‹ Paris en 1794 et en 1795Chapitre 45 sur 47 · AN IV · texte numérisé non relu

AN IV

SOLUTIOW DV niOBLèltB DB LA TBANQUILUTi PBOPOttE PAB tlX B0UBGB018 DB PABIS.

Nous avons trouvé aux Archives de TEmpire cette lettre d*on bourgeois de Paris qui nous a paru bien digne d*ètre reproduite

Au citoyen ministre de l'intérieur,

m Paris, ce 2 friniaîre l'an IV (S3 novembre 1795).

» Citoyen ministre,

» Depuis la RëToluUon, les ministres et administrateurs ont para désirer de connaître l'esprit public ; souvent ils n'ont pu avoir que des notions sur l'opinion ou la résignation do peuple sur les circonstances du moment, qu'on^a pris pour l'esprit public ; je crois qu'il serait impossible encore dans ce moment de connaître quel est l'esprit public. Pendant les années 1789, 90 et 91, {généralement le peuple voulait la liberté, espérant son bonheur.

» Les événements du moi^ d'août 1792, qui ont amené la Ht''j)ul)lique, ont divisé les esprits, qui n étaient pas préparés à cet ordre de choses. Les efforts des gens à privilèges, nobles, prêtres, et de tous ceux qui jouissaient des dilapidations de

Diqitized bv GoCKiçIe

la cour pour ëloi(^ner ie {jrand nombre de l'amour du bien public, ont refiroidi le premier enthousiasine que la Révolution avait fait naître. Les partis qni se sont formés dans la Convention, qui ont produit le 31 mai et le gouvernement révolutionnaire qui pesait sur tontes les classes, ont amorti le goût du gouvernement républicain. Le fanatisme et Th^-pocrisie n'ont pas peu servi à refroidir les esprits sur la liberté.

» Pendant longtemps Topinion de Paris servait de boussole au reste delà France, mais le» cûnntc-> révolutionnaires ayant fait tant de maux, ont dé{;oùté les habitants des départements de suivre l'esprit public do Paris, ci niéme la haine a remplacé Tamitié qu'ils portaient géuéraiemeut à Paris.

» Ceux qui en 1789 voulaient empêcher la Révolution ont toujours continué à entraver toutes les mesures qui pouvaient conduire à un gouvernement stable.

9 Ce sont les mêmes qui, après avoir accepté la Constitution de 1793, voulurent Panéantir pour faire naître l'anarchie', ce qui obligea à foire un gouvernement révolutionnaire dont ils fiirent victimes et dont les abus ont foit détester la Révolution à la grande majorité de la nation. Mais son abolition a relevé l'espérance des royalistes. Ils étaient parvenus à entraîner dans leur parti une grande portion du peuple qui croyait servir la liberté en s'opposant h la réélection des deux tiers de lu Gonventiou et qui conduisit au 13 vendémiaire.

n Le mécontentement général sur les subsistances était à son comble. Et l'on peut dire qu'il n 'est que comprime ! car toutes les classes se plaifpicnt avec amertume. L'aristocratie sourit de nos maux. I^e rentier est ruiné et ne peut atteindre le prix des subsistances; les employés sont dans la même position; ces deux classei, un peu par leur faute, parce qu'ils ont généralement un peu entravé la Hévolulion ou ne

i On volt l'i^onuiee dn signsuire, qui croyait boaacnieiit que rimjinK ticdbitt CoDciiintkm de 1793 pouvail airarer It dotée d« la Répttbliqae.

ront jKis ttid' t' pan e (ju'ils s'ctaieut fait un tanlùme de l'éyalite <jiu' It'iir orj;iicil rrpoussait.

» Les rentiers étant ruinés, :?oit nobles, prê tres, rabbins ou financiers, iet» travaux tiont rares ; T ouvrier peu occupé ou ne pouvant gagner en proportion derau{;mentation exorbitante des denrées, se réunit aux antres poui l)lànier b^s fondateurs de la République. On peut, je crois, dire que le peuple en général peut être comparé aux animaux de basseHïoar, qui suivent celui qui leur présente d'une main des snbsistanoes, quoiqu'il tienne un couteau pour les égorger dans Tautre main.

