‹ Paris en 1794 et en 1795Chapitre 1 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

§ I"*. — CONTRASTE ENTRE 1867 ET 1794, AVEC LE SUFFRAGE UNIVERSEL POUR TRAIT D'UNION;

C'est pendant PExposition oniverselle de J8fj7, en parcourant les rapporte de police qui font partie des documents historiques conservés aux Archives de V Empire, que nous est venue l'idée de ce livre.

Entre la misère dont ces rapports renferment le navrant témoignage et T exubérance de richesses et de jouissances étalées alors dans le palais du Champ de Mars, le contraste était grand. A certains égards, il avait sa compensation dans le contraste moral, mais il ne saurait être question là que du contraste des conditions matérielles d'existence de la nation , à une distance de trois quarts de siècle.

£t celle^i cependant serait l' abîme qui sépare deux mondes, si ces mondes ne se trouvaient mis comme de plain-pied par l'ctaliiisscnienl du suÛra{je uuiverscl.

f^p suttrage universel, qui a inve>ti les iiia>>es dc lii toultfpuis>ance, est un progrès sur le sutïrafje a deux d<v;^ri'-, , un progrès surlTlH. Sieyès pourrait dire aujonrd'iun , en nioflifiant sa formule : Comme élément électoral, (jii'cst-ce que le mérite? Peu de chose ou n'en, Quedevrail-UéWe.^ Tout, C'est le nombre seul qui est tout aujourd'hui.

Que sortira-t-il de ce droit divin des masses? Peut-être le développement pacifique de la grandeur de la démocratie, peut-être autra chose, car il y a des accidente perturbateurs, il y a la peste, la fiimine, les guerres malheureuses qui trou-

blent la raison de rbomme, ai (prissent son caractère, endurcissent son cœur, et nul n^est en situation de les prévoir ni de les roiiimrr.

On floil tout pspt'ier (lu sufFrafje universel : il viendra, comme un vent FavoraMe, enfler doeilement les voiles du navire, en lui (iouriant la marehe que souhaite le pilote; il conduira la démocratie au port, malgré les écueils; et plaise à Dieu qu'il en soit ainsi !

Mais, qui le nierait? si on a tout à espérer d'un auxiliaire auquel rien ne peut faire obstacle, on a tout à craindre d*un adversaire auquel rien ne saurait résister. Aussi beaucoup d'esprits inquiets sont-ils d'avis que le ^ouvemement prenne à Fégaid du suffrage universel le rôle que le poëte donne à Éole, dans la caverne des vents :

Lucisntet ventos, tempestatetque tonoras Imperio premit....

Son intervention est nécessaire, disent-il>, pour dirij;er l'espiit public, prévenir ce bouleversement <pie le suflra^jc universel livré à lui-même pourrait produire en investissant de la direction absolue des alTaires les représentants de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse» an détriment des autres classes. Cette pensée donne le frisson aux timides, qui encouragent fort le {];onvemement à ne rien négliger pour fiiire prévaloir son influence et ses candidats. Le jour où cette intervention échouerait, il leur semble que tout serait perdu et que nous aurions une révolution sociale.

Nous ne partageons pas ces appréhensions ; nous croyons même que le suffrage universel laissé à lui-même et éclairé par une sage liberté, est meilleur compagnon (pie le sufFra(;e mis en tutelle, dominé, entratné, séduit ou surpris. Mais enfin l'histoire est là, et de la donïiiiatiou populaire sans contre-poids elle nous montre les (euvres (grandioses, dans le mal comme dans le bien. Une démocratie bien réglée est en effet le spectacle le plus beau qu'il soit donné de con-

Cempler au milieu des sociétés humaines, tandis que la démocffràe déréglée, la démocratie en démence, Ja démagogie, est le plus capable de porter Tbomme à douter de sa perfectibilité, de Paraener au sacrifice de son libre arbitre, à l'oubli de sa fierté et de ses droits, à la senritude volontaire sons un maître.

