FRUCTIDOR
18 AOl T AV 21 SLI'l h.MBHE.
LA coRVBimoii danns ix lOTHaamnoa jcsoo'a i.a nimmctAViOK
BB LBGOIIITBE (12 mOCTIDOa).
Le sujet de ce livrp nous oblt(|[e fréquemment, pour compléter Tbistoirede la me et du club, de pénétrer dans rintérieur
de la Omveaûoa. Ctêt là que les événemeiitt de la rue commencent et abontisient.
Nous lencontfons pour cette période un historien précieux. Dans une brochure rare et peu connue, datée du S7 fructidor, écrite par conséquent six semaines après le 9 thermidor, Dussault, dont les hommes de fous les partis, Maiat lui-même, ont prodamé la par&ile honnêteté, a esquissé la phpionomie de la Convention, cdle des députés qui devai«it y marquer, et l'attitude des partb au moment où la chute de Rohespierre laissa le ^uvei^ nement eu quelque sorte disponible. On verra qu^aprës tant de coupes sanglantes, après régorgement des Girondins, des principaux daotonistes, après les supplices des 10 et 1 1 thermidor, il ne reste ni un homme ni une idée qui puisse aspirer à l'empire. La Convention a peine à trouver sa voie ; elle se laisse aller tantôt à une réaction violente contre les terroristes, tantôt à un retour vers eux, et en définitive elle ne reconnaît, comme en d'aulres lenips, qu'un Dieu, le Dieu de la (li iuagO{jie, la peui-, (jni a la délation pour ministre. Il semble que sur les bancs où sié{ft'nt ces liommes qui s'invectivent et se n>pro<:hent mutuellement leurs faibles^es cl leurs crimes, un fantôme mystérieux ailledel'unà l'autre, devant lequel ils se sentent frissonner jusque dans la moelle des os, sans doute |>arce <ju'il prend successivement de\ant clLicnn la ressemblance d'une de ses victimes. Au fond, il n'y avait d'irréprochables que ceux qui étaient morts ou prisonniers : les vivants et libres avaient laissé foire, donc ils étaient coupables. Aussi quand Lecointre parât avec ses dénonciations, il y eut un soulèvement général; on le stigmatisa solenndlemént de Fépithète de calomniateur. 11 ne se rdmta pas, et il vit bientôt tout le monde, craignant de ' ravoir contre soi, finir par se déclarer pour lui. On espérait que les boucs émissaires des comités allaient sauver tout le troupeau d'Israël. Ce qu'il y a de plus singulier etœ qui montre bien le degréd'anxiété desdénonciateurs, c'est queLecointre, après avoir vu triompher son accusation et obtenu que les accusés lussent condamnés, se compromit A son tour dans une insurrection qui avait pour objet principal de leur rendre la liberté, et, comme leur complice, fut décrété d'accusation !
Mais revenons à la brochure de Dussault : Fragments pour têrvit à thistoire de ia Qmvenlion naUoruUe depuis le 10 ther^
nddor jusqu'à la dénoneia^on de LeeoùUre exehtmement. On remarquera, dans leseitraito que nous en publions, lahardieMe des appréciations et des portraits. On retronTe dans pins d*nn trait le traducteur de Jnvénal. 11 ne ménage pas les cliefs de cette majorité dont il est membre; il ose dire : « L'expérience du pass^, qui toujours avait tu triompher le parti le plus sévère, était pour la majorité d*un présa{;o peu favorable. » Et romme il vient de blâmer le relflchement de mœurs de ^lerlin deThion* ville, on sent bien ce que veut dire ici le mot sévère,
Phyxînnomie de t Assemblée. Causes de divisions. — «Après le 10 tlu riiiidor, rexplosîonsubitede tout ce quVunelongue tyrannie avait renJermé dans le secret des cœurs rendit pendant quelques jours les délibérations de FAssemblée vag^nes, tumultueuses, abondantes en idées plus consolantes que réflt>ehies. Une belle pensée présidait à cette espèce de délire, celle de réparer les maux causés par H(»lM*>»pierre; mais V Assemblée trouva dans eetle |iimi><''»' inénu' un piéjje dangereux. Le bien, toujours si voisin <ln mal, \«Hit étir (ait avec prnJrncc vX mesuri', et Ton a rarement à s»- louer dt- rtMilliousia>.iiir iin"-iiie le plus louable.
»> Les jK>rtes des |)risons furent l»t is<'t s plulul qu'ouvertes. Les iiitioi-ent^ en sortirent en foule, mais quelques coupables profitèrent «le ( etle pré( i|titaf ion.
n On a(;( usa des députés d'avoir brisé les fers de quelques
ennemis de la Révolution.
n Cette division devait plaire à ceu.x qui avaient quelques remords, ou qui crai(j;naicnl d'être accusés au tribunal de l'opinion publique. Ils soufflaient sur cette étincelle légère de discorde.... Le cours des choses amena une lutte nouvdie dans TAssemblée.
n Elle avait vu périr dans les orages (|ui la troubiteent tout ce qu'elle possédait de génie eC de talent, et la sagesse était devenue déscmnais son lot unique De tant d'hommes éloquents, il ne restait plus <{u'un souvenir, qui fiiisaitmienr sentir la iàiblesse de TAssemblée i»
Portrait de TaiSen, — «Tallien était le teembre le plus éloquent de la majorité. Né avec des Ulents médiocres, il avait acquis dans les sociétés populaires, dans les assemblées publiques, dans la Convention nationale même, une certaine abon-
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daoce de lan^^ag^e pliu ooulantc et plus facile que nerveuse. Ignwant l'art de commencer et de finir , de donner à chaque pensée son cadre et sa mesure, prodi^ie de lieux oommuns, il n'avait rien, dans sa physionomie sans caractère, dans sa déclamation sans accent, dans son style sans vijyneur, de ce qui annon< erhoinme pour exercer Teinpire de la parole. Quoique assez entendu d iiis le maiiienieiH des affaires et dans la lactique d'une assemblée et de la Kévolution, il n'avait pas cette force de téte (pii étend la pensée dans tous les ranu\iux d'une entreprise, il était d'ailleurs le plus jeune de toute l'Asseuiblée n
Collot tfHerhois et Jtarère. — u Les <leux talents les plus distinjpiés, sans contredit, se trouvaient dans la minorité. C'étaient Collol «rilerlMiis et Ikirère.
