SCÈNE y
Les mêmes, OLIVIER.
OLIVIER , du seuil.
Maître Jean Goujon, le statuaire?
HENRI y surpris.
Ami, monsieur s’appelle Olivier d’Herminge.
JEAN GOUJON
O Providence î
OLIVIER
Le prince de Béarn ici !
HENRI
Ce n’est pas la première fois, monsieur, qu'on me voit chez Jean Goujon, mon ami.
OLIVIER, à part.
Après tout, sa présente n’empêche rien; au contraire.
JEAN GOUJON , à part; regardant Olivier.
Voilà donc l’homme que je dois chérir !
OLIVIER , à part, regardant Jean Goujon.
C’est donc là celui que je dois frapper !
JEAN GOUJON, avec empressement.
Quelle bonne fortune vous amène chez moi, monsieur le comte ?
OLIVIER, avec impertinence.
Une bonne fortune, en effet, maître! Il y a chez le baigneur Zoppi une jolie fille, appelée Stéphanette, qui vous sert parfois de modèle. Je viens simplement vous avertir que cela me déplaît.
HENRI
Eh ! mais, comte, je vous croyais amoureux de la belle Diane de Gondi.
JEAN GOUJON , souriant.
N’importe! — Stéphanette, monsieur le comte, n’existera plus désormais pour moi.
OLIVIER y étonne.
Ah! — Autre chose. Vous avez pris, me dit-on, le parti obstiné de ne travailler que pour les édifices publics ou pour vos coreligionnaires. J’aurais cependant, moi, catholique fervent, à vous commander une Vénus pour le vestibule de mon hôteL
JEAN GOUJON
Disposez toujours à votre gré, monsieur, de mon temps et de mon art.
PARIS
OLIVIER , de plus en plus surpris.
Ah ! — A la bonne heure ! — Fixez votre prix vous-mème.
JEAN GOUJON
La joie de vous servir, rien de plus.
OLIVIER
Raillez-vous? Fixez votre prix, vous dis-je!
JEAN GOUJON
Eh bien ! si vous aviez en votre possession quelque bijou curieux, quelque joyau ancien ?...
OLIVIER
Mais non; c’est en argent que je prétends vous payer, monsieur. Tenez, il y a dans cette bourse deux cents éeus d'or. La somme vous suffit-elle ?
HENRI , bas à Jean Goujon, en riant.
Ce seigneur est mal commode à l’a initié !
JEAN GOUJON
Laissez-moi faire. — Monsieur le comte, mes élèves ont laissé leurs dés sur cette table; vous plait-il jouer aux dés ma Vénus ?
OLIVIER , après tin instant rie réflexion.
Soit ! — La statue contre la bourse, (jetant le» dés.) Sept.
JEAN GOU J O N , jetant les dé*.
Dix.
OLIVIER
Je double. Cet anneau pour gage. — Quatre.
JEAN GOUJON
Six.
OLIVIER
Ce poignard représente huit cents écus d'or. Six. (Regardant les i.is de jeun Goujon.) Ah! je perds encore ! Votre statue me ruinera monsieur ! (Cherchant sur lui.) Je n’ai plus de gage. (Prenant le collier i'or dans sa poitrine et le pos&nt sur la table.) Ah ! Ce Collier.
JEAN GOUJON , regardant le collier avec émotion .
Ce collier! Reprenez votre anneau et votre poignard. Ce collier seul vaudra les quarante mille livres.
OLIVIER
Une fortune presque ! (jetant les dés.) Onze.
HENRI, regardant 1*8 ries qn a jetés Jean Goujon.
Douze.
OLIVIER, fiuieux, renversant le* cornets.
Assez! — Savez-vous, maître, que vous avez un bonheur insolent?
HENRI, irrité.
Mais pas plus insolent que votre malheur, comte!