• Citoyen ministre, je ne sais s'il est possible de recon* naftre les vœux du peuple, car trop souvent on a conFondo

le v(eu du peuple avec celui de queb|ue individu, comme enr ctur (tii rouf oui/ /es patriotes de 1781) avec /es rnenilnes des ciii/iiles n ro/titiOnnaires, dont la plu})art ne sont <pie dejniis le JO août ou le 31 mai. Et il tant l'avouer, quel(pie> personnes voient avec peine que quelques-uns de ceux auxquels leur excès a mérité le mépris public semblent avoir la contiance du gouvernement, ou an moins affectent de se présenter chez les autorités avec l'apparence de la confiance. Citoyen ministre, le salut de la patrie dépend des subsistances. Point de gouvernement sans subsistances : en vain on criera contre les vendeurs de denrées, c'est au gouvernement à prendre des mesures, soit en délivrant do pain à tous les individus, riekes ou non Car les exceptions produisent la désunion et les partis, et prêtent à Carbitraire, et même ont Pair d'une ven- (jeance peu â'iQue des chefs de la nation !!!...

1» Je /e repète, tant <jttc loul /e inonde n'aura pas au moins une /ivre et (/cniic <Ic pain, i/ n'y aura pas d'esprit pub/iCj ni confiance dans /e <jouvcrnenient.

» l.e luinni-tit oit /es subsistances ne seront pas distrihtii'cs par le gouvernement et seront abondantes sera le premier

I Le moycD eut sûr, m;\U il ne pouvait être uwivé et fbnnulé naïveneni qu'à 1 époque où vivait Gillet.

LA RUE, LE CLrn, LA 1 AMl^E. 5S1

jour où Vesprit public se mani/esiera et sera vraiment républicain !

» Citoyeo ministre, il est douloureux pour ceux qui ont embrassé la Révolution par amour pour la liberté sous ses lois et de l'égalité en droit, de voir leurs espérances presque anéanties par le désespoir insupportable de presque les dixneuf vingtièmes du peuple dont ils font partie. Ne pouvant plus supporter les maux affireux de la disette du pain et de la privation des vêtements les plus nécessaires , dont ils sont même encore ohlijjés de se défaire pour apaiser une partie (le la liîim nous dtivore !

w Eli vain <lonne-t-un de res|)erance pour raveiiir, il a été ! tant troni})e, le {)eu|)Ie, que sa confiance est usée.

M Pardon, citoven ministre, .si je mets ce tableau devant ' vos yeux, mais on doit découvrir ses maux au médecin, et cela ranime Tespérance. Depuis 1 789 je les ai exposés aux ministres du ci-devant, aux magistrats du peuple, aux représentants. Et nous sommes encore pires, car déjà plusieurs distributions de pain ont manqué, et aujourd'hui, à huit heures du matin, il n'y a pas encore de farine chez nos boulangers.

» Je suis sensible, citoyen ministre, à la réponse honnête que vous avex daigné me faire et à votre indulgence, ainsi qu'à vos promesses à mon égard, dont je vous Nmerde respectueusement.

M Si le (jouvernenienl piocure le luen {jénéral, mes vœux seront à leur comble même eu descendant au tond>eau.

» Salut et respect au ministre de T intérieur,

.s GiLLET.

■ Gillct, }>ciutre, rae Montoi|;ueil, ii" 5, iscclion do Contrat social* •

LA CONSTITUTION DE l'aN III KT LE BILAN DE LA RÉPUBLIOIF. APPRÉCIÉS PAR VU 8ECTI0NNAIRB.

La place nous iiiani|in' pour apptvci»'!' les tlcriiiers actes «le la (.Ion\ erition. Nous nous boim-rous à reproduire le jiigeinenl qu'un éi-rivaiii anonyme, l'auteur tie V Espion dr la Répttblîque fratiraisf , a porté sur ces actes. Cette appréciation, st'vère piirfois jjistju'à l'injnsiicc , nous parait due à »piel<ju'un de ces scotionn.nrcs (|ue le « anon de Barras et de Bonaparte avait foudroyés sur les marches de ré(;lise Saint-Rocli. Mais, quoique tracé d*anc main irritée, ce tableau renferme des traits jusiei : il mérite donc qu'on ne le dédaigne pas. Le lecteur fera fiicilement dans cette satire la part de Tesagénition et celle de la vérité.

« Les Jacobins ne devaient leur puissance qu'à la teireari tous écumèrentde rage lorsqn^ils aperçurent les premiers rayoni

de la justice.

" Résolus de recouvrer leur empire, ils tentèrent d'intimider la Convention par les mêmes moyens qui leur avaient réussi du temps de Robespierre.

n Depuis cette époque (insurrection de prairial), les

Jacobins, sous la boue, tels qu'£ncelade écrasé par le mont Etna, font sentir leurs mouvements, mais ils sont inutiles.

" Le rejeton d'une antique dynastie avait partagé l'infortune de sa famille sous les veux d'un appelé Simon, cordonnier, nommé son instituteur. Il n'est plus, cet .limable enfant'.... Ilélas! il n'a vu l'aurore de sa fortune que pour sentir son avi> lissemenf .