» Le pieuiit r, liounue «le lettres de professiou , auteur de quelques ouvrages drauiatiques fort médiocres à la vérité, avait apporté dans l'Assemblée un esprit orné par la littérature. L'art de la déclamation , cette partie si importante de l'éloquence , n'avait point été tout à iàit étranger à ses précédentes études. Une physionomie un peu sauvage, une encolure Ibrte et vtgon- Kuse, un oi^ne imposant quoique un peu voilé, une diction théâtrale, des pensées tantôt éner(;iques, tentât ingénieuses, une fiMâlité d'improviser quelquefois très-oratoire, le talent d'intéresser le cœur et d'échaufler le sentiment, d'attribuer avec art à des causes morales des résultats purement physiques, lui avaient souvent attiré des applaudissements à la Convention et surtout aux Jacobins. Au reste plus brusque et plus impétueux dans les affiiires qu'adroit et insinuant; fiûre sauter les prisons par l'explosion de la poudre, exposer par centaines les coupables au feu des canons, étaient des idées qui ne révoltaient point son cœur.
» L'autre, habile sophiste, savait déguiser adroitement la versa-
tilitédeses opinions Quoique son intelligence, sasagacitédans
les af&ircs pussent le rendre précieux à un parti , sa réputation, 'qui paralysait son talent, l'empêchait d'y être véritablement
utile.
9 Ils comprenaient bien que la force des circonstances leur commandait le silence et les obligeait à laisser l'attaque pour se retrancher dans la défensive. »
(HijeU de la lutte entre Ut nuyorité et la minorité. — u La
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minorité <iem.Tn<lait à {;ran<ls cris l'impression la liste des ritovens <|ui axaient été mis en liberté et île eeux (jni avaient provofjné leur élar{;issement. l e dcrret fut rendu le 10 août. La fêteqni eut lien le soir n«' fut pas jjaie.
I) Le décret tut rapporté le leuilemainf uiais il laissa de funestes iin pr('s>ion5.
n Quelqnt's hommes absolument dénués de mi»vens, tels que Dnhem, Monlaut, Granet, Carrier, harcelaient »aus ces>e la majorité
n La minorité so prononçait tous les jours davantage; elle ne cessait de se plaindre du trop (jrand nombre é$mkeimUheHé; elle annonçait qu'elle allait fiûreusaçe de tout son pouvoir pour filtre remettre en prison beaucoup de ceux qui en étaient «Mlis, elle était déterminée â ne pas soufFrir qu'on cbangeftt rien à la ri(;ucur du gouvernement.
M La majorité disait que c*était la continuation du régime de Robespierre: elle appelait les membres de Tantre partie de TAs» «emblée les continiuteurs de Robespierre. Ceux-ri donnaient le même nom A leurs adversaires et en même temps les traitaient de modérés. Une contradiction de plus ou de moins ne se compte pas, qiMud il ne s*agit que d*injures...
n Le nombre des comités révolutionnaires fut considérablement diminué. Une loi commanda le renouvdlement de «s comités suivant un certain mode, réforme qui avait lieu aussi pour les comités de la Convention. De fréquents changements empêchaient de craindre à l'avenir les abus qui résultent du lon(; séjour du pouvoir dans les mêmes mains, n
Inquiétudes de topmion pubUque. — « Ces salutaires immutations ne parurent point satisfaire encore Texigeante opinion. Le peuple était m^^content sans savoir pourquoi...
» Voyant TAsseniblée divisée en deux partis, il se créait des fantômes. Lequel des denx partis servait son intérêt? Il avait vu périr successivement sur l'échafaud tous ceux (ju'il avait crus les sincères amants de la liberté. On était devenu <léfiant, onibrayeux. 'l'ont le uionde avait fait son cours de rliétot ifjm* dans la Révolution. Les rnse> de Fart de parler échonaient contre une sagacité qui avait ( oùlé si clicr. L'art de mentir était aux al)ois. La raison publique n\i\.ut j.iinais été si é< lairée. (^eux même à qui les chances de la société avaieut refusé de l'éducation, ceux
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A qui les chances de la nature n'avaient pas accordé de perspica^ cité étaient le plus en f^arde contre les séductions.
w Le moyen do calmor les inquiétudes incessantes eût été Punion absolue de la Convention. Cette assemblée le sentait bien. Tout entière elle la souhaitait. Mais une fatalité sans doute l'empêchait delà cimenter. La question si simple de la liberté de la presse était une de ces pommes de discorde... n
Les crapauds du marais. — «Des têtes froides et lentes, des hommes que des ern-iirs avaient rendus prudents et timides, auxquels un lon(; silence a\ait presque interdit le droit de parler, dont les oreilles retentissaient de menac(vs éternelles, dont les cœurs étaient maijjris de terreur, à qui l'on avait donné nu nom qjii les rendait pour ainsi dire moites; des hommes qui avaient appris il se taire à l'école des pins {grands périls, et qui savaient que les vaincus n'ont janiais raison avec les vaincpieurs, compo- .saicnt en fjrande partie cette majorité, semblable à une eau dormante que le soufHe des vents n^aQÏtait qu^avec peine.
n-La minorité laisait contre la liberté de la presse mille objeo tions plus rulienles les unes què les antres. Elle craignait de voir renaître les Roy ou, les Dnrosoy^ les Mallet... i»
MèrSn de ThionwUe, — « Cependant les délibérations étaient gouvernées de la manière la plus fiiTorable à la majorité. On sait quelle influence indirecte, mais puissante, le président exeree sur les discussions. Merlin de Tbionville, un des plus ardents adversaires de la minorité, présida pendant une partie de Tépoqne dont nous esquissons Thistoire.
