‹ Paris drame en cinq actes, prologue et epilogueChapitre 82 sur 175 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

JEANNE, seule ; puis L'ANGE DE PARIS.

Sang de France! sang de France que je ne puis voir verser que les cheveux ne me lèvent, dois-tu donc couler pour moi?

(Tombant à gonouï.) Seigneur, mon maitic et mon père, est-ce là le signe que ma lâcnc est terminée? A Domrémy, quand j’étais sur le haut mont du Bois des Chênes, assise au pied de l’Arbre des Fées, j’apercevais à la fois, derrière moi, mon village, et, devant moi, la route à perte de vue. 11 me semble que me voici de même, au sommet de ma vie, entre les jours passés que votre grâce, ô mon Dieu! a faits si purs, et les jours à venir qui m’apparaissent bien troublés. Puis-je retourner sur mes pas ? ou dois-je poursuivre mon chemin? — O mes chères conseillères ! mes sœurs du ciel! mes Voix bien aimées! vous qui m'avez dit jusqu’à présent tout ce que j’avais à faire! ne m’abandonnez pas, aidez-moi ! Parlez ! parlez ! Tout s’obscurcit en moi et autour de moi.. Orléans, tu as vu ma victoire! Reims, lu as vu mon triomphe! Paris, dois-je te prendre ou fuir? Paris, Paris,

que me gardes-tu? (L'oinlire s’est tout à coup répandue autour de Jeanne, et do celte obscurité subite jaillit une ligure lumineuse, vêtue de blanc, couronnée do tours.)

l’ange de paris.

On ne prend pas Paris ! on attend qu’il se rende !

— Et pourtant, suis ta route. Il t’en faut parcourir La plus rude moitié, mais non pas la moins grande.

Tu triomphas. Reste à mourir !

Tu reconquis au roi son royaume de France Par la victoire heureuse et les succès hardis.

Conquiers-toi maintenant, ma sœur, par la souffrance.

Le royaume du paradis !

Marche, par le chemin sanglant et solitaire,

Marche à cet autre sacre, à ton sacre éternel !

Marche sans peur! Les fleurs vous couronnent sur terre Et les épines dans le ciel!

(l/apparition t'évanouit.)

JEANNE; seule.

Souffrir! mourir ! je suis bien jeune et bien faible, n’importe ! votre servante est prêle, 0 mon Dieu !

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