» La poslt-rité cn)ira-l-<'lle «pu' l'on a exercé les rigueurs le* plus affreuses contre un eiilaiit à qui l'on n avait à reprocher que le mallu-nr «l étre né! ......

'» Le travail de la Convention est achevé; les deux Asseniblws préccdeiiks a\ait'nt donné chacune une Constitution, il fellait bien que celle-ci eu fit une troisième.

1 Le dauphin éuiit nort 1« SO pnirtal an III (8 join 1795).

» Nous allons (>n donner un précis.

n II va clt'ux rli;uiil)res.

n La première composée <ie cinq cents jeunes (jeos qui imaginent ;

n La seconde, d«' deux cent cinquante vieillards <|ni raisonnent; et, brocliaut sur le tout, il y a cinq pentarqucs qui exécutent.

» Sur le papier, cola se pn'sente très-bien.

!• Mais tous les pouvoirs sont séparés, par conséquent, point d'harmonie; et les choses sont telles que le sort de T.Ltat dépend absolument du caractère froid, turbulent, guerrier ou pacifique du pouvoir exécutif; ainsi la, France est sous le jouQ de cinq despotes.

» La chambre des vieillards ma raisooneiin doit accepter on refeter ce qui lui est présenté sans qu'il lui soit permis de motiver; de seule qn*une bonne .loi ne peut surnager si elle n'est pas clairement énoncée ou si elle se trouve fondue dans des détails susceptibles de réforroation. La discussion, seul moyen de répandre la lumière, est interdite.

n Les minbtres ont des responsabilités contradictoires; ils sont responsables de Texécution des lois et de l'inexécution des arrêtés du Directoire, qui peut ordonner qu'une loi ne soit pas exécutée.

n Est-il possible qu'un gouv«mement aille quand le pouvoir exécutif n'a point de part aux délibérations et quand les ministres en sont exclus?

n La Constitution est oppressive par Tarticle qui admet les réquisitions ; jamais aucun peufrfe libre n'a réclamé des pouvoirs aussi violents.

>» La Goq^titntion est embrouillée par le nombre de trois cent soixante-seixe artides; il n*en £illait pas le quart pour renfermer tous les cas possibles.

n La Constitution est destructive de rinstmction, puisqu'elle s'oppose aux voyages ; il Faut une résidence de dix années sans discontinuité pour être éli{;iblc au conseil des jeunes geçs, et de quinze ans pour être du conseil des Anciens.

» La Constitution est <Tuelle; elle ne [larle <|ue de punir; aucune autorité ne S'est attribué le droit de pardonner, «luoiqu'il reste des cas où Ton peut être criminel saus être coupable.

X La Constitution est iinuiorule ; olle ne pnrie point de Tétablissoinent d'un culte public j ù la Nri itr elle le permet, pourvu qu'il soit payi'^ par ceux ({ui ont de la religion. Par conséquent Tavarice peut étoufFer les idées relig^ieuses, et la France peut devenir un peuple d'athées, un peuple où la sûreté publique n'a point de base

»> Il Faut ospcrtT «ju'après avoir parcouru toutes les

réjjioiis du Déliiv on s'arrt'tj'ia enfin au port de la Safjesse.

)> I.a Constitution achevée et acceptée, il fallait que la Convention s'orctjpât de la formation dos deux conseils. Que tit-olle? Après a\oir < \rn-é p<'ndant tiois ans un pouvoir absolu , elle \oiiliit, coiitrc les lois, eoiitn' I opinion publique, {jardri les deux tiei> de m's membres, comme si tout l'esprit de la France

était rriifermé dans la (^ouNeiition Mais le vérilaMc niofif

était de n'avoir pas de eomptes à retidre. l'onr >\uljuj;er les deux tiers des places, elli' décn'-ta , Ifs 5 et \-\ iVnrfidor (ou 22 et 30 août), que les deux tii-rs de ses membres resteraient à la nouvelle lé{jislature, et fît une accolade de ses discrets à la Constitution, ne \oulant p.is les présenter c omme articles séparés à la discussion des asseiidjlées primaires. I.e piéfje était évident; les {fraudes villes ne pouvaient s'y laisser jjrendre.

» On s'effraya d'une continuation de domination. Alors la Convention s'environna derccbef de tous les buveurs de sauj;, et elle les envoya en mission, annés, pour présider aux délibérations des assemblées primaire. La Convention fit plus; elle fit passer ses décrets aux troupes jiour les accepter, quoique dans tous les cas il leur (àt défendu de délibérer sur les afÊiires de TÉtat. Enfin elle obtint par la force ce que la Constitution lui refusait.

