ACTE
elle se fit bravement sa nourrice, et l’enfant du peuple et le fils du prince burent comme deux jumeaux la vie au même sein royal, et voilà comment il y a entre Jean Goujon et moi la plus douce des fraternités, la fraternité du berceau.
JEAN GOUJON
Mon cher sire, vous avez toujours tout partagé, tout donné.
Qu'est-ce que j'ai donné? Mon amitié à toi, ma bonne humeur à ceux qui soutirent, à mon pays ma vie? Ce tout là ne vaut pas grand’chosc ! Mais, je ne suis qu’un pauvre cadet de Gascogne, et je troquerais parfois volontiers ma royauté montagnarde contre un plat de lentilles, comme feu Esaii.
GOUIHMEL.
Ésaü ne fut-il pas bien imprévoyant, monseigneur?
HENRI
Bah! il avait l’appétit généreux! C’était un fort chasseur!
Jacob n'était qu'un Juif!
ramus. ■ . ,
Votre Altesse ne doit pas oublier que tout un grand parti fonde en elle son espérance.
HENRI
Maître Ramus, laissons faire Dieu. La reine Catherine, ma *• v >
future belle-mère, prétend lui forcer la main; mais Jeanne d’Albret, ma mère, m’a appris à respecter ses desseins. On me dit de prendre garde à toutes sortes d’embûches, je n’en vais pas moins mon chemin... à la grâce. M’est avis qu'il faut d’abord rire à la fortune pour qu’elle vous rie, et aimer les gens pour * \
qu’ils vous aiment. Cela m'est aisé, et, en attendant du retour, k
je me tiens content du seul plaisir d’aimer ce bon peuple de France, et surtout ces braves Parisiens... ,
JEAN GOUJON
Et encore mieux ces jolies Parisiennes !
HENRI
Oh! le félon! Je t’apportais deux bonnes nouvelles, mais, pour te punir, je ne te les dirai pas.