LE H
Non, non, chère duchesse, je n’ai pas voulu vous blesser, je n'ai pas pu manquer envers vous de soins et de seigneurie, moi , un gentilhomme ! un homme qui vous aime !
M u « DE LA VALLIÉRE.
Vous m’aimez! vous m’aimez! oublions tout le reste. Oh! moi, ce n’est pas le roi, c’est Louis que j'aime !
- LE ROI
Louis ne serait pourtant pas jaloux du roi, madame.
M 1 ** DE LA YALL1ÈRE, a»ec une grâce inutioe.
Oh bien! prenez-en votre parti. Votre grandeur, sire, et le bruit et l’éclat qui l’environnent, ne sont pour moi que souci, et ce qui m’a ravie en vous, c’est vous -même! Mon roi, oui ; le roi, non. Tout le monde dit: Sa Majesté? comme je suis plus fière de dire : mon amour ! 11 me semble que j’ai dérogé quand vous m’avez appelée duchesse! Et, au-dessus de tous les titres, j’aime dans votre bouche, Louis, mon nom de Louise, mon doux nom de baptême qui m’a faite votre fiancée dès le ciel.
LE ROI
Oui, oui, ce sont là de purs sentiments qui ont leur charme dans l’adolescence. Cependant, madame, les Flandres savent que me voici un homme! et les amours de roman ne sont plus de saison quand on a mis le pied dans l’histoire. A vrai dire, nous ne nous appelons pas Louis, mais Louis XIV ! — un nom qui contient dix siècles, de même que notre vie anime vingt-cinq millions d’hommes. 11 est donc difficile de séparer notre personne de notre puissance. Nous ne tenons plus beaucoup à être aimé comme pourrait l’être quelque jeune nobereau de campagne, et l’on nous a fait comprendre que l’amour même pouvait s’habituer envers nous à une égalité moins familière.