» L'indignation, la répulsion, furent ])res<|ue générales; on cria au royalisme,* comme criait Robespierre quand on le contrariait.

» Les Parisiens montrèrent un instant de fermeté; on leur opposa des canons à mitraille; on mit une mèche dans les mains de Barras, et deux ou trois mille vieillards, femmes, filles, enfants, payèrent de leur vie le malheur de te trouver dans les mes.

n Ainsi c*cst dans Iç sanç jusqu'aux genoux que Ton promulgua l'acceptation des décrets des 5 et 13 fructidor (22 et

LA HUE, LE CLî n, LA FAMINE. 585.

30 août 17H5)par la volonté du peuple .souverain; et pour récompenser Barras, on l'investit (12 vendéniinin-, i octobre 1795), les mains fumantes du sauQ des Parisiens, du plus ^rand pouvoir; pour adjoint, on lui donna le signataire de tous les carnages du tribunal révolutionnaire.

» On devait présumer que le massacre exécuté pnr Bnrras et autres membres de la Convention sur les habitants de Paris rassurerait des grands meneurs et les porterait à se reposer <|nrKjn( S moments; — point. ( (Mi\oya des Frérou , des Ileverchon dans les d<"parl«'ii»ents <lii .Midi p<»nr y semer TépouNante et rdlioi; pour destituer, proscrire, incarcérer, éf;orfjer, et melire cnlin K; sceptre de Tautorité dans les maius des plus atroces scclérals.

n Le « alnu* partout se rciahlil, mais la Ïu-Wr loi dr Tlirasvhule, la loi (le l'onMi , est encore bien éloignée. Pou\t'/-\ou> 1 Cspcrer, lé([islati'iirs, (juand, an lien dr ri'\i-nir sur vons-niêmes pour th'-raciuer ce <|ni est absuj'de, vous persévérez à détruire les liens harmoniipies ?

» La loi du divorce favorise le libertina(;e, elle rentl le mariaj;e le tombeau des mœurs; le bon mari, cpii re(jardait comme sacré le nœud qui Funi.ssait à sa compa{;ne, voit sa couche souillée ; sa femme, vola{;e, séduite par Féclat, par la nouveauté, le quitte pour se pli>n{;er dans le vice; il la cherche; il la trouve; elle a secoué le joug de Topinion publique, et loi répond par le divorce.

n La loi sur les testaments et substitutions est aflreuse; elle Ate A un père, à un parent, les moyens de se fiûie respecter, et les prive de l'avantage d*étze justes.

n La loi sur la majorité achève de briser les rapports entre les pères et les enfiints, anéantit Fautorité des premiers, livre les autres à la fougue des passions, expose les hommes vertueux à voir dans leur fiunille des mariages mal assortis, et par cette même raison la haine et la discorde se propager.

n Ces trois lois seules suffiraient pour abrutir une nation par la licence et rimmoralité

n Que Ton emploie tant qu'on voudra les mots les plus emphatiques, les belles phrases, les ressources de Fart oratoire, jamais on ne pourra effincer oc que Ton éprouve.

I» L'^joVsme est porté à son comble; on ne voit à Paris que

(les labk's do traiteurs où se rassenibleiit des épunriens qui, au iiiilirii (les .sanfjlots. des larmes et du désespoir, étudient traiiqiiillciiient Tari de iiKin|;(>r.

Des li(tmin('s «'Il tahlit-i tic cuir \ii iiufiil v dévorer la Mibsistancc de leur laiiiill(>... Oiie (ai.s-lu là, mallieiirenx? — Je fais un Ik»ii re|)as. — Tes enfants n'ont |tas de jiain! — Que in'iinfwrto! demain je «livorce, et j'ahaiulonne cette engeance qni uie lati(;ne... Ail ! Dieu! le vice scniMc liei * liaque brancliede l'arbre social et s'idenlilier avec Un. Je vais au spectacle : les loges sonl garnies d'ouvriers, d'ouvrières, qui au lieu fie travailler cherchent la dissipation et le plaisir. Le fait est que personne n'est à sa place.

» Je parcours la ville : je ne vois que des masures démeublées, des rues où Therbe croit, des débris de monuments magnifiques à €Ùté d*nne statue de plâtre rongée par l'aîr corrosif qui TenTironne. Partout j*entends le cri du désespoir et de la fiûm.