n Plus énergfique qu*adnnt, fin» fiiit pour commander un bataillon que pour être à la tète d'une assemblée, plus terrible aux ennemis que redoutable aux sophistes, plus brave qu'éloquent, d'une physionomie vraiment martiale, célèbre par la bravoure qu'il montra au siège de Mayence, Merlin de Thionville était d*une grande ressource pour la majorité. Mais l'amour des plaisirs se concilie difficilement avec cette tenue de caractère si nécessaire au triomphe d'une opinion puissamment contrariée, et Merlin était un Hercule dans les mains duquel on surprenait quelquefois un fuseau k la place de la massue.
n L'ex|)érience du passé, qui toujoiu-s avait vu triompher le parti le plus sévère, était pour la majorité d'un présage peu iavo> rable. »
Lecointre. — « Enfin le dernier coup fut |ioi té. Looointre(de Versailles) dénonça publiqueiuentà la tribune de la Cîonvention lUllault-Varenne, Gollot d*Her]M>M, Baière, Anar, Ymiland, Vadier et David , comme complices de Robespierre. L'accoaatîon était fondée sur ce que ce traître oVvait pu, sans leur aireu, &ire rendre par les comités de salut public et de sùrett> {;( iiérale tant d*arrêts liberticides; sur ce que les comités étaient toujours unanimes lorsqu'ils présentaient à la Conventi<m les mesures mène les plus violentes. De plus, des fiiits particuliers étaient reprochés à chacun des membres accusés. Ces inculpationa étaient extrêmement graves.
» I/aocusation tout entière était marquée du sceau de l'opînioa publique. Elle fiit plus malheureuse encore que les discours de Fréron et de Tallien pour la liberté de la presse. L'Assemblée passa à Tordre du jour, en déclarant que les accusés s'étaient tonjours comportés conformément an vœu national.
» Si à de longs services rendus à la liberté, à la constance d'un zèle soutenu, A la pureté d'une conduite irréprochable, à la gloire tl rtre un des pères de la révolution, Lecointre n\ivait joint une physionomie grotesque et un extérieur ridicule, s'il avait eu autant d'e»prit que de bonne foi, si surtout il avait été plus habile à choisir le moment £ivorable, et ce qu'on peut appeler l'heure du l>< i-;;er, Ha dénonciation peut-être n*eÙS pis manqué son efft^t. Au redite, le discret de la Convention indispoiia tolalenient le peuple. Le soir, les Tuileries, le Carrousel, le ci-devant l'alais-Roviil, la place de la Bastille, les boulevards, se r«'niplirent df (jnni|)fs en fermentation. On se plai/jUiiif di* <-e qn'uiu' (irnoneiatiou si (jrave avait été liaitée si l<7jèr»Mnent. On retraçait lojis Irs souvenirs qui pouxaienf être désavantageux aux membres di''in>u( (''>. On r.ipjielait que liarere avait présenté Fonipiier- rin\ ille pour accus.ileur |)ulilic dn tribunal réjjénén*. On allait mémejustprà dire qu'on saurait bien forcer la Convention à examiner rette atTaire.
L'Assfuiblée ralma ce mouvement en rapportant le lendemain son déi iet et en procé<iant saiis désemparer ù l examen eu forme de la dénonciation. Le |Kuple se porta en foule à la séance. Jamais on n'avait vu depuis le jugement de Capet une afHuence aussi considérable. I/opinion était favorable ù Lecointre, en ce sens qu'elle ne lui était pas défavorable. »
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Attitude des anciens membres des comités. — « Tous les yeux étaient fixés sur les membres dénoncés. On cherchait dans leurs traits le secret de leur cœnr.
il L'art do démêler les sentiments des hommes dans le miroir obscur et souvent inKdèle de la physionomie sYlaif sinffulièrement perfectionné depuis la révolution. Joué par tant de traîtres, le peuple avait <senli le be>oin de chercher ailleurs qu<' dans les dis<ours et même dans les actions la p(Misée de ses fonctionnaires, dette espèce de divisialion , sans étre(li;;iie d'une entière conliaiK c, offre pourtant quelques données contirmées par Tex- |M''i ience des siècles.
» Depuis («itiiina jusqu'à Robespierre, parmi les farauds conspirateurs qui ont tramé la perte de la liberté dans les n'publitpu's, \v pinceau de l liistoiie n'en offre peut-être pas unqui ait eu le teint fleuri et le re{;ard agréable; il semble que la main de la nature ait voulu, dans les bounnes comme dans les animaux, marquer de certains traits ceux qu'il faut craindre ou dont il faut se défier; Ce langage de la nature, ces dialectes difficiles à traduire deviennent une langue commune et familière pour un peuple libre, souvent trahi.
I) Le teint et la physionomie des dentés dénoncés étaient flétris, sans doute par le genre de travaux péniUes et nocturnes auxquels ils s'étaient livrés. L*habitiide et la nécessité du secret leur avaient imprimé sur le visage un sombre caractère de dissimulation; leurs yeux caves, ensanglantés, avaient quelque chose de sinbtre. Le long exercice du pouvoir avait laissé sur leur front et dans leurs manières je ne sais quoi d'altier et de dédaigneux. Les membres du comité de sûreté générale avaient quelque chose des anciens lieutenants de police, eà ceux du comité de salut public quelques formes des anciens ministres d*Êtat. Par une de ces fiitblesses qui n*hon«»ent pas le cœur humain, l*aniourf ropre des r^résentants semblait flatté de les voir se rapprodier d'eux ; on briguait l'honneur de leur convei^ sation, l'avantage de leur toucher la main. On croyait lire cdp coreleur devoir sur leur front. C'étaient des rois détrônés dont on s'honorait d'être Tavocat.
y> Cependant ils étaient devenus plus liants. Billault-Varenne tâchait de donner à ses yeux effrayants un caractère plus doux, à
!m PARIS EN 1794.
sa voix iiaiicii.inio uni' intiexioii plus moelleuse, à son front pàle et tiéFait plus de si'iviiil»''.
n Qiioi<|ii'il t'ii soit, l'accusation de I.C( oiiitro, examinée article par article, fut (léclartH- fausse et calouiuieuse, au milieu des applaudisseineuls du piHiple, satisfait des neuf on dix hetires que Tasseuibl^' avait passées dans la salle, et au {jraïul couit iilenient «le la majorité, dont les chefs s'étaient opjjosés à celte nionre mal «•oncertt'-e. C'c'tait un cinonnu r qui, avant mis le feu à sa pièce avant <|ue la manœuvre lut teruiinée, avait blessé ses camarades. »
Et DutMult ajoute en termiaftot son iDémoire, avec le pressentiment des embarras futurs :
«< Pui>se la suite de cett»* histoire n'être que le récit des bieolàius el non des troubles de la Ck)nvention. n
Voici quelques dates et rapports de police se rapportant à celle courte période.
