Almanach royal , 1765, page
endre les terrains qui lui restaient de la subrogaion que Bouret lui avait faite à l'époque de sa banqueroute. La Ville, à laquelle il les offrit, refusa r le les acheter. Alors il se mit à vouloir les exploier lui-même. Comme Bouret ruiné, il se jeta i dans les constructions, mais il y réussit mieux que lui.
Du premier coup, il supprima le grand égout et, à sa place, depuis la chaussée du duc d’Antin jusqu’à celle du faubourg Montmartre, il ouvrit une large et belle rue dont la fortune fut bientôt faite. Laborde, en bon courtisan, lui donna pour parrain l’aîné des enfants de France, le comte de Provence, ce qui le mit bien en cour. Le second des petitsfils de Louis XV, le comte d’Artois, reçut bientôt I de lui le même honneur. La rue que Laborde, en ! veine de bâtir, jeta sans dire gare tout au travers de son magnifique jardin prit, à cause du jeune prince, le nom qu’elle a porté jusqu’à ce qu’on l’en eût débaptisée, d’abord à la grande gloire du jésuite jacobin Cerutti, puis, une seconde fois, au profit de la popularité de Laffitte.
Cette rue neuve, aussi bien que celle qui lui était parallèle et qui venait entamer de plus près encore l’enclos riant de l’hôtel Laborde, avait tout d’abord été fort en faveur auprès des gens de finance qui
cherchaient où se construire des demeures digm d’eux. Les grands seigneurs ne les dédaignaient p. non plus. Aussi, pendant que l’on construisait dar la rue Lepeletier le joli hôtel d’Eichtal, la ri d’Artois s’embellissait de celui du prince de Mc naco. Mais le plus beau, qui fut bâti tout d’abor au centre de cette dernière rue, était destiné à Thd bitation de l’un des puissants de la finance, M. Bol] lioud de Saint-Julien, receveur général du clergé; Il avait longtemps demeuré, rue Neuve-des-Petits Champs, dans le vaste hôtel Saint-Pouange, don le marquis de Colbert-Chabannais était propriétaire « mais, lisons-nous dans le Supplément aux Essai 1 de Sainte-Foix , il s’y trouvoit logé mesquinement x. ) Il le quitta donc, laissant les maçons le perfore dans toute sa longueur pour y percer la rue Chabannais, et c’est alors qu’il vint dans un quartiei de son choix se faire bâtir une demeure de sor goût. La rue d’Artois, je le répète, n’en eut pai d’abord de plus magnifique que celle dont il ordonna la construction, et pourtant M. de Launoy, qui vint y loger après, sut encore renchérir sur son luxe: « M. de Launoy, qui l’a habitée depuis, lisons-nous dans l’ouvrage cité tout à l’heure, a
i. Tome II, page iio.
ait beaucoup d'embellissements dans les jardins, on parle surtout d’un rocher dont la construction a coûté près de 80,000 livres. »
Laborde ne put se défendre du désir de se donner un nouvel hôtel au milieu de toutes ces constructions neuves et pimpantes. Il se réserva un coin de terrain à l’angle de la rue d’Artois et de la rue de Provence1, et il s’y fit bâtir une gracieuse demeure, à proportions réduites, mais charmantes. Il avait trouvé qu’il était plus économique d’en agir ainsi que de rester dans son hôtel de la rue Grange-Batelière qui, bien qu’amoindri, l’obligeait
I toujours à un train ruineux. Il le mit à louer. Cela
| i. C’est cet hôtel qui fut dévasté par le peuple, au io août. « J’étais absent de Paris, écrit Laborde à Cliampein, avec ma femme et mon fils, depuis six semaines, lorsqu’arriva la journée du 10 août. Nous étions tranquilles dans une terre d’une de mes amies, sans imaginer qu’on pût me brûler tout ce qui me restait au monde. Le 12, j’appris qu’on avait mis le feu à ma maison, non par malveillance pour moi, mais pour se frayer un passage, pour entrer dans la cour. Bref, j’ai tout perdu : une bibliothèque charmante, composée de 15,000 volumes des plus belles et des plus rares éditions; c’était mon unique maîtresse et elle a péri entièrement! Plus de 2,000 dessins des grands maîtres, que j’avais rapportés de mes voyages en Italie et en Espagne; plusieurs excellents tableaux, tous mes meubles, mon linge, mes habits, ma vaisselle d’argent, ma cave, où il y avait, comme bien des gens le savent, pour
fit scandale, mais c’est ce que demandait Labordt les locataires ne se présentèrent qu’en plus gran nombre et ne furent que plus accommodants pou le prix. Le financier Grimod de la Reynière qi venait de se faire une fortune énorme dans le fournitures de l’armée du maréchal de Soubise pendant la guerre de Sept ans, fut celui qui l’em porta.
Il vint donc en grand équipage s’établir à l’hôte Laborde; mais, à vrai dire, il ne le prit que comme un campement. Il était trop gros seigneur pour se réduire, quelle que fût la splendeur du logis, i l’état de simple locataire. Il lui fallait une maison à lui, un hôtel disposé selon son gré; on le lui bâtissait à grands frais dans le quartier des Champs- Elysées, et c’est en attendant qu’il venait à la Grange-Batelière. Il y resta plus qu’il ne voulut. Il eut le temps d’y donner pendant plusieurs saisons quelques-uns de ces dîners dont le seul méchant plat était sa maussade personne et qui faisait dire
plus de 25,000 livres de vins, enfin tout ce que j’avais au monde, excepté ce que j’avais à la campagne, y a passé; le tout valait plus de 300,000 livres. . . » Lettre autographe de Laborde, jointe à l’exemplaire de ses Essais sur la musique que possédait G. de Pixérécourt et qui se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Bruxelles.
Grinmi : ce On le mange, mais on ne le digère -as r. » Sa femme aussi, cette prétentieuse savante, nrageant d’être mésalliée, eut tout le loisir de se >rélasser dans ces réceptions quelque peu pédantes ît solennelles dont Doyen, le peintre, s’en échappant un jour, disait, pensant à la dame du lieu et i ses grands airs : ce Elle reçoit fort bien, mais je a crois attaquée de noblesse1 2 3. » Enfin le fils, ce pirituel éclopé, infirme de corps, mais toujours dispos d’esprit, put déjà s’y livrer à l’aisp à ces premières escapades d’excentricités, à ces premières velléités de bonne humeur et de gourmandise qui devaient le rendre si fameux 3„
L’hôtel ou plutôt le palais, que Grimod de la