» L^estimable auteur du journal intitulé V^eeuuitBur pMk dit avoir vu , dans Tintenralle de dix minutes, à la longueur d'une rue, sept malheureux tomber d'inanition, un enfiint à la mamelle mourir sur le sein de sa mère dont le sein avait tari; une fbmme se battre avec un chien, près d'un égout, pour lui enlever un os : cette femme était une religieuse, sans parents, sans amis, rebutée partout, à qui le gouvemoment ne payait pas une pension suffisante.

» Tout créancier est ruiné par son débiteur, qni le paye avec presque rien *.

» Un père de iamille s'est retiré avec trois mille livres de rente. 11 vivait sans fiiste ; il pouvait nourrir et entretenir ses enlants. II a besoin d'un sac de blé pesant deux cent quarante livret, qui valait vingt«quatre livres. Son fermier le lui apporte et lui dit : Rendes-moi six cents livres et ma redevance est payée.

» Voici une plaisanterie pleine de sd. Je la place ici parce

I ■ Je connais nneveiive estimable et riche t\m avait laissé tous m« fond* dans une maison de rommn-re. Ses a>«iO(-ié.<, qui se sont trouvé:* ilet roquins, après avmr acheté de (pros fonds, l'ont remboursée avec des assi-

I II etttà ma connaissance que madame L. P. D. B. a été remboursée de cent mille livres prêtées en écus avec moins de vtnft louis d'or.

(Note de raoteur de ffirpioit.)

LA nUE, LE CLUfi, LA FAMINE. . 587

qu'elle est hûtorique et qu'elle peint bien parfàiteinent l'état des choses.

LeWv au rédacteur du Courrier républicain.

tt Je suis marchand : j'ai un associé qui me ruine, en criant

toujours contre moi; il n'a mis aucun fonds dans ma maison, ot prélève chaque année, outre la totalité du bénéfice, une partie (le mon capital. Il s'est associé avec moi malgré moi, il s'est aussi associ)' aver vous uial(;^ré \oiis; il s'associe avec lout le monde maljjré fout le monde. Quand on invo(|ue des lois contre lui, il fait tout de suite fabriquer des lois (jui le iavorisent, car il est aussi associé avec ctuix qui font des lois.

n Vous aile/ me demander le nom de cet universel associé : son iu)m est Gouvernf.ment.

») Il faut (jue je vous raconte la manière dont il s'est conduit dans notre société. J'avais acheté des marclian(li>es fort clier. Il s'est mis dans la tète que nous devions les xendrc bon marché, et avec ses amis fabricants de lois, il a étal)li un niaximnin en vertu duquel il s'est emparé du fonds total de noire magasin, et m'a donné en échange des billets souscrits par lui, qu'il m'a dit équivaloir aux marcbandises qu'il m'enlevait.

Il Avec ses billets j*ai acheté tout juste la moitié des mardiandtses qu'il m'avait prises.

n Quoiqu'il n'eût mit aucun fonds dans ma maison, j'ai cru que ce qu'il appelait maximum était une dissolution de société i la suite de laqudle nous partagerions, par égale portion, les marchandises communes ; et je me regardais comme trop heureux d'être débarrassé à ce prix d'un associé si déraisonnable : point du tout,

» Le mois de fructidor dernier (septembre 17$fô) il m'a demandé une patente. Je regardai cela comme un reliquat de compte : la somme n'était pas forte, je pouvais la payer avec les mauvais billets de mon ci-devant associé; je payai, bien persuadé que j'étais débarrassé de lui : pomt du tout.

n Quatre mois après, il me demande un compte général de nos bénéfices (ce coquin oubliait qu'il avait réduit mon avoir à moitié) ; ce compte général il l'appelle : Emprunt forcé '. Je ne

' Le 15 firioMire an IV (ti déectnbrc 1795), le Directoire propose an

588 J'AUlS EN 1795.

savais pa» ce que cela voulait dire, personne ne Va su et ne le soiirn jamais; mais mon nssorié mo incnnrait de faire vendre mes iiKMiblos; SCS associés, fabricants de lois, lui en avaient donné le droit, qu'ils n'avaient pas eiix-inéines. .Ne pouvant mieux faire, je p.iv.ii. Il a\aif dt'-jà pris la nioitirdc mes marchandises . à présent, il en a le> deux tiers, un tiers me reste, «'est hirn peuj mais enfin, siiis-jt» (piilte d'un si rrui'l associé ? l'oint thi lotit.

n 'rroi> mois aprè», le voilà qui ^ou^rrit des billets ru>M\eaux. et en leur donnant le nom de twindtit'i, il prétend que tons ses associé> sont oltlij;és di> les recevoir pour luiméraire. Alors J appris que j'avais lou|ours des relations de société avec hii, car sc> couiiiiis \iiiiciit clic/, moi le s.ibre à' la main, enl«\ crent en<'ore la moi lié (11' mon tiei s, et me laissèrent des billets, qne je gardai, ear personne n'en voulut.

