SCÈNE II
Les Mêmes, JEANNE I)’ARC, P »u TIII BAU LT D’ AR MA- GNAC et ROBERT BLONDEL.
CRIS AU DEHORS
Noël ! noël !
JEANNE, entrant.
Merci, mes braves gens! merci de votre bonne amitié! Que Dieu vous garde ! — C’est vous, Hélyotte! ayez confiance, votre cher petit guérira. — Qu’est-ce que c’est ? Des chapelets et des patenôtres a loucher? Touchez-les vous-mêmes, bonnes femmes, ils en vaudront tout autant : ce n’est pas le chapelet qui vaut, c’est la prière. — Bonjour, Lahire ! (eiic donne la main à Laiiire.)
JACQUE
Est-ce bien là Jeanne? (Entrent Tiiilniilt d'Armagnac et Robert BloinM.)
THIBAULT
Jeanne, voici votre prisonnier Robert Blondel qui vous apporte sa rançon. (Robert présente une bourse à Jeanne.)
LÀ III R E, basa d'Anton.
Ah ! le Bourguignon! Je n’aime pas cette figure pâle.
JEAN3K, remettant l’argent à d'Aulon. m
C’était chose convenue, messire. D’Aulon, vous savez , cet argent de délivrance ne doit servir qu’à la délivrance. Rachetez tous ceux des nôtres que vous pourrez, mon ann. — Vous voilà libre, sire Robert. Pardonnez à mon gentil compagnon Thibault de vous avoir blessé.
PARIS
THIBAULT
Je l’ai blessé, Jeanne, mais vous l’avez guéri !
* ROBKRT, à liii-mèmc.
Oui, guéri au bras et frappé au cœur!
THIBAULT
Oc plus, vous ne savez pas, Jeanne ? Nous avons découvert* lui et moi, que nous étions, sans le savoir, alliés et parents. Aussi, je sermonne depuis huit jours Robert pour qu’il ne rentre plus dans Paris parmi ceux qui nous combattent. Je dis qu’il doit rester au camp avec vous, avec moi. Nous n étions que deux frères d’armes , ma vaillante Jeanne. Eh bien ! nous serions trois.
JEANNE
Et vous auriez du dévouement de reste, mon généreux et loyal Thibault! Sire Robert, vous êtes, je crois, un des secrétaires du duc de Bourgogne; sachez qu’avant peu votre maître, rendu à son devoir, fera la paix avec le roi. Vous pouvez avancer cette grande réconciliation, le voulez-vous ?
THIBAULT
Dites-lui donc plutôt : Je le veux! Jeanne. Quand vous commandez, on obéit à Dieu !
L AHI RE , bas à iTAulou.
Jeanne ferait mieux de laisser aller ce Bourguignon, je n’en augure rien qui vaille.
JEANNE, riant.
Ah ! vous avez beau maugréer, Lahire, mon vieux rabroueur ! Un ennemi de moins, un ami de plus, cela mérite mieux que deux paroles. Sire Robert, puis-je vraiment sur vous quelque chose? restez avec nous, je vous en prie.
ROBERT
Vous m’en priez ! vous m’en priez, vous! Je reste.
J A CQUE, à part.
Il reste! Ma fille aurait tout ce pouvoir! Pourvu qu’elle me reconnaisse !
JEANNE
Vous voyez, LaHire, le tout est d’avoir confiance. Ainsi vous vous désespérez, mon ami, parce qu’on nous refuse des renforts? eh bien ! je vous annonce que le baron de Montmorency est en route vers nous avec deux cents hommes d’armes, et qu’il arrivera sans faute aujourd’hui.
• LAHIRE
Dieu puissant! par quelle révélation l'avez-vous deviné?
JEANNE
Nous sommes au jour qu’il a dit, et j’ai foi dans sa parole >’ voilà toute ma sorcellerie !