3 PRt'CTiooa (20 aol't).
Incendie d*un atelier de salpêtre établi dans ré(;Iisederabliafe Saint-Germain des Prêt. La préciease bibliothèque des Bénédictins est consumée. La perte d'un grand nombre de manuscrit! prédeos qu'elle possédait est irréparable.
^ 4 raocTiooa (Si aovt).
Extrait du rapport de police,
« Le service s*est fiiit hier au feu avec la même activité que la veille. On forme des conjectures sur la manière dont le fou a pris ; mais on ne peut rien avancer de podtif sur la véritable cause de ce focheux ëvâiement. Le zèle anime tellement tous les républicains que la majeure partie àes ouvriers maçons, à la sortie de leur ouvj a(;e, sur les heures de relevée, s'y sont transportés et se sont disposés à
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abattre tout ce qui pouvait encore nourrir ce feu dévorant...
» Les femmes publiques se multiplient à la maison
Egalité : elles Fout j)lus que jamais publiquement commerce de leurs charmes, eu in\itaut les passants à venir acheter leurs marchandises. Elles paraissent se fonder sur ce qu'elles sont marchandes et domiciliées, et sur ce que la municipalité n'existe plus.
y Vne yingtaine de joueurs de profession se sont rendus liier à Mousseau pour y jouer; beaucoup de coquins se sont glissés parmi d*bonnétes citoyens.
» Il a été aifété à la barrière de la Villette 700 livres de savon en pains que Ton sortait de Paris.
9 II a pareillement été arrêté à la même barrière une qua* rantaine de pains de 8, 6, 4 et 2 livres qui sortaient de Paris.
» Il est arrivé hierà la halle quatreoent soixante^sept voitures
de pommes de terre, herbafjes, haricots, beurre et fromage et neufs. — Il a tîté distribué du 1" au 3 : — Beurre, 8,136 livres; œufs, 2(),07G ; froma(;es, 207.
„ I)„ i. Beurre, 21,600 livres ; (l uFs, 100,G7(> ; fromayo, 7,.'U)r). — Le plus grand ordre a régné dans ces différentes livraisons.
» Pour rapport, les administrateurs régénérés de la police,
• 0. Martineau, Lbcakut. »
G FRUCTIDOR (24 AOLT).
Extraits des rapports de poUee.
• Les baladint et fiiiseurs de tours commencent à reparaître sur la place de la maison commune, ils regardent les
ordonnances et règlements qui les regardent comme non avenus, parce qu'ils ont été rendus par une municipalité conspiralrice.
m PARIS EN i7»4.
» Les citoyens et citoyennes s'assemblent dès neuf heures
du soir nu t harhon, pour y prendre place ; ils passent ain*ii la nuit, <Mi attendant Pouyerture des dits ports. Il y avait ce matin, yeis trois luMirr^, environ trois cents personnes assemblées au port de la ci-devant yieille place aux Veaux. Les patrouilles ont beau dissiper les queues, elles se reformeot ua instant après.
» 11 y a eu du trouble aujourd'hui à la halle, plusieurs femmes qui l'avaient occasioDDé ont été envoyées dans dif> férents corps de garde.
» Il a été délivré au marché des Patriarches, marché Neuf, de la place Maubert, plusieurs Toitures de fromages blancs. Il est arrivé de diverses communes sur le carreao de la halle : en beurre, 2,241 livres; œufs, 88,522; fromages de Brie, 15... 12 c.
n Les autres marchés, à l'exception de la halle, ont été assez tran({uilles. Les denrées se sont vendues avec beaucoup d'ordre. »
8 FRVCTIDOR (25 AOtJT).
La société des Jacobins est introduite. Son orattui >c plaint de la re.u tion <jui se tait >entir : il demande nii (|oii\ crnciueiit révolutionnaire (pii effrave les eiineiiiis du peu[)le et proK^e 1 ionoccuce. La Convention passe ù l'ordre du jour.
12 FRl'CTIDOR (2i) AOLT).
La C<»nvention iléclaie cali>mnieuse la dt'nonciatioti tîute paf Lecointre, contre Hillault-Varenne , Collot-d'Herbois, B«rèl«» Vadier, Auiar, Vouland et David, comme avant été les auteurs^* crimes nombreux, en abusant du pouvoir que leur donnait l**" situation dans les comités de salut public et de sûreté géoéials*
LA COm'ENTIOR DEPUIS LA OÉlfONCIATION DE LECOJNTllF. JVSQV^AVX INSl KnECTlOMS AMENÉES PAR LA DISETTE (dU 12 PHUCTIDOR AV 1" GBRMIifAL}.
Lecointrr avait Hiit sa (Irnonriation sans se concerter a\«'r les thermidoriens. CCS anciens partisans de Danton (jui avaient eu le pins (le |iart an renversement «le Robespierre et à la réaction anti-terroriste. Ils se dirijfèrent vers le poinoir, dit Lacretelie mais ils vonlnient que le ponvoir ces>àt d être l'opjjression l't la mort. Ils rompirent avec pinsieurs de leurs anciens compagnons, avec leurs premièies maximes.
D'abord tous les crimes de la tyrannie furent représentés comme cenx de Robespierre, niais par degrés on les restitua à leurs véritables autenrs.
