ACTE II
ENGOULEVENT
De ton tuteur... Ah! qu’il va être beau dans sa colère le Jupiter tonnant du syllogisme !
MAROTTE
Silence ! la cérémonie commence ! Mais d’abord, vous tous qui avez à présenter quelque requête, parlez.
ENGOULEVENT
Mère-Folle, il est d’usage immémorial que la glorieuse Fêle de l’Ane ne se passe pas sans ripaille et récréation des mandibules. Or, les aliments, ou les sommes pour nous en procurer, manquent de la plus piteuse façon.
LES ÉCOLIERS
C’est vrai ! c’est vrai !
PÉCBINET.
11 nous manque bien autre chose, mère-folle ! Voilà l’àne gris que, selon la coutume, nous allons recevoir docteur, mais où est Fane blanc, l’âne humain qui doit répondre aux questions à sa place?
MAROTTE
Personne n’a plus rien ù dire?
GISQUETTE
Si fait ! moi, Gisquette, bourgeoise. Je réclame mon mari x. seph Gavotte, drapier de messires de l’ccole de Saint-Victor, de messire Fulbert, de messire de Champeaux, des ennemis de maître Abailard, enfin. Tant il y a qu'hier Gayoffe est venu soildisant.apporter par ici une pièce de bougran et qu’il n’a pas reparu, et qu’on prétend «pie les écoliers de messire Abailard l’ont enlevé. Ce n’est pas tant pour le ravoir! Qu’on me le garde, mais qu’on me le dise !
; Rire* dans la foule.)
MAROTTE
Est-ce tout?
JACUUE.
Hé! que non pas! hé ! tant pis 1 Puisqu’on se déboutonne, je parlerai aussi, moi, Jacque, le valet de ce dit Gaypil'e (saluant maiicipusemeot GUqiiciie), et de ladite Gisquette. Je parlerai, Marotte, car tu es par trop affriolante, si bellement accoutrée, sur ton pavois comme une petite reine! Et c’est plus fort (pie ma honte! (clignant de l’œü a Gisqu. itc.) Et il ne faut pas m’en vouloir, bourgeoise! Mais je té demande ta main. Marotte, et, s’il y a quelques écus dedans, je les prendrai avec! Et voilà!
MAROTTE
Bien dit, mon gros Jacques! Par ainsi, loi, tu veux Marotte pour femme et une dot pour Marotte, et tu n’es pas le plus sol.
PARIS
GO
Toi, Gisquette, tu veux ton mari perdu. Toi, Pechinet, tu veux un figurant de l’âne. Et toi, Engoulevent, un fournisseur de vivres. Eh bien! voyez le pouvoir de la mère-folle! Elle va vous donner tout à tous d'un seul coup. Ouvrez ce volet qui est celui de ma logette, et regardez !
(jaciptc a ouvert le volet «le la maison lé? droite. On aperçoit, à travers les barreaux, Gayoffe, marchant avec agitation comme un loup en cage.)
TOUS
GayolTe!
• GISQUETTE
Mon mari!
PÉCniNF.T, du ton d'on moutrenr d'ours.
Oui, messires et damoiselles, maître Joseph Gayofle, à peine âgé de soixante ans, ayant encore quelques dents!...
GAYOFFE.
Ah ! scélérate de Marotte ! Mes bons seigneurs écoliers ! ouvrez-moi! J’étoufl'e dans cette boite!
GISQUETTE
Mais comment t’y trouves-tu, époux indigne?
LES ÉCOLIERS
Oui, comment? comment?
jacqiie. - •
Pour lors, maître Gayoffe faisait la cour à Marotte. Pour lors, Marotte faisait la nique a maître Gayofle. Et hier le merle a voulu surprendre au nid la colombe, et ïa colombe s’est envolée, et, cric-crac, le merle est en cage. Et voilà!
ENGOULEVENT
Ah ! charmante Gisquette, cela crie vengeance !
GISQUETTE, soupirant.
Oui, mais pas si haut, bel Engoulevent !
P ÊC H IN ET.
Vu le flagrant délit, l’amende ordinaire de '>0 sols parisis est immédiatement due par Gayoffe.
GAYOFFE.
Eh bien!... je m’exécute... mais qu’on me délivre, (on fait
sortir Gavoffe.)
MAROTTE
Oc plus, pour la cérémonie de la réception, Gayoffe va faire l’âne.
GAYOFFE, indigne.
Qui? moi, tourner en dérision la majesté scolastique et le grand Fulbeit, en face de son logis! J’ainie mieux la mort.
PECHINET,
Non pas la mort.