Fléau d'autant plus à craindre que c'est dans un corps sain d'apparence qu'il se produit, par une désorganisation graduelle et d'abord presque insensible des institutions, qui

finissent par perdre leur équilibre, comme la raison de riiomme perd le sien sous l'action d'une idt'o fixe ou d'une pa-sion violente. Au commencement, tout est adnnrable; la vie «Iclxirde, l'activité dans les mille canaux qui lui sont ouverts lait des prodiges , la force de la nation semble décuplée; mais le désordre survient, Tagitation remplace l'activité, la convulsion est suivie du marasme causé par la paralysie d'une partie des orjpnes du corps social.

Tel a été le mal d'Athènes, auquel le peuple le plus extraordinaire qui ait paru dans le monde a succombé.

Nulle part on n'en voit mieux le caractère que dans les comédies d'Aristophane. On raconte qu'un roi de Sicile, Deojs, ayant demandé au divin Platon de lui faire connaître la constitution politique d'Athènes, celui-ci pour toute réponse lui envoya les comédies d'Aristophane. Cest donc chez eUes que nous devons aller étudier la démocratie grecque. Avec sa vivacité, ses passions, ses vices et ses séductions, elle y est toute vibrante d'un éclat de vie que viagl-deuz siècles n'ont pas terni et dont le génie enveloppe ses cravres immortelles.

Voici une des comédies d'Aristophane, les Chevaliers, — représentée sur le tliéâtre d'Athènes 426 ans avant Jésus- Christ, plus de deux mille deux cents ans avant Tavénement de la démagogie parisienne, — qui nous servira d'exemple. Mais pour pénétrer au cœur de cette civilisation antique, pour nous placer dans le milieu où s'accomplit la fiction du poète grec, un préambule est nécessaire. Au risque

d'être un peu lonj;, nous demanderons au lecteur la permission de le mettre sous ses yeux ; il nous pardonnera peutêtre son étendue, en y trouvant plus d'un rapprochement à faire entre les deux époques.

g II. — CARACTÈRES PERMANENTS DE LA DÉMAGOGIE.. ATHÈNES EN 426 AVANT JÉSUS-CHRIST.

A Tépoque OÙ vivait Aristophane, FAthënien , si pauvre fÙt>il, ne travaillait guère. Le titre de citoyen, hérila{;e de tous ceux qui naissaient d'un père et d'une mère athéniens , paraissait à heaneoiip une fortune >u(lisante. Il conférait le (iroit fl'assislcr à 1 ii-^-^einlilce |iiil)liipie, le droit de jnji^er, le <ir()iL d aller ;iu tlu-atre , le droit de servir eonnne solflaf, «lans l'armée ou sur la Hotte; et rexereice de chacun de ee^. droits était la source d'un revenu a>suré. Pom- peu qu'il fût matinal et vi^^ilant, ce qui avait lieu lorsque la faim le talonnait, TAihénien se rendait au Pnyx avant que la corde rou(;e, destinée ù laisser son empreinte sur le dos des retardataires, eût été tendue. Cet acte de présence lui valait trois oholes. On pense bien que les gens sans ressources n'y manquaient pas; mais la gratification qu'ils recevaient, insuffisante poiur indemniser les Athéniens de la quatrième classe de l'interruption de leurs travaux, était trop lé(;ere pour en(;ager les riches et les gens aisés k se montrer assidus. De là cette foule d'ouvriers et de mercenaires qui d'habitude encombraient l'Âfj^ora, et qiu' formaient la majorité de l'assemblée; de là aus->i le pouvoir <pie le> orateurs accpiéraient sur la multitude, en Hattant ses pasMion>, en excitant >a haine contre les riches, sou amour de l iudépendance, sou impatieuce de tout frein.

Après avoir reçu le triobole, rAthénieu se hâtait de quitter l'assemblée pour aller le dépenser eu provisions de ménage, ou bien il s'asseyait tranquillement dans un coin de r Agora, afin d*y manger le déjeuner composé d'ail et de