Quelanes-uns des commissaires qui furent envoyés dans les déparlements pour réparer les fureurs de leurs prédécesseurs, furent imprudents; retirant des armes à la scélératesse, ils en laissèrent à la vengeance.
Paris, bien que le si^ de la puissance la plus absolue qui fût en Europe , était assiégé par les dissensions. La lutte était engagée entre les anciens terroristes et les enfiints de ceux qu'ils avaient fait arrêter ou périr, a Bientôt, s'écriait BUIanlt-Varenne, nous ferons connaître à nos lAches ennemis que le lion s'est réveillé, n Les thermidoriens, crai^ant que l'empire de la Convention ne leur échappftt, avaient fait, par l'organe de Fréron, un appel aux jeunes gens. Le soir même oeux-d accoururent frémissants. On leur donna des armes et des cheft.
Le peuple souffrait. La disette de grains affligeait la France entière. La Convention, par d'innombrables et d'imprudents sacrifices, nourrissait Paris, mais ne pouvait plus longtemps préserver cette ville dn fléau qui s'approchait. Le moment était dangereux. Les jeunes gens fondaient sur les groupes formés par les Jacobins et avec lesquels s'étaient formés les orages révolutionnaires. Partout les bustes de Marat , Lcpelletier, ChAlier fiirent brisés. Un décret chassa Marat du Panthéon. Son cadavre fut jeté dans un ^out.
* 2iou* résumons dans cet a|)erçu le récit de Lacretelie.
5f4 I* A II 18 EN 1794.
On s'était prt'parô à une (Mit reprise plui sérit^usci on Texénila, oti ferma !«' cliih des Jarohiiis.
}'(>ii\ ait-oii rspéri'i' (jiu- I«'s tljeriiiidorifii> ,s<' cliarj^crairiil tie p()iir.siii\ ri' la \ «'ii{jt'.»nr(' <lcs criiiirs (•oiniiiis par It.-iirs collùj^urN? Tout (lissiiiuilcr sur It'S (•<)upai)Ir> , « 'clait a\oiu'rcle la ('oiii|»licilé av«H- eux. Tout dire sur eux, c'ct.ut rappeler sur soi des souM'uirs (lan{;fn'u\ . Leur plan fut vite arrêit'*. I.a fxrannie avait eu sou sit''j;<' 4l.in> les roniifés; (•'e>t là smileuieut <ju'iU vouluront chercher la pr»Mnifit' cau.M' do * i imcs , tout eu frappant quel(|ues-uns de Iruis a{;euts les plus teroees, tels <pie' Carrier, l-ehou, l'outpiici- l inville. L'expiation fut insu^fi>anie, mais il était inijxissible «jiie le nombre det» supplices ^alàt le nombre des coupables.
Le procès de Carrier, qui révéla tant d*horreurs, fiit suivi de b oondamoation de l'ancien proconsul et de deux de ses complices. Les autres accusés fîirent acquittés. La Convention, indignée de Tindulgence des jn^j^es pour des crimes prouvés , renouvela le tribunal révolutionnaire.
Après le supplice de Fouquien-Tinville et des membres du tribunal révolutionnaire, semblèrent s'arrêter les riipieurs de la loi.
Il ne restait guère dans les prisons de Paris que les 73 député signataires de la protestation contre le 31 mai. Sieyès , aouteon par les thermidoriens, fit adopter à la Convention cette déclaration : « Il y a eu oppression sur la Convention nationale au 31 mai; il y a en oppression sur le peuple, an nom de la Convention nationale, jusqu'au 9 thermidor. >» Les conséquences de cette déclaration devaient être la rentrée des députés signataires et le rappel des députés proscrits. La première fut immédiate» luent appliquée; la seconde, par suite de la résistanoe qu'elle rencontra, ne se produisit qu'un peu plus tard. Dès lors, il y eut nue majorité pins compacte et plus puissante.
Rien ne dispos|iit mieux la Convention â des actes d'humanité que la nouvelle des succès de nos armées. Le 9 thermidor avait été accueilli par les soldats avec entant d'enthousiasme que par les autres citoyens. Il en était résulté comme un redonblemeut d'héroïsme. La Convention n'entendait plus parler que de victoires. Deux traités de paix étaient conclus avec la Prusse et l'Espagne : la pacification de la Vendée s'effectuait. Ainsi les
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faits donnaient un éclatant démenti aux théories odieuses qui représentaient la terreur coninie la condition nécesîu>iie, l'auxiliaire indispensable de la {j^uei re soute nue par la France contre les eniieuiis de l'intérieur et de l'extérieur.
Les assignats discrédités soutenaient encore la loi stupide du maximum. Les relations coniniercialos étaient en proie à un désordre effroyable. Il v asait une sorte de {juerre civile entre les créanciers « t les débiteurs. Ce|H>ndant, la Convention, par une mesure léparatrice, décréta la restitution à leurs familles des biens des condamnés qui n'avaient pas été vendus. « Je n'oublierai jamais, dit Lacretelle, l'impression que Lcg'cndre produisît sur rassemblée lorsque son cœur lui inspira unetoudianle éloquenee : ■ Ah , dliatt4i , si je possédait des biens qui eussent apparienu à l'une de ces victimes (et n*en était-il pas que nous anricipu voulu racheter de toat notre sang?), jamais je ne pourrais trouver de repos. Le soir, en me promenant dans un jardin solitaire , je croirais voir dans chaque goutte de rosée les pleurs de Torpbelin dont j'occuperais Thérita^^e. »
Une Ibule de décrets tyranniques furent rapportés. Toutefois, la Convention ne se croyant pas assez de puissance pour oser de clémence envers les émigrés, maintint les loisqni avaient été imites contre enx. Elle cbai:gea son comité de législation de statuer sur les réclamations qui lui étaient adressées à ce sujet.
Une loi avait prononcé la peine de mort contre quiconque proposerait le renversement de la Gonstitntion de 1198. Bien que cette constitution ne dût jamais sortir du néant, on n*osa pas la supprimer ouvertement, La Convention chargea son comité de préparer des hit organiques^ c'était le chaiger de préparer une troisième Constitution.
