‹ Paris en AmériqueChapitre 36 sur 53 · UN SERMON CONGRÉGATIONALISTE · texte numérisé non relu

UN SERMON CONGRÉGATIONALISTE

Maïs n'est-ce pas là un préjugé héréditaire, un symbole que vous n'osez regarder en fate, de peur de vous trouver infidèlQ ? Raisonnez-vous votre croyance ; en ôtez-vous tout alliage juif ou païen qui en altère la pureté? Faites-vous de votre foi la règle de vos actions? rompez-vous avec le monde et avec vous-mêmes ? Dites-vous avec le prophète et l'apôtre : J'ai cru, c'est pourquoi fat parlé? S'il en est ainsi, vous aimez Christ comme il veut qu'on l'aime ; vous aimez la vérité.

Mais si la religion n'est pour vous qu'une cérémonie ; si vous n'y cherchez qu'un refuge contre la voix de la vérité qui vous poursuit ; si votre foi meurt sur vos lèvres et ne se traduit point en actions ; si, tout entiers à votre fortune ou à votre repos, vous craignez moins l'erreur que le scandale ; si, dans votre lâche prudence, vous laissez à Dieu le soin de défendre lui-même sa parole ; si votre charité ne s'emploie qu'à soulager les misères du corps, et ne combat point l'ignorance et le vice ; si vous ne sentez pas que votre premier devoir est d'arracher des âmes immortelles à la servitude du péché ; si vous n'avez point cette sainte folie qui brave et foule aux. pieds la sagesse du siècle ; si enfin vous ne faites pas vous-mêmes les œuvres que Christ a faites ici-bas, mes frères, ne vous abusez point : vous êtes, je le veux, habiles, prudents, sages, sensibles ; vous n'êtes point chrétiens, vous n'aimez pas la vérité.

J'ai des doutes, dites-vous; si je croyais, j'aimerais Christ. Et moi je dis : Âimez-le, vous croirez ensuite. Aimez*le comme la vérité vivante et qui mène à Dieu. Ces cérémonies vous déplaisent, laissez-les ; ces dogmes vous effrayent, mettez-les de côté ; peut-être est-ce une invention humaine, peut-être les comprendrez-vous plus tard : Christ n'a établi nidogme^ni cérémonie. Simplifiez votre foi, et comme a dit le plus croyant et le plus hardi des apôtres : N'éteignez pas V esprit,.,; éprouvez tout, gardez ce qui est 6on *. 11 y a clans le Nouveau Testament des passages qui vous troublent,

»Thes8al.,v. 19, 21.

écartez-lës. Qu'importe que les ÉvangéUstes diffèrent entre eux^ si rËvangile est toujours d'accord avec lui-même^ al dans /es paroles de Christ brûle toujours la ûamme de Téternelle vérité?

Est-ce Christ qui est pour vous un objet de scandale t N'avez-vous pas compris encore qu'il fallait que la vérité s'incarnât pour qu'elle fût vivante et que vous puissiez l'aimer ? £h bienl Christ lui-môme a pitié de votre faiblesse et vous rend votre liberté : Si quelqu'un parle contre le Fils dt r homme, il lui sera pardonné; mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit- Saint (ou^ sous un autre nom^ Vesprit de vé^ rité^), il ne lui sera point pardonné*. Cherchez donc la vérité pour elle-même^ comme vous dites, mais cherchez de bonne foi; après un long détour^ c'est à Christ que la vérité vousramènera.

La vérité^ dites-vous, je la cherche et ne la trouve point- Non, mon frère^ vous ne la cherchez pas. C'est l'orgueil de votre esprit, ce sont les passions de la chair qui vous retiennent; la science vous échappe peut-être, mais la vérité morale, la vérité religieuse, vous savez où elle est.

Elle est là, à votre foyer, muette, voilée comme l'Alceste échappée du cpyaume des morts, elle est là qui vous attend.

Vous le savez bien, quand vous rentrez fatigué de la vie et de vous-mêmes, elle est là qui vous regarde sous son voile ^ et ce regard vous juge. La nuit, lorsque dans l'ombre, et seul, vous songez aux ambitions et peut-être aux crimes du lendemain, elle est là, toujours là. Son œil vous suit dans les ténèbres, son silence vous glace. Vous méprisez les hommes, vous vous jouez des lois, mais vous tremblez devant ce spectre que vous ne pouvez ni corrompre ni tuer.

Cette garde qui veille autour de votre âme, vous ne la fuirez jamais. Une heure viendra où la main de la mort pèsera sur votre front, où vous ne verrez plus que dans un

i Jean, xiv, 17.

«Luc, XII, 10.

nuage tout ce que tous aimez : votre argent, vos honneurs, votre femme, vos enfants. Mais, au milieu du désespoir et des larmes, elle sera toujours là, cette figure voilée, prêté à voiis recevoir et à vous emporter dans le monde invisible. Coupable ou innocent^ vous ne lui échapperez point ; elle sera votre remords ou votre espoir.

Suivez -la donc ici-bas; suivez-la au milieu de vos trou* blés et de vos incertitudes; suivez-la, malgré votre incré* dulité. Attachez-vous à la vérité, elle vous sauvera. Oui^ quand vous aurez franchi la vie, cette figure jettera son voile, et Christ, visible enfin, dans toute la splendeur de son divin sourire. Christ vous dira : a Mon fils, reconnaismoi, je suis la vérité. »

Aux derniers mots de ce discours, je sortis de l'assemblée et courus dans une salle voisine. J'y reçus dans mes bras Truth, haletant, éperdu. Je lui pris la main, elle était brûlante.

— Malheureux, lui dis-je, vous vous tuez !

— Mon ami, murmura-t-il en posant sa tôte sur mon épaule, faisons notre devoir ; le reste est vanité.

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