I.AI1IRE
Alors, par... monmartin! donnons l'assaut à Paris dès son arrivée. Comme à Orléans, à Patay et à Reims, vous allez nous dire : Hardi! entrons parmi les Anglais! Et nous y entrerons.
JEANNE
Oh! je ne sais plus! je ne sais plus! J'attendais pour aujourd’hui je ne sais quel avertissement, — du ciel ou de la terre. Et rien ne vient! personne ne vient! (Elle aperçoit jacque.) Ah! pardon! mon Dieu! quelqu’un est venu! (se jetant au cou de jacq ic.) Mon père!
JACQUE, radieux.
Elle m’a reconnu ! c’est donc bien elle ! Ah ! ma Jeannette !
JEANNE
Et ma mère? et ma sœur? et mes frères?
JACQUE
Ils vont tous bien, puisque me voilà!
JEANNf..
Et ma chère petite amie Mengelte? — Ah ! mes bons compagnons, vous comprenez ma joie! C'est tout mon cher autrefois que je revois avec mon père.
L A H 1 R E, attendri malgré lui.
Bédieu! faites comme si nous n’étions pas là, Jeanne.
ROBE K T, à lui-mèmc.
Ah! elle est donc bien réellement une fille de cette terre.
JEANNE
Père, et mes oiseaux, qui me venaient manger dans la main? Et les cloches de Notre-Dame de Beaumont qui me tintaient jusque dans l’âme? Et mes pauvres? Et tout ce qui appartient au bon Dieu, enfin, et que j'ai laissé là-bas? Je n’ai été suivie partout que de mes fidèles étoiles.
JACQUE
Mais tout le reste t’attend, tout le reste te demande, Jeanue .
JEANNE, avec un cri de joie.
Ah ! Est-ce que vous venez me chercher, mon père? Est-ce que vous voulez m’emmener?
JACQUE
Si je le veux !
JEANNE
Oh ! je vous ai désobéi pour partir ; mais, pour revenir, comme je vous obéirais!
THIBAUT
Comment! vous nous abandonneriez, Jeanne?
PARIS
LAH1RE
11 ferait beau voir! Nous la retiendrions de vive force.
JEAN NE
Non, mes amis, car je crois, en vérité vraie, que j'ai accompli ce pourquoi j 'étais née. Orléans est délivré, et j’ai fait sacrer notre gentil dauphin lieutenant du roi des cieux, — qui est roi de France. * .
LA H IRE
Mais tout ce qu’il veste à faire?
JEANNE
Vous l’achèveriez maintenant sans moi. Permettez-moi de me retirer avec mon père, et de laisser les armes, et de m’en aller servir mes parents en gardant leurs bestiaux, aux côtés de ma sœur et de mes frères.
JACQUE
Oui, donnez-lui cette permission, mes bons seigneurs. Enfin, est-il absolument nécessaire que l’enfant de mes entrailles meure pour le salut de ce royaume, et n’y a-t-il pas moyen que le roi Charles vienne à bonne tin, sans me prendre la lillc que nous aimons? Oh! certainement on dira : Ce que n’a pas su faire la noblesse de France, c’est la fille à Jacque le laboureur qui l’a fait! Et ce sera glorieux pour Jacque et le menu, peuple. Mais ma femme Isabeau, et moi, qui nous faisons vieux, un brin de sourire de cette enfant-là, voyez-vous, nous réjouirait plus que toutes les fanfares et renommées. Je vous parle comme je peux, mes seigneurs, et du fond de mon pauvre cœur bien navré.
LAHIRE
Oh! quand nous consentirions à son départ, le roi s’y opposerait.
JACQUE
Le roi! quel roi?
LAHIRE, furieux.
Comment ! quel roi?
JEANNE
Lahire! 11 a raison, cet homme pieux et juste! N’y a-t-il pas le roi des rois? C'est lui mon droiturier et souverain Seigneur ! lui de qui je viens et à qui je retourne ! lui dont je dois, eu tout, prendre l’ordre et suivre la volonté. Mon père, mes amis, laissez-moi un moment seule avec lui, je vous en supplie.
LAHIRE
A la bonne heure! mais...
JEANNE
Mais, quoi qu’il commande, nous lui obéirons, vous et moi,
Lahire! Allez!... (fous sortent, moins Robert Blondel, qui rc&to un peti arrière.)
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