13 FHl CTIDOR (30 août). ♦
Extraits des rapports de police»
« Dans les groupes on a distingué beaucoup de parleurs qui cherchaient à travailler l'opinion publique. Niquile, officier de paix , en a fait arrêter un sur la terrasse des ci-
devant Feuillants, et après s'être entendu avec rinspecleurde la salir, il l'a conduit chez K? oomniissaitf de police de la îsection dc> Tuilerie^, <|iii a d^c«.^(' j)roc<'S-verI>al ; il en e>t ^é^ulté que rel individu, sa!i>. carte, sans pas>e-p(»rt visé.aéle renvové au comité révolutioruiaire comme compétent.
» Goumaz, injipecteur de police, rapporte r|u'étant à la porte par laquelle sortent les députes, il a entendu le citoven Dlunouchel, 1 un d'eux, dire : Cent la faction des oeuf qui ▼eut anéantir la fiactioo des trois; mais cela se passerai l'alambic : mes amis, souteoes-nous.
• Le même et d'antres inspecteurs amionceot 'qu'ils enl remarqué que c'étaient les femmes qui ^usaient le plos de bruit dans les gi-oupes ; (|u'il8 ont déposé au grand corps de garde de la Convention plusieurs agitateurs , tant hommes que femmes, mais qu^dlant pour les chercher et les condaire àla section voisine, ils ont appris qu'ils cJaicnt tous échappés.
» Le> dilVérenls niaicln > mihI peu approvi>ioriuc^ , il cependant arrivé à la halle .i\^H\ hvre-> de beurre.
» Le» commissaires aux accaparements ont saisi du beurre sous les piliers des halles et l'ont fait vendre sur le cancau. Les marchandes de la balle ttoot allées ce matin à la Goo- ▼ention pour présenter une pétition.
» Pour rapport, les administrateurs de police régénérée,
« Chkistophb Babisson. •
14 pavcTiDoa (13 août).
Explosion de la poudrière de Grenelle près de Paris. Il j plus de six cents personnes. Cet événement répandit la consternation. On entendait les cris de Aux armes, à ta vengeance! Frappons tes royalistes avant qv^Us nous aient égorgés î GoUot d'Herbois mit cet accident, causé par l'imprudence d'un ouvrier, »ir le compte de la scélératesse djes thermidoriens et des royaliste*
Oigjtized by GoQgJe
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. 5f7
Extraits du rapport général de la surueUiance de la police
régénérée.
« Hier les {jroiipcs étaient nonilneux, surtout aux enviroDS de la Convention nationale ; la curiosilé et Tattente de tous les citoyens étaient au dernier dcQré pour ^voir le résultat de la dënoncialioD de Lecoiutre, et on a vu avec plaisir la Convention revenir sur son décret de la veille, de l'ordre du jour. £n ^néral, on désire que LecoÎDtre produise les pièces qu'il dit avoir à Tappui de sa dénoociation ; du reste, la confiance se manifeste dans les mesures qu'à cet égard la GonventioD doit adopter.
» L'explosion du ina(j[asin h poudre de Grenelle a causé un désastre dont le spectacle est affreux ; il paraît que la division de la poudre du ^nd et petit magasin est une erreur. Des ouvriers ont assuré que tout était sauté, et (ju on a pris pour magasin la pièce des é(jru(j;eoirs , d'où l'on a emporté la poudre que l'on confectionnait, ce (joi a lait croire à rcxistencc d'un autre ma{ja>in; Ton a \)Ovlr aux nialhcureux victimes de cet événenient tous les secours possibles. Les représentants du peuple animaient par leur exemple. Les chariots militaires y étaient en activité: la force armée s'y est transportée de toutes parts ; les hospices voisins ont servi pour recevoir les blessés; les malades de l'hospice militaire ont abandonné leurs lits pour les donner à leurs frères victimes et souffrants; les secours les plus prompts sont administrés; les officiers de santé sont tous en réquisition. .
' « L'agitation a été si forte au charbon que Ton a été contraint de conduire au corps de garde voisin un grand nombre des personnes pour y avoir la paix. Les balles n'ont pu être
suivies ce matin comme de. coutume. Cependant l'on peut assurer qu'elles étaient passablement approvisionnées. ».
PAEIS E91 1794.
14 PRVCTIDOR (31 août).
La Convention, sur le rapport de Grégoire, décrète que les bibliothèques et les autres monuments de science et d*art toieot recommandés à la surveillance de tous les bons citoyens, et que ceux qui seraient dépositaires d*objeis provenant de insifons nationtles seraient tenus de les rendre. Le rapport de Gré^^oire (voir le Moniteur du 9 vendémiaire) est intéressant à lire. H prouve malheureusement qu'il y a eu un vandaUtme révohh tiannaire e\ qu'il était uii^t de l'arrêter.
Rapport genéraL
u Dans lin gpnoupe de huit à dix personnes, au jardin Egalité, Ton s'entretenait d*un particulier k qui, dans le café de Foy, un colporteur venait de présenter un imprimé intitulé la Queue de Robespierre , lequel particulier TaTait déchiré en disant que dans trois jours ceux qui criaient ne rimait pas si fort. H a été arrêté et conduit au comité de sûreté générale, soiyi de toute Tindignation du peuple.
» Sur les boulevards , au jardin É(;alité, sur la place de la Révolution, an Jardin national, dans les cafés, chez les tniteurs et autres lieux jiiiMics, les cilovens conversaient divef" sèment et puisiblenieut, le cœur serré, sur révéneuient du jour, s
17 FRUCTIDOU (3 septembre).
La M>ciét«'* dt's Jacobins prononce la radiation de Locointa', Tallinn v\ Vrvrou. Il faut toute la France aj)|)n nne, ^f^r'*' Carrier, qu'il eut encore uuc niasse d'hommes daas ia Gouven*
LA RUE, LE CLUB, LA FAMIiSE. 5M
tion nationale qui écraseront tous les tyrans et toutes les factions ponr sauver la République. La société se lève tout entière, les chapeaux s'agitent, et un cri unanime de Vive la République! termine la séance. (Joumai des hommes iibres, n* 260).
