LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR AU GÉNÉRAL MAGNAN
« Paris, le 3 décembre 1851.
« Je VOUS répète que le plan des émeutiers e.^t de fatiguer les troupes pour en avoir bon marché le troisième jour. C'est ainsi qu'on a eu 27, 28, 29 juillet, 22, 23, 24 février. N'ayons pas 2, 3 et 4 décembre avec la même fin. Il faut ne pas exposer les troupes, les faire entrer et loger dans les maisons. Avec peu de troupes, à chaque angle de rue, aux fenêtres, on tient tout un quartier en respect. J'ai rencontré bien des petites patrouilles inutiles. La troupe sera sur les dents En la faisant coucher chez des particuliers, elle se repose et elle intimide tout le quartier. On me parait suivre les vieux errements. Les vivres sont indignement servis : on pille des vivres.
« Je vous livre ces réflexions. Il n'y a qu'avec une abstention entière, en cen-ant un quartier et le prenant par famine, ou en renvahissant par la terreur, qu'on fera la guerre de ville,
c Signé : Morny »
Le lecteur n'a pas oublié qu'un certain nombre de représentants, réunis chez Frédéric Cournet , s'étaient donné rendez-vous au faubourg Saint- Antoine.
Avant de retracer cet épisode des journées de décembre, rendu célèbre parla mort du représentant Baudin, il convient de dire à quelles sources sont puisées les informations d'après lesquelles nous rédigeons notre récit. C'est d'autant plus nécessaire, que jusqu'à présent, aucune relation véridique de cet événement n'a été publiée en France.
Les historiographes, apologistes du Coup d'Etat, se sont bornés à reproduire la version des journaux du temps, sans se donner la peine de contrôler ces récits, improvisés sur des « on dit, > et sans même prendre le soin de rectifier certains points contredits par d'autres détails, publiés plus tard dans ces mêmes journaux.
Nous avous pu obtenir communication d'un récit des faits du faubourg Saint- Antoine, réd)gé par un homme dont le nom seul fait autorité, M. Schœlcher, témoin et acteur de ces événements. Le caractère bien connu de M. Schœlcher, l'estime que professent pour lui ses ennemis politiques euxmêmes, justifient amplement le prix que nous attachons à son témoigna^'e.
Nous avons d'ailleurs sérieusement contrôlé sa narration; nous avons consulté d'autres témoins oculaires que nous pourrions nommer au besoin , et qui nous ont :onfirmé l'exactitude scrupuleuse des détails donnés par M. Schœlcher.
Un peu avant huit heures du matin, quelques représentants du peuple remontaient à pied la grande rue du Faubourg- Saint- An toi ne, "se dirigeant vers la salle R.oysin, où le rendezvous avait été fixé.
Les ouvriers du faubourg stationnaient en groupes nombreux sur le devant de leurs portes, s'entretenant des événements de la veille.
Les représentants leur adressèrent sans grand succès de vives exhortations :
« Quoi! disaient-ils, vous ne faites rien? Qu'attendez- « vous? Est-ce donc l'Empire que vous voulez? — Non, « non, répondaient la plupart des ouvriers. Mais, pourquoi « nous battre? On nous rend le suffrage universel!... Et puis, « cjue pourrions -nous faire? On n.us a désarmés depuis « juin ; il n'y a pas un fusil dans tout le faubourg. »
Quelques-uns, mais en petit nombre, promettaient d'agir.
Un incident peu connu vint, sur ces entrefaites, glacer le peu de dispositions au combat que les représentants républicains rencontraient dans le faubourg.
Neuf ou dix omnibus, chargés de représentants arrêtés, la veille, à la mairie du X" arrondissement, passèrent, sous l'escorte de quelques lanciers. On transférait ces prisonniers de la caserne du quai d'Orsay à Vincennes. — « Ce sont des « représentants qu'on emmène! crièrent quelques voix : délivrons-les! » — On sait combien sont subits les entraînements des foules populaires. Un mouvement se fit dans les groupes. Quelques hommes intrépides s'élancèrent. Le premier omi ibus fut arrêté. Le représentant Malardier et Frédéric Gournet étaient au nombre de ceux qui s'étaient jetés à la tête des chevaux. Aussitôt, ils virent se pencher aux portières des représentants, — c'étaient certainement des membres de la droite, — qui, la tête efTarée, supplièrent le peuple de ne pas les délivrer.
La foule indignée fit selon leur désir.
« Vous voyez bien qu'il n'y a rien à faire avec ces genslà! » dit à Gournet l'un des hommes du peuple, qui s'était jeté avec le plus d'ardeur à la tête des chevaux*.
Cet incident extraordinaire au premier abord, — on voit rarement des prisonniers s'opposer à ce qu'on les délivre, — ne surprendra pas le lecteur, qui se souvient des cris poussés la veille à la mairie du X* arrondissement : « A Mazas I Qu'on nous emmène tous à Mazas! »
Vers huit heures et demie, un certain nombre de républicains, détermmés à donn r le signal de la résistance, parmi 1. squels quinze ou seize représentants du peuple, se trouvaient réunis à la salle Roysin. Au nombre des représentants on comptait MM. Baudin, Bouzat, Brillier, Bruckner, Gharamaule, Dulac, Esquiros, de Flotte, Madier de Montjau, Maigae, Malardier, Schœlcher, etc. On nomme, parmi les citoyens qui s'étaient joints à eux, MM. Jules Bastide, Alphonse Brives, Gharles Broquet, Xavier Durrieu, Frédéric Gournet, Kesler, Lejeune (de la Sarthe), Amable Lemaître, Maillard, Ruin, Léon Watripon, et d'autