SCÈNE III
JEANNE D’ARC, ROBERT BLONDEL, puis THIBAULT.
JEANNE
Allez, sire Robert... Je suis heureuse d’avoir gagné à la France un cœur si dévoué.
ROBERT
Non pas à la France, à vous, Jeanne. Comprencz-moi ! c'est vous seule que je veux servir en elle.
JEANNE, ingénument.
Mais non, je ne Vous comprends pas! Qu'est-ce que je suis, moi, en dehors de la France? C’est pour la France que j'accepte et que j'emploierai votre amitié.
ROBERT
Mon amitié ! ah ! c'est bien plus que de l’amitié que je ressens pour vous, Jeanne !
JEANNE
Comment?... (Enlro Thibault, qni reste au fond.)
ROBERT
Ayez pitié de moi, Jeanne! c’est de l’amour!
J EANNE.
Malheureux! taisez-vous! Ah! comme vous m’attristez ! ah! mauvais! vous faites pleurer dans les deux la reine des anges!
ROBERT
Les cieux et la terre, je les brave! Je vous aime.
THIBAULT, lui saisiront lo bras.
Je vous hais! — Faux ami ! vous aviez surpris mon cœur, je vous en chasse. Français impie, vous blasphémez cet ange charmant et nouveau : l’ange de la patrie! Tenez, partez; voilà votre sauf-conduit! Vous étiez toujours de nos ennemis. Retournez parmi nos ennemis !
ROBERT
Jeanne, vous voulez que j'en appelle à la force, soit! Je me souviendrai de ton nom, Thibault a'Armagnac!
T H l B AU ET,
On ne vous craint pas, fils cruel, qui osez dans voire sœur outrager voire mère ! (Sort Robert. Thibault le suit.)