>» Vi\ cii {jt'néral sT-lcva i <Milrr cette nouvelle manière de s'ouvrir un crédit; et il Fut di c itié tjuo les billets du ^ouverneuieut n étaient pas du numéiairc.

M l'oiu' le c»)uj), me dis-je. il ne pourra plus rien nu* demander : point du tout. Aujourd'hui il me demande encore un reliquat de compte qu'il appelle patente, et il ne veut pas que je le paye avec propres billets; il prctenti que ce que j*ai léea pour cent francs, A coups de sabre, ne vaut que cent sous.

n Mes commis sont moins nombreux que les siens, et d'ailleurs ils ont été désarmés, le 14 vendémiaire, à la suite d*uoe querelle élevée aussi pour une rupture de société. Que iàire? je payerai. Sans doute ce sera la dernière fois : Poïhl du tout! me répond rez-vons , A moins que vous n*ayea plus de quoi payer.

n Quelqu'un m*a dit que Gouvernement, mon associé, avait aussi beaucoup d'associés qui agissaient avec lui comme il < toujours agi avec moi ; c'est un malheur de plus, puisqu'il fiiut qu'il prenne non^ulement pour ses éternels besoins , mais encore pour les besoins éternels de ceux qui le volent.

» Pour me consoler, on m'a représenté que si GouvememeiA gérait mal ses af&ires intérieures, il s'ouvrait un grand crédit

empniDt forcé de six eeott millions en naméraîre. — Le 18 , r««olution du conseil cIlvh Cinrj-Cents pDrtnnt qn'il sera fait »m appel de fonds par fonin" d'emprunt de la sumnie de !<i\ centi million» en nuinérairc sur les ciloyeiu aiflés. — Le 19, le consinl des Anciens approure la réiolation sur levpnuM forcé.

LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. iMi9

« liez l'élraiiffcr, cl (ju'il établissait <l< s sociétés partout. Qu'y j^a- {{iicra-t-il ? l*liis les sociétés se iiiuIti|)li(Mont , plus (iot/vt'nicnwnt prendra, plus ses associés fripons le voleront,. et notre nii$ère sera aussi (;raudc que notre réputation. *

I» Signe : lioNNF.Foi, riK^ T>enis, » ci-devant Saint. »

a Rien n'est mieux peint que ce petit tableau ; la vérité est qu'il n'existe plus de conventions sociales; que la loi Attrape qui peut est en pleine vigueur, et que le gouvernement lui-même, après avoir épuisé ses ressources., se trouve réduit à feire le métier de corsaire.

n C'est encore un fiiit qu'il s'est élevé des fortunes énormes, des rapines, et que parmi les conventionnels, à la vérification des chos<'s, il se trouvera bien des coquins; mais ces fortunes tiendront-elles? Au moins elles feront ressource à la renaissance

de Tordre.

n Tremblez, tvran»! le drame de la Révolution arrive à sou dénoûnient : et je vous attends à la chute du rideau. n Nous avons des victoires. Uélas! on endort la nation an son

des prospérités.

*» S<ju\ent la situation des vainqueurs est pire que celle des

vaincus.

V J'ai pillé l'Italie, écrivait Ânnibal, envoyez-moi de Tarf^ent. J'ai \ aincn les Romains, envovez-moi des troupes.

" Oue Ton fasse des médailles pour < It i iiiser nos exploits : on sera forcé de graver sur le revers, Ja faim , la misère et le désespoir, n

Les nUsêres et Us grandeurs de la Révolution.

Certes le tableau est sonibre, le trait forcé. La satire n'atteint pas seulement la Convention : elle porte sur l'œuvre même de la Révolution.

Ah! sans doute il y a le côté des misères, sur lesquelles ni notre livre ni celui (jue nous venons de citer ir»>nt pas tout dit.

Et qui pourrait tout dire? <jui pourrait senli'inent énumérer les infortunes parti» uUèit's produites dans cette transformation de la société francaiaeï Le déplacement de la fortune ne se Ht

