SCÈNE III
Les Mêmes, HENRI DE BÉARN.
HENRI
Qui parle de folie ici? j’arrive à propos! Ce ne saurait être pourtant le vénérable Ramus, ni vous non plus, Goudimel !
JEAN GOUJON
Monseigneur, c’est le gentil poète italien le Tasse. Mon hôte, saluez le prince Henri de Navarre, mon maître.
C’est moi qui salue le Virgile chrétien. Mais, ne m’appelle pas ton maître, Jean Goujon, appelle-moi ton frère. 11 l’est, en réalité, monsieur; il est mon frère de sang blanc, comme on dit dans le Béarn ; il est mon frère de lait.
LE TASSE
La mère de Jean Goujon a été la nourrice de Votre Altesse ?
HENRI
Non pas ! La mère de mon altesse a été la nourrice de Jean Goujon. — Cela vous étonne? Mon grand-père, à ma naissance, m’avait fait avaler un grand coup de vin de Jurançon, et il parait que ce vin me faisait trouver le lait un peu fade; si bien que je ne tétais pas comme il faut, et qiv' mi vaillante mère était malade de force surabondante. Un jour, elle apprit qu’une pauvre femme, qui traversait nos montagnes, venait de mourir, laissant un petit enfant à la mamelle. La reine envoya chercher le marmot, l’embrassa, lui dit : « C’est Dieu, pauvre petit, qui t’envoie à moi pour que nous nous sauvions l’un par l’autre. » Et