SCÈNE XI
Le théâtre change et représente la Grand’Salle du Palais.
Foule de peuple et d’hommes d'armes, a droite, LOUIS VI
et LA REINE ELÉONORE sur an trône. Plus bas, BERNARD
en rnhc de moiac. Tout autour, LES CHEVALIERS des maisons de France.
A B A I L A R D, debout, au milieu de la salle, entoure de SES ÉCOLIERS.
BERNARD
Maître Pierre Abailard ! d’après vos propres témoignages, sur l’avis du concile, et en présence de monseigneur le roi, Louis le sixième, nous Bernard, moine, nous vous déclarons indigne de tenir, à Paris, école publique ou privée.
ABAILARD
Bernard ! toute la France en amies se lève, tournée vers Jérusalem. Je vois ici la noblesse, impatiente du départ, attendant tjue notre seigneur le roi lui confie l’oriflamme pour aller conquérir un tombeau. Qu'elle pai te. Dieu le veut ! Mais ma pensée vivante ne s'arrêtera pas non plus, avant d'avoir conquis l’avenir. Qu’elle marche. Dieu le veut aussi, Bernard ! Dieu le veut !
En attendant, nous voilà délivrés du moins de Ion audacieux génie, et tes écoliers sont à nous !
U fi ÉCOLIER, à Abailard.
Quoi ! faut-il renoncer, maître, à votre parole inspirée ?
ABAILARD
Aux terres du comte de Champagne, je connais sur l’Ardusson un lieu désert. C'est là que je vais, mes amis. Je m’y bâtirai de roseaux une cabane. Je nommerai cet ermitage le Paraclet, le Consolateur. Et là, chaque jour, je commenterai Dieu, en face de son texte, la nature.
LES ÉCOLIERS
Tous ! nous irons tous avec toi !
BERNARD; indigné.
Comment?.,.