pas sans de prodigieuses Iniquités. Quantité de gens qui étaient dans Taisance tombèrent dans la pauvreté parce qu*ils avaient voulu rester honnêtes; d^autrcs devinrent riches parce qu^ils ne montrèrent ni probité ni scrupules. Les premiers échangeaient Fargent contre les assignats, pour remplir leur devoir de bons citoyens; les seconds dépréciaient le papier, n'acceptaient que de Faigent, achetaient à vil prix les biens nationaux et le plus souvent ne les payaient pas. D'ailleurs, pour acheter au dixième, quelquefois au vingtième de leur valeur, les biens de familles estimables qui se trouvaient dépouillées par une injustice odieuse, il fallait un COU rage dont tOilt le monde n'était pas capable. 11 a bien servi ceux qui Tont eu; c'est le point de départ (le biMUCOupde fortunes qui s'étalent nous nos yeux, afFranebies des charges matérielles et des obli{;ations morales auxquelles étaient assujetties les moines et les nobles dont elles ont pris la place et occupé Thérita.'^e. Et pour leur en assurer la paisible jouissanee, la nation a fait générensenu-ut le .sacrifice d'un milliard, dont la plus grande partie a été, bien entendu, payée par ceux que les assijjnats avaient ruinés et qui n'avaient pas acheté de biens nationaux.

Tout cela n\'>f pas beati, et d«''niontre qu'il n'v a pas toujours liiMi d'êtir lii'i' p II <•(■ «jn'on est rielu*, (Vil-<n" nii'iiu' en \erlu (Tiin bérila(]t'. I/liistoiic des biens nationaux seiait certainenu'iil lui des olia|>iin-N les plus curieux ù écrire de la Hévulution et uu des plus trisl»'s.

^lais re eo(é des misères est le point obscur de la Révolution. Le i o|c «les |;raii(l«Mirs est si éclatant (pie WjcW ébloui ue peut voir antre chose. Les niiscres, — ce sont les utoyensj les grandeurs,— ce sont les résultats.

Faisons encore un emprunt à un cci i\ain contemporain de la Révolution, «pii la bien observ<''c, an sujet des changeuiculs qu elle a\ait opérés dans les mœurs et les usages :

u La Révolution n'a pas seulement renversé la monarchie, le sacerdoce et la noblesse; elle a £iit plus ; elle a détruit l'empire des opinions et des habitudes anciennes, ladis la vanité était le ressort qui faisait mouvoir les Français. Le premier bot et l'él^

ment de cette vanité étaient les rangs et les titres. Un commerçant travaillait pour Qa^ner ce qu'il £dlait d'arigent pour acheter nne charge de trésorier de France ou de secrétaire da Roi; et après qu'il était ainsi anobU, il regardait comme au-dessous de lui de continuer le commerce auquel il devait son élévation.

» Tout est changé. Les titras n'eiistent plus : les fortunes mêmes ont été révolutionnées; le panvra s'est enrichi, le riche est devenu pauvre; le travail est le besoin de tous; Tindustrie se relève en foulant aux pieds les hochets de la vanité. Et comme les Français se jettent toujours dans l'extiéme, leur ancien dédain pour les occupations mercantiles s^est diangé en une espèce de rage pour le trafic. Ce n'est pas seulement la nécessité qui 1*a fait naître; c'est aussi l'amour des jouissances de tonte espèce. Les Français, ardents A tous les plaisirs, s^édommagcnt avec nne sorte de foreur dos moments de terreur et de désolation penlus pour lotir aiuiable gaieté; les dangers qui marchent avec les révolutions leur Font regarder le moment présent comme tout; et l'avenir, enveloppé plus que jamais à leurs yeux des voiles de r incertitude, n'existe point pour eux.

n L'étendue, la situation, la fertilité, les besoins de la France, ouvrent un v.isto champ au comuiorco; mais il est curieux d'obsorvor les directions variées, bizarres. <| n'apprises |ce genre[de If aHcri (le spéculation. On s'avise de tout , ou se livre aux {jenres (1 i 11(1 iisiric les plus ('iranjjcis à l'état, aux {joûts qu'on avait, aux études qu'on a faites. Les inv( titeurs pulhdeut ; tous assurent que le bien et la |)rosj)érité de leur pavs ont été leur iniique but ; et comme la llevoliuion a relevé à ses propres veux chaque individu, tout liomnii , eu uicttaut eu avant ses idées, insiste sur le droit qu il a d être entendu par ses concitoyens et protégé par l'administration.

