SCÈNE V
MOLIÈRE, LE ROI, LA ROQUETTE, p*i. PHILIPPE
ROMÉE
LE KOI.
Vous nous avez adressé, Molière, une singulière requête. Vous nous avez demandé de vous entendre en présence de monsieur de la Roquette, un zéié serviteur à qui nous devons d'avoir pu déjouer les coupables menées de Fouquet. Voici monsieur de la Roquette, et je vous écoute. Que désirez-vous?
MOLIÈRE
Sire, encore et toujours ce que je sollicite en vain depuis trois ans de Votre Majesté : l’autorisation de représenter mon Tartuffe, qui n'attend plus que son dénouement.
LE ROI
Cette autorisation, je vous l’ai déjà refusée, je suis dans la nécessité de vous la refuser encore... Mais quel intérêt aviez- "vous à rendre monsieur de la Roquette témoin de ce nouveau refus ?
MOLIÈRE
Sire, un des bruits répandus, c’est que monsieur de la Roquette a servi de modèle à Tartuffe et ne veut pas qu’on le joue. J’espérais que monsieur de la Roquette lui-même, supérieur aux. rumeurs vulgaires, les démentirait en plaidant avec moi ma cause...
LA ROQUETTE
Hélas! s’il ne s’agissait que de ma personne indigne, je me jetterais en effet, sire, aux pieds de Votre Majesté, et je la supplierais de ne pas m’épargner cette expiation de mes fautes. Mais des intérêts plus sacrés sont en question, et je suis forcé de m’incliner devant la sagesse royale, quand elle condamne les odieux mensonges d’une œuvre impie.
MOLIÈRE, h part*
Le pauvre homme ! (Haut.) Vous parlez de mensonges, monsieur? me soupçonnez-vous donc d’avoir voulu réellement travestir et calomnier votre personne dans mon œuvre?