gâteaux dont il s'était muni. Il avail, du reste, le droit, s'il remplissait les conditions d'âge marquées par la loi , de demander la parole et de saisir l'assemblée d'une proposition que, séance tenante, le peuple pouvait repousser ou adopter. Mais le plus souvent il se tenait à l'écart de la tribune, redoutant les huées qui saluaient l'apparition et couvraient la voix des orateurs inexpérimentés. Là, par ses clameurs, il manifestait bruyamment ses impressions, à la vue et au Ian{;îi{je tlt'> tlivers orateurs qui ^o succédaient à la h ihuue. Celui-ci, bavard, présomptueux, impudent, n'avait que des vices ^ans {jrace, une anihition sans talent et sans excuse; mais il ne paraissait jamais devant le peuple que pour l'accabler des plus (grossières flatteries, pour lui présenter des plans de finances dont la conséquence eflt été le gaiipillage immédiat des fonds de la République entre les mains d'une populace désoeuvrée. Tout en repoussant ces absurdités impraticables, on lui savait gré de chimères inspirées, disait-on, par Tamour du peuple. Un autre orateur, esprit exact, prudent, sévère, paraissait-il? au premier hiAme qu'il exprimait, les murmures couvraient sa voix. Les Athéniens n'acceptaient de leçon qu'au thé&tre. Le peuple était bien celui dont Phocion, applaudi par lui, devait dire en s'adressant à ses amis : Ne me serait-il pas échappé , par inégarde , quelque sottise?

Le Pnyx, le tribunal, la promenade, le tbéàtre, telle c^t la sphère d'activité où se concentre la vie de rAthétiien. Si ce ne>t pas jour d'assemblée, vous êtes à peu j)res certain de le rencontrer au tribunal. Il faudrait, en etfet, qu'il fût bien malheureux, bien maltraité de la fortune, pour ne pas faire partie des six mille juges que chaque année désif^nait le sort. Six mille juges! ce nombre semble exorbitant, il paraissait à peine suffisant aux démagogues de l'époque. Comme oh donnait à chaque juge un saliiire quotidien de trois oboles, plus il y avait de places, plus il y avait de chances pour les désœuvrés d'arriver à une fonction salariée par l'État. Du reste, les goûts processif des Athéniens, la

liberté que leur «lonn.iient les institutions de s'accuser les uns les auties , leur j>usâion pour la fii>cussion, robligation imposée à tous les sujets de la Répul)lique , si éloi(jné que fût leur territoire, de venir à Athènes vider leurs ditféreods, alimentaient larg^ement Tactivité des tribunaux.

Au théâtre, le peuple trouvait dans la représentation des comédies le sujet de ses préoccupations et de ses entretiens habituels*. Pourvu qu'on Tintéressàt par des allusions piquantes aux ëvénements du temps , qu'on TamusAt avec de bonnes plaisanteries et qu'on le charmât avec de beaux vers» il se montrait fort accsommodant, et sup])ortait de la part des poètes les plus mordantes satires. Noos avons la mesure du degré de liberté qui leur était laissé en matière politique, et de la tolérance du pul>lic, dans la comédie des Chevaliers, représentée à Athènes en 426. — Vax voici le sujet :

§ m. la démagocik a atilkm s. dans les comédiks

d'aaistopuam^.

Aristophane met en scène deux esclaves du bonhomme Peuple, les (<^énéraux Nidas et Démosthènes, roués de coups par le Paphla(;onien Gléon, qui, à force de vices et de flagorneries, a su capter la confiance du peuple. Ils s'entretiennent des vices de leur mattre. « C'est un vieillard morose et un peu sourd , (jrand roanf>[eur de f^ves. • Le Paphiagonien Ta séduit en le gorgeant de flatteries , d'extorsions iniques, et en lui disant : <' O Peuple! c'est assez d'avoir jugé une affaire; va au hain , prends un morceau, l>oi>, ni;ui{je, reçois les trois oboles. Veux-tu que je te >erve à souper?» Debout, le fouet de cuir à la main, il ne souffre pas que personne approche de lui. «Il lui déhite des oracles, car le vieillard raffole de prophéties. Quand il le voit dans cet état d'im-

< PlMon appelait le fouTerneniciK, adiémen une f AM<rocralte.