25 FRUCTIDOK (11 SBmHBRE).
Extrait du rapport tie police généreU.
« L'esprit publie parait tourmenté plutôt par les privations qu'éprouve le peuple, les dégoûts, les rebuts, les difficultés sans nombre qu'il est obligé d'essuyer, surtout la perte de temps, la crainte de l'hiver. Dans les |proupes, chacun témoigne de Tinquiétude sur la situation de la Convention. Enfin on s'aperçoit, dans les objets de commerce, de spectacles, de plaisir, que le plus petit détail contribue à ralentir Téneigie de l'esprit public. Par exemple, on se soucie peu de porter sur les bijoux les emblèmes de la liberté et autres. Àu spectacle, on applaudit aux allé{]^ories qui flattent le modérantisme. Les muscadins fourmillent partout, j»
2G rauuTiuuH (12 septeiibbb).
Extrait du rapport yénérai.
« Aujourd'hui, sur les onze heures, beaucoup de monde à la Halle. L'on disait dans un groupe que du temps de Robespierre c'était lui qui occasionnait la disette des vivres, mais qu'à présent on n'est pas plus heureux, car, au contraire, on ne peut rien avoir, et le peu qui vient est beaucoup plus cher. »
27 FRtuTiuoR (IS septembre).
Extrait du rapport.
« On remarqiie (|iie certaines femmes plus que galantes ont adopté l'usai^e ridicule de porter des cocardes imperceptibles derrieie la tête. D'autres la cachent derrière leur rubao. On peut les ranger dans la clasî»e des muscadins du jour qu'elles fréquentent.
s Dans la section Révolutionnaire, plusieurs groupes se sont formés au moment où un conspirateur allait au supplice. On y disait qu'il y avait des Jacobins qui tramaient un complot contre la liberté, que si on n*y prenait pas garde, dans un mois nous serions réduits & une demi-livre de pain. ' s Toujours de grands attroupements aux ports de charbon. Ils commencent dès minuit, une heure et deux heures du matin. Plusieurs de ces habitués profitent de l'ombre de la nuit pour commettre mille indécences. On a remarqué que la plupart des personnes qui vont à l'approvisionnement du charhon sont payées comme commissionnaires. Ce sont les mêmes individus qui accaparent les premières places et empêchent l'honnête citoyen de s'approvisionner. La force armée ne peut plus suftire pour empêcher ces rassemblements nocturnes.
» 11 a été distribué de la chandelle dans quelques sections.
» Le port au vin est assez garni, mais cette boisson est si chère qu'il est impossible au sans-culotte de s'en approvisionner. »
LA RUE, LE CLUB, LA FAMir^iE.
Copie de la lettre des représenÊant$ du peuple composant le
comité de législation, en date du 27 fructidor an IF de la
Répuhli(jue une et indivisthle, aux membres composant t ad" ministration du district de Paris *.
« La GonTention nationale, par son décret du 7 fructidor, a attribué à son comité de législation la surveillance des
administrations civiles. Ce comité a cru devoir ré(»ler de nouvelle^ mesures d'exécution pour cette surveillance, et par son arrêté du 22 fructidor, dont copie a dû vous être transmise par la commission des administrations civiles, police et tribunaux, il vous est enjoint de lui Faire parvenir exactement è la fin de chaque mois ^analyse de vos délibérations.
» Le comité vous en recommande Texécution par cette invitation directe. Il ne doute pas que votre zèle ne seconde ses vues dans Texercice de la surveillance qui vous est confiée.
s II vous prévient aussi que c^est à lui que vous devrez adresser aux mêmes époques l'analyse de votre correspondance, conformément à l'article 10 de la section II de la
loi du 14 frimaire, et que cet envoi ne vous dispense pas de celui des comptes décadaires «juc vous continuerez, d'adresser au comité de salut public, et d'entretenir avec les dirtérents comités, relativement aux attributions qui leur sont données, une correspondance aussi exacte que l'exij^e la loi du 1 i frimaire, dont Texécution est maintenue dans toutes les dispositions qui ne sont pas contraires au décret du 7 fructidor.
» Ne ralentisses pas l'ardeur de vos travaux, le salut public y est attaché; vous êtes placés, vous le saves, pour communiquer directement et jusqu'aux plus petites communes de la République l'impulsion révolutionnaire que vous recevrez de la Convention nationale.
1 Pièce inédite, aux Arthivn dt l'Empire . F, 15, I, e. (Seine).
58t PARIS EN 1794.
» Surveillez sans cesse, et que cette action et rcaclioii entretiennent toujours le {;ouvernement révolutionnaire tlao» cet état d'activité si nécc^^aire pour le triomplie de la liberté et Tafïermissement de la République.
» Salut et fraternité,
» Les membres composant le comité de législation,
r> Signe : CambagÉHÉS, Porcher et UaëR. •
FHLCTlDOii (15 SEFTkMbni:}.
David aux reprrsentants du peuple composant le comité de sûreté générale, (Inédite.)
• Du Lu.\emboiii-g, le 20 friiclidor.
H llepréseutant» du peuple,
» Je cherche raineiiient dans mon esprit et dans ma nwmoire les causes du Iraitement que f éprouve ; il m'est impossible de les découvrir, et dans la paix de ma conscience je ne puis que m'affliger de me voir robjet d*nne rigueur qui semblerait ' ne point s'accorder avec la justice.
» Jejoui.s>ais dans la maison des Fermes' de la faculté de communiquer avec ma mère, mes enfants, et le petit nombre d'amis <)uc l'adversité ne m'a pas otés, dont la plupart >ont mes élèves ; tout a coup j'ai été transporté ici, où je ne peux voir personne. Pourquoi ce cliangemeut? La loi du 18 thermidor veut que les personnes incarcérées puissent avoir con« naissance des motife de leur détention ; ne puis-je pas réclamer l'exécution de cette loi, pour être informé des causes qui
1 II av.iit ilnhurd écrit semble ; inai<t David avait le sentiment (les nuance» et II |>ci\4|iicacité de la peur: an condidonoel n'est pas blcMant, k présent l'eût été.