'» Peiuiant r|ue dans les campa[jnes les spéculateurs transforment d«'s uu>na>téres eu ateliers, «l'antres spt'-culateui'S , dans Paris, donnent à leurs calculs une base plus assuréi' peut-étie, Tamour du plaisir; ils transtunuent des hôtels en lieux d'aniusements.

n Le papier-monnaie contribue beaucoup à faire naître en France cet esprit de spéculation , en permettant à l'imagination de s'égarer dans les régions d'une richesse ima(;inaire. Dans ces moments-là, le plus mince marché semblait être une transaction

5M PARIS E2i 1795.

importante. Une paire de souliers valait mille francs, une aune' de ruban en coûtait cinq cents; et comme Tesprit des Françaises a encore plus d^activité que. celui des hommes, toute femme qui possédait cinquante ou cent mille francs dans son portefeuille se considérait comme une espèce de capitaliste; et aprvs avoir entendu répéter de toutes parts que le commerce tétait la route la plus sûre pour arriver à la l'ortiiue, elle se mettait à fiiire un commcm*. Telle dame spéculait sur des Keluis, telle autre sur des souliers d'honiines. Les unes vendaient des chandelles, les antres du tabae; toutes étaient tourmentées du désir de gagner et colportaient leurs échantillons de maison en maison. Mais ce {jeiire de eouinieree dura peu»

n Ce qtie la Kévolutiuu Française n^a pas détruit, c'eut l'influence dvs fennnes. Les eouiités n'-publirains ne faisaient point conlre elles uiu* uieilU'ure défense que les boudoirs derancienne eour. Ils étaient remplis d'habiles Méfjoriatriees qui v déployaient les pouvoirs <|ue leur doiin. lient d»' 1eiulr(\s rt';;ards, de doux sourires, la folle gaieté, le> ^.lilli^^s |ilcinrs de i/jin i-. C«' sont des aniic"» 'pic Franf.nscs .s.i\cnt mieux maniiM' «jur les feniUM's de quelque pav> que ce soil. Le> eou»nii->aires, a;;eul>, unnistres, n'v savaictit nullt iiimt M'si>ter; et je crois qu à lonl piendie, le sexe féminin, aiupu-l Parle constituliount l ne confère aucun droit, ex<'n e encore une auluhlé à peu près desjH>lique sur le |)eu|)le souverain.

" Huel duuloineux contraste ollVenI d'uncét^ces in<lu>.irieus<'s couniiercautes , ces habiles solli< iieusj's, et de l'autre ces infV)rtunéo qui , jouiss.in! aiilietois tie tout<'s les douceurs <|ue peuM-ni pioi urer le ran(; et la fortune, étaient réduites à \ ivre du ti.ivail de leurs uiaius, ù tirer un profit de leur ai(juille, qu\'ik*s ne touchaient jadis que par auuiseuteulj ou à traKquer des talents qu^elles n'avaient acquis que comme le complément d'une élégante éducation! La musique, la peinture ontofiert à plusieurs des ressources, et telle femme a trouvé dans son crayon sa subsistance et celle de sa femille* Un pay«.a(;e destiné, dans ses loisirs, à orner un brillant boudoir, a procuré souvent une croûte de pain, mais trempée de larmes et dévorée dans un grenier. Hélas! qud long et lugubre chapitre n'offre pas la Révolution ! »

Mademoiselle Maria-IIéléna Williams, qui écrivait ces pages

clans son Nouveau voyaye en Suisse que Jeaii-n.i{)tiste Say se faisait, on I7t>8, un honiu'ur de iiaduiie poiii- le nuMtn> à la pf>ilée de ses compatriotes, n'était point, comme l'auteur de l'Espion de ta Révolution française y un esprit chajjrin el irrité. Elle avait été ramiedeVergniaud et de madame Roland ; elle a\ ait été tendrement aimée de Bancal des Issartt; die avait connu les horreois de la prison et Tangoisse de Téchafiiud, sur lequel elle fiiillît monter. Ces persécutions ne la rendirent pas injuste; son admiration pour la grande œuvre de la Révolution la dédommageait des souffrances qu*elle avait endurées pour die, et elle résumait en ces paroles , pari esij u el les nous terminerons notee livre, renseignement que le genre humain, que les générations présratesetà venir devaient tirer de ces prodigieux événements :

« Depuis les premières époques de la Révolution française ii*ayoiis-QOU8 pas vu des siècles passer devant nous et nous instruire de leur expérience? Comme les rejetons de Deocalion, nous avons franchi subitement l'intervalle de l'eofence à la virilité, en gardant, hélas! ainsi qu'eux, trop de marques de notre origine endurcie!...

Et doeumeuta damiM qiu umiM orîjpne iiaii.

Ovio. SIetain.

« Semblable an voyajjeur qui sortant d'une plaine brûlante, gravit de sommet en sommet juscju'aux neiges éternelles, et traverse ainsi, dans l'espace de quelques heures, tous les climats de la terre , Tesprit de Thomme qui a pu sm'vre dans sa marche la Révolution française, laissant loin de lui le chemin long et épineux des recherches abstraites, s*est rapidement élevé jusqu'aux notions les plus suhlimes de la connaissance des hommes et de la sdence des gouvernements. »

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