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hécillité , il en profite pour mettre en œuvre ses intrigues. « Cependant, Nidas et Démostliènes profitent du sommeil de Gléon, « l'estomac plein de viandes et de gâteaux provenant de confiscations » , pour loi dérober une d« ces motions au moyen dasqueDes il gonrerae le Peuple. En ce moment même survient le charcutier qui doit supplanter Glëon dans la foveur populaire : « Homme fortuné ! s*écrie Démostfaénes, <V toi cpi aujourd'hui n'es rien et qui demain seras au faite des (grandeurs, regarde : yois-tu cette multitude? Tu en seras le maître souverain 'ainsi que du marché, des porta, de rassemblée; tu fouleras aux pieds le sénat; tu destitueras les {généraux , tu les chargeras de chaînes , tu les emprisonneras; tu feras du Prj'tanée un lieu de débauche. — Mais, répond le cliarcutii r , comnicuL arrivcrai-je h la tôte de l'Etal? j appartiens à la canaille, je n'ai pas rern lu moindre éducation, si ce n'est (jiie je sais lire, et encore assez mal. — Dt'tnoslhènes : Ah! ceci pourrait te faire du lort <!<• savoir lire, même assez mal. La place de favori du iV'uple n'appartient pas aux Ikommes instruits , ou du moins irréprochables, mais aux ignorants et aux infirmes. — Le charcu' tier : Comment serais-je capable de gouverner le Peuple? — Démosthènes : Rien de plus facile. Continue ton métier, brouille les affaires de la même façon que tu amalgames tes hachis; cajole le Peuple en lui promettant des vivres à vil prix. Tu as tout ce qu'il fout pour entraîner la populace : Yoix terrible, esprit pervers, impudence des halles, tuas toutes les qualités nécessaires pour le gouvernement. Va donc ! ceins ton Iront d'une couronne , et repousse vigoureusement ton adversaire * . •

Gléon ' parait avec son gros ventre, sa forte corpulence. Alors commence un combat d'invectives : « Je dâionce cet

* Nous nous fonuDM Miri , pour cet oiuiions, da la tradaaiicm firançaiw de M. Artaud;

' Il ne Se- iruiiv.i pa« d'acteur ai$ez hardi pour porter le masque du dem if^ooiic Ch'on : Aristopliiinc prit le parti de remjiUr lui-même le rôle; il le juua aux applaodiMetnenu des AlhéDiena.

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homme, >\-< rie Cleoii, et je siuiliens qu'il Iraiisporte leN jus de vian<lcs sur les {];alèr«"> de l'État. — Le charcutier : Kt moi, j'accuse celui-ci d'entrer au Prytanée le ventre vide el d'en sortir le ventre plein. — Cieon : Je te dénoncerai» quand tu seras (jénéral, » etc. Le choeur alors prend la parole : « Infâme scélérat» braillard, tout retentit de ton audace : le pays entier, l'assemblée, les bureaux de finances, les greffes» les tribunaux; tu remplis la ville de trouble et de confusion. G*est de ton impudence» arme ordinaire des orateurs, que tu te sers pour dépouiller les riches étrangers. Mais enfin, je puis me réjoi}ir; un homme a paru bien supérieur à toi en perversité, et, comme on peut en juger déjà, il te surpassera en intri(;ncs, en audace et en tours de passe-passe.» Cléon répond : «Je ne vous crains pas, tant que le sénat existe et que le l*(Mq)Ie reste dans sa >tu|ntliti'. «

Ari>tophanc trouve ici roLCii^ion de liiir«' I t-iuiim i iUion de ceux qu'a (li-jiiis>t*> 1 iii{|ratilii(l(' do Atht'iiicns ; i-n nirnie teujps, il Irappc de sc> v«ms ^an{|lunts toui le.-, favoris de la muilitudc : Nicias, Di'nio^llicnes, Cléon le Paphla(jonien , Lucis le devin, ilyperbolos le déma{}ogue personniHé dans le charcutier A(;oracntes» Ëucrates le marchand d'étoupes, Cratiuos» Morsimos, Cornas, Mogués» Gralés, confrères du poète. Que d'autres encore seront atteints parmi les hommes éminents de la République, sans que la multitude se lasse d'applaudir à ses sarcasmes! car les démagogies vivent de défiances, de jalousies et de haines; la passion de l'égalité a chez elles le caractère de la fureur.

Mais une des scènes les plus singulières, c'est celle oik les deux rivaux en présence plaident leur cause devant te Peuple assis sur les bancs du Pnyx. a Je suis connu, dit Cléon, pour celui (jui aime le mieux le Peuj)le atluiiien , après Cvuna el Sahahacclia (courtisanes célèbres du lcn)ps). Je l'ai enrirlii dc> extorsions conuiii«<'> sur les |>iirtii idiers. J'ai à ma disposition des oracles (jui le rendront mailre de toute la Grèce et lui feront toucher cinq oboie» eu Arcadie pour rendre la justice. Tu calomnies celui qui , j'en jure par

Ccrès! a roiidu ;i l'I'tat de plus (|[rancis services que Tliémistocles. — O Peuple! répond Afjoracrites , J'afFection qu'il a pour toi se réduit à >o chauffer à tes dépens. Ainsi, pendant qu'il parle, il te laisse durement assis sur la.piare; il n*a pas les mêmes attentions que moi, qui t'apporte ce coussin que j*ai cousu moi-même. Allons, lève4oi, et repose plus mollement ces membres qui ont tant fatig^ué à Salamine. Et toi, misérable, si tu Taimais, tu ne le verrais pas sans pitié, depuis huit mois, habiter dans des tonneaux et dans des antres Tu repousses la paix, tu entretiens les hostilités. Tu veux qu'à travers le tourbillon de la {juerre le Peuple iif s'aperçoive pas de tes friponneries, et que la nécessité, le ijcsoin , l'altente de son salaire le réduisent à n'espérer qu'en loi. Ali ! (niand il coinialli a les doneeui>. de la paix, il le piniira , plein de tuicin- et de raj;»,'. 'Wn , Pi'jjal de Tliéniislocles! allons donc! Lui, vivant, notre ville était opulente . il la fit regorger de richesses ; aux biens qui entretenaient rabondance sur notre table, il joignit le Pirée, et, sans nous rien retrancher, il nous procura de nouveaux poissons. » A cet argument puissant sur les Athéniens , fort amateurs de poisson , Cléon ne peut opposer que son ardeur à dénoncer : « Seul , j*ai étouffé les conspirations ; il ne se trame pas un complot que je ne sonne aussitôt l'alarme. — Le charcutier : Tu fais comme les pécheurs d*anguilles : quand l*eau est calme, ils ne prennent rien; mais quand ils ont agité la vase, la pèche est bonne. De même, tu (jaunes quand tu as mis le trouble dans la République. » Le ehœur piofite fin nionienl où les deux ennemis se sont éloijjiiés pour rt'j. rocher an Pc'tij)le la facilité avec laquelle il se laisse trunq»er par lou> ceux qui le flattent. «N'en croyez rien , répond le Peuple. J'e\lravaj;iic ;i dessein. J'aime à boire tout le jour et à prendre pour muitre un voleur que jenourrisi; mais quand il est bien en(;raissé , je lui fais rendre gorge et je l'immole. » L'explication que le bonhomme donne de sa crédulité n'est pas suffisante, et il est clair que le poëte qui l'a représenté faible, ingrat et glouton, ne l'accepte pas. '

Il Im leronnalt du Kon sens, ïiiai> partout aillour- <|u'au Pnyx : «Là, il perd la ti-le et dérai>onue. » Giilique auiùre de rentralneiiient des assemblées populaires.

Certes, il y a dans cette satire t souvcot hariiwqiie, bien des exa(;ératioDS : le porte ne te gteepM pour calomnier, mène les dilipigiiet qo*ii omI en soène. Il emploie contre eux les armes dont ils ont pu se senrir contre d*autres, et l'histoire n*a pas ratifié, par exemple, l'accusation de vois et de rapines qu'il dirige contre Gléon, dont elle accnse seulement l'impéritie et la foneste influence sur les destinées de sa patrie. Mais la comédie des ChevaUers^ mal(;i-é ses bouffonneries grossières, n'en reste pas moins une œuvre de génie , un tableau rivant des dangers de la âémaQOQie , une peinture immortelle des déma(;ofyues d'Athènes et de tous les temps. Cléun a plu> d un trait de ressemblance avec Hanriot, et Agoracrites avec Hébert.

§ IV. — LA DÉMAGOGIE A l ARIS , DANS LES RAPPORTS

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