Monstrelet, t. 1, ch · texte numérisé non relu

V. Monstrelet, t. 1, ch

INTRODUCTION

que sur des ruines. Les quartiers que nous effaçons, et que nos enfants ne doivent pas connaître, se trouvent auprès d’autres quartiers, déblayés par nos pères, et dont nous avons à peine pu voir les restes.

Savons-nous seulement, égarés que nous sommes dans cet espace renouvelé, devenu place ou fait monument, savons-nous où se trouvait X Hôpital des Hau~ driettes , cet asile des trente-deux veuves «c bonnes femmes de la chapelle d' Es tienne HaudriT » LTlôtel-de- Ville, agrandi, a trop bien enveloppé dans ses envahissements et l’hôpital et la chapelle. Savons-nous où était X Hôpital Saint-Gervais , dont il sera parlé plus loin, en son lieu, à propos de Scarron son voisin ? ou, X Hôpital du Saint-Esprit 1 ? car ce quartier des misères de toutes sortes, était aussi le centre des pieux asiles et des refuges. La trace de cet hospice-école, ouvert aux orphelinsi 2, que la couleur de leurs vêtements faisait appeler les Enfants-Bleus, a disparu comme le

i Lors de la fondation de cet hospice, en ijé\ on n’y avait admis que les enfants légitimes, natifs de Paris; mais le rude hiver de 1420 engagea les Paris ei à une génère lté phi raie. « Ils firent tant, dit un contcmporaiu, qu’ils achetèrent maisons trois ou quatre, dont ils firent hôpitaux, pour les pauvres enfants qui mouroient de faim parmi Paris, et avoient potaige et bons feux et étoient bien couchés. »

2. En 1756, dans son ouvrage, Projet des embellissements de la ville et des faubourgs de Paris, troisième partie, page 79, Poncet de la Grave avait proposé la construction d’un pont qui se serait appelé Pont du Saint-Esprit, et qui aurait occupé la place prise aujourd’hui par la passerelle d’Arcole, qui avant quelques mois, sera elle-même devenue un pont de pierre. Ce pont du Saint- Esprit, dans le projet de Poncet de la Grave; aurait abouti « ...de la place de Grève directement, à celle projetée devant l’église métropolitaine de Notre-Dame ».

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reste, et si le cabaret qui fait le coin de la place de Grève et du quai n’avait encore un Saint-Esprit d’or pour enseigne, rien dans ces parages ne nous rappellerait sa pieuse invocation. Et la rue des Vieilles- Garnisons qui longeait cet hospice de l’enfance ; et la rue du Martroi , à qui l’une des portes de l’Hôtel-de- Ville servait d’entrée en arcade, et qui pour cela n’en était pas moins des plus infectes et des plus mal peuplées ; et cette fameuse rue du Tourniquet- Saint- Jean; et la petite église de Saint-Jean-en-Grève , sa voisine, dont les vitraux étaient encore célèbres au xvii® siècle1, et sur laquelle la rue avait si bien fini par empiéter; et, car je n’en finirais pas, cette fameuse tour du Pet-au-Diable, juiverie et cour des miracles, tout ensemble, prenant pied sur une pierre druidique2? Qui de nous se souvient encore de ces vieux noms, de ces vieilles choses ? Passons donc vite, car si nous nous laissions aller à chercher tout ce qui fut par ici, les ruines d’hier nous distrairaient trop de celles d’aujourd’hui.

Revenons à la rue de la Tixeranderie, que les pre-

X. Ils représentaient l’histoire du Sauveur, avec de*, distiques au bas de chaque tableau. Ainsi sous celui des noces de Caua, on lisait :

En Cana, noces se célébroient,

Architridin, maître d’hostel estoit.

(Vigneul-Marville, Mélanges, tom. il, p. 241.)

2. « Devant l’hostel de l’amiral, lez-Saint- Jehan, estoit une diverse grosse pierre de merveilleuse façon que l’on nomme le pet au âeable. » Guillebert de Metz, cité par M. Bonnardot . Étude sur Gilles Corro\et , etc., pag. 32. — Le donjon à trois étages voûtés, qu’on appelait la Tour du Pet-au-Diable, et qui était derrière l’Hôtelde-Ville, n’a complètement disparu qu’en mai 1844.

INTRODUCTION

miers remaniements de l’Hôtel-de-Ville avaient effleurée à peine et n’avaient entamée que de trois maisons ; redescendons vers la place de Grève, si largement ouverte de ce côté, et qui, faisant sa brèche, n’a pas même épargné la merveilleuse tourelle qui prenait jour sur un dernier tronçon de la rue du Mouton !, joyau j du XVe siècle, serti dans l’un de ses angles ; rentrons j enfin dans le vif des démolitions balayées par la rue de Rivoli.

D’abord, en prenant sur la droite, nous trouvons la rue Jean-de-l' Epine , singulièrement écornée au passage : pauvre rue, de pauvre industrie et de pauvre négoce, toute pleine autrefois de petits merciers, à petits paniers , — comme disait le proverbe mis en refrain par Charles d’Orléans en l’une de ses ballades, — et de petits couteliers faisant rage pour enlever quelques pratiques aux richards de la Coustellerie , la rue voisine. Depuis le XIIIe siècle, la population n’y avait pas changé. Jean de l’Epine, parrain de la pauvre rue, était déjà un des petits merciers, un des petits couteliers dont nous parlons, mais il n'était pas resté longtemps gagne-petit. En 1272, il passait acte avec, son compère Gros- Perrin, et lui vendait une sienne

1. « La maison qui faisait l’angle de la place de Grève, vers la rue du Mouton , ayant été supprimée pour l’agrandissement de la< place, la jolie tourelle du quinzième siècle qui la décorait a été Jé-| molie; ce travail a fait reconnaître que toute la maison sur laquelle j cette tourelle s’appuyait, était de la même période de l'an, mais modifiée, dans toutes ses dépendances et sa décoration, par des' dispositions peu anciennes. Cette maison s’élevait sur un immense' cellier du treizième siècle, dont les pierres étaient encore marquéesdes signes des tâcherons de cette époque... » Rapport de M. Albert fl Lenoir, août 1853.

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maison, dans la rue de Saint-Martin-des-Champs 4. Peut-être une partie, sinon la totalité des maisons de la rue qui avait pris son nom, lui appartenait-elle de même, car il en était généralement ainsi alors. A propos d’une rue, qui disait parrain disait propriétaire Sans sortir de ce quartier, par exemple, quand vous trouvez, au commencement du XIIIe siècle, le nom ü André Malet, donné à cette rue du Coq, située à cent pas de celle-ci, de l’autre côté de la rue de Rivoli qui l’a aussi mutilée au passage, soyez sûr qu’André Malet y possédait une bonne part des maisons, soit qu’il les eût acquises, soit plutôt encore qu’il les eût fait bâtir ; et lorsque, à cinquante ans de là, vous voyez la même rue s’appeler rue de Lambert-de-Basle , croyez que ce changement de nom vient d’un changement de propriétaire substitué au précédent par acquisition ou par héritage1 2 3.

Quelquefois, tout un quartier prenait le nom du propriétaire, dont le terrain, vague et désert d’abord, s’était tout d’un coup bâti et peuplé : de champ ma-

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