SCÈNE PREMIÈRE
RENE, entrant avec précauliou par un panneau caché dans la boiterie ; puis
CATHERINE DE MÉDIUS et OLIVIER D’HERMINGE.
RENÉ (accent ilatieu très-pronoueé) , regardant autour de lui.
Personne ! j’en étais sur. (lu venant au panneau, ) La reine Jeanne d’Albret n’v est pas encore.
CATHERIN E , entrant.
Alors la reine Catherine de Médicis peut entrer, (Mouvement de René.) Oh ! j’aime à voir tout par moi-même ! Venez un peu, monsieur d’Herminge, pousser une reconnaissance sur le territoire de voire ennemi...
OLIVIER
De l’ennemi de Votre Majesté. C’est là pour Jean Goujon le grand malheur et le vrai péril.
CATHERINE
Mais, René, il n’est donc pas chez lui, le statuaire parpaillot ?
RENÉ
Il y a une heure, deux de ses frères en arl et en religion, Ramus le savant et Goudimel le musicien, lui ont amené ce poète italien venu en France avec monsieur le cardinal d'Este, et qui s’appelle, je crois, il Tasso. Jean Goujon est là, dans la cour, en train de leur montrer ses sculptures.
CaT herine.
A merveille ! — Tu ne m’as pas trompée, René. Grâce à celle communication ignorée de Ion célèbre voisin, ton laboratoire entend et voit tout dans son atelier. Tu n’es pas seulement, René, un parfumeur habile et un physicien... dévoué; tu es encore un observateur de premier ordre. (Elle va ci vient furetant.)
PARIS
RENÉ
L’humble apprenti et le docile instrument de Votre Majesté... D’ailleurs, je garde aussi, moi, à ce Jean Goujon une dent assez venimeuse.
OLIVIER
Ah! serait-il en retard de ses loyers?
RENÉ
11 me paye, mais il me méprise. 11 fait fi de mes talents, l’imbécile !
OLIVIER
L’imprudent !
RENÉ, avec satisfaction.
Oui, vous avez traversé ma petite pharmacie. Cet élixir, dont la reine vient de prendre une fiole, je n'aurais qu’à en laisser tomber une seule goutte sur les gants ou sur la collerette de ce dédaigneux locataire...
CATHERINE, se retournant.
Per T)io santo !
R EN É
Oïmé ! je respecte trop Votre Majesté pour oser empiéter sur ses privilèges !
CATHERINE
René !... je conçois que cela t’amuse, poveretto, de jouer avec la vie et la mort des illustres et des puissants. Mais si jamais tu t’y risquais sans ma permission et pour ton compte!...
RENÉ
Capisco, capisco.
CATHERINE
Guette. — Comte d’Herminge, je me résume : il y a entre vous et Jean Goujon, m’a-t-on dit, une haine...
RENÉ
Héréditaire.
CATHERINE
Bien! Sur le premier prétexte, vous allez donc tout à l'heure chercher querelle à Jean Goujon, le forcer à se battre et nous débarrasser, — loyalement, si vous voulez, — de ce tailleur de marbre.
OLIVIER
C’est dit, c’est fait, madame.
CATHERINE
Ah ! vous êtes un bon catholique, vous, et le sujet fidèle du roi Charles IX, mon fils! Vous détestez ces luthériens rebelles. Je les tenais, monsieur d’Herminge, je les tenais tous !