* Où il arait été primidvemeBt incarccfé.
Diqitized by Go
ont aggravé ma situation déjà si pénible puisqu'elle fiit si peu méritée ?
» Je le répète avec une ferme assurance, Représentants du peuple, on ne peut me reprocher qu*une exaltation d'idées qui m'a feit illusion sur le caractère d'un honune que beaucoup de mes collègues , plus éclairés que moi, regarderont comme la boussole du patriotisme ; maisTexaltation des idées, favorable à la liberté, ne peut être un crime aux yeux des patriotes, qui savent qu'elle n'est que le produit de cet amour ardent de la patrie, de la cbaleur de sentiment, et de cette vigueur de l'àme sans lesquels il n'y aurait point eu de révolution. On ne pourra jamais me reprocher aucun fait réj)réhensible, parce que mes nitenlions ont toujours été droites et que je n'ai jamais coopéré ni tlirectement ni indirectement aux trames criminelles que les conspirateurs ourdissaient en silence et bien à mon insu .
» Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. Je demande donc, Représentants du peuple, que le comité veuille bien s'occuper enfin de T examen de ma conduite, et qu^en attendant il me soit permis de me livrer ici à la culture d'un art dont je n'ai jamais si bien senti le prix que lorsque j*ai pu le fiiire concourir à raffermissement d'une révolution à laquelle jamais personne ne fut plus dévoué.
» L'achèvement d'un tableau commencé * nécessite que je me serve de modèles ; je demande en conséquence que vous autorisiez le concierge à les laisser entrer, et de plus, que vous me permettiez de recevoir à dîner deux fois par décade ma femme et mes enfants.
» Salut, fraternité.
» David. »
VEspion de ta RëvokOion française publiait eed en 1797, sans que David voulût ou pût réclamer : » Une fenune enceinte se présente ches David , peintre et député à la CSonvention , pour
t VEnUvement dût Sabinet,
m l.uiiei 1.1 liluM lé de son mari; presque moiirautCf elle ton^ au\ i;riioii\ du li[;n' : u HoiiJc/.-iiioi mon mari, lui dit-elle, il est innorent; seul il peut nourrir ma famille.» — Le peintre, sau^ répoudre, iàit semblant d'écrire; il trace une femme enceinte, dont la téfe était A ses pieds : « Tenez, dit-il , voilà ma réponse; » puis, prenant la malheiirease par le bras, il la traîne à sa porte , qu'il pousse sur elle avec fureur. --^ Le 3 septembre, tandis qu'on massacrait à la Force, David, sur une borne, dessinait avec tranquillité les mourants que l*on jetait sur les morts. Rehoul, son collè^juc, passe et Ta perçoit : — « Que failes^oas, David? — J'étudie les derniers moments de ces coquins. <— Vous me laites horreur, lui dit Rcboul; dès ce moment il nV a plus rien de commun entre vous et moi ; demain je vous renverrai vos tableaux, n — Des jurés du tribunal disaient à David : • JN'ous ne trouvons rien contre les accusés; notre conscience répu(;ne à les fiiire périr. — Vous êtes des lAches, répliqua le peintre; si vous hésites encore, je vais vous dénoncer comme incapables d*exercer vot» places. »
DEUXIÈME JOUR COMPLLMLN lAlBL UL L AN U (18 SiEPTEMBHK).
Brillants succès militaires.
Des savants attachés «u comité de salut public aont oocop^ à créer des moyens extraordinaires pour la défense du territMrs. U fellait A la France du fer, de Tacier , du salpêtre, de la poudre et des armes. Voici les résultats produits jusqu'à ce jour : «Doute millions de salpêtre extraits du sol de la France dans l'espace de neuf mois. A peine en retirait^n autrefois un million par an. — Quatre fonderies en activité pour la febrication àes bouches A feu de bronze; leur produit annuel porté à sept mille pièces. — Trente fonderies pour les bouches à feu en fer, donnant treise mille canons par année. 11 n'y en avait que quatre au commencement de la guerre, dles donnaient annuellement neuf cents canons. Les usines pour la fabrication des projectiles et des attirails d'artillerie multipliées dans la même proportion. — Vinoft-neuf nouvelles manufectures
d*armes blanche* dirigé par des procédés nouveaux. Il n*en existait qu'une seule avant la gfuerre. — Une &brique considérable d*annes à feu créée tout A coup à Paris, et donnant cent quarante mille* fnsik par année, c*est4k4ira plus que toutes les autres fid>riqnes anciennes ensemble. Plusieurs fabriques de ce 0enre, formées sur le même modèle dans les départements. — jCent quatre-vinç^huit ateliers de réparation pour les armes de toute espèce. Avant la guerre, il n*en existait que six. — L'établissement d*une manufacture de carabines, fabrication jusqu'alors inconnue en France. — L*art de renouveler les lumières de canons découverCiA porté aussitôt à une perfection qui permet de l'exercer au milieu des camps. — L'aérostat et le télégraphe devenus des machines de guerre. — Tous les procédés de l'art de la guerre perfectionnés par l'application des théories les plus savantes; un établissement crexpéricnces secrètes formé à Meudon pour cet objet. On y fait de» expériences sur la poudre de rnu> riate suroxyfjéné Ao potasse, sur les boulets incendiaires, les boulets creux, les boulets à ba^^ues} plusieurs recherches pour remplacer ou reproduire les matières premières que les besoins de la g^ierre dévorent, pour multiplier le salin et la potasse que la fabrication de la poudre enlève aux manufactures. £t enfin, ce qui est inappréciable dans ces circonstances, la découverte d'une méthode pour tanner en peu de jours les cuirs qui exigeaient ordinairement plusieurs années de préparation. » — Ainsi la création de quatorze armées, chacune de cent mille hommes, put alors s'effectuer à Vaidc du développement subit des sciences.
— Rapport de Carnof. — Garnot a été Torganisateur de l'immortelle campagne de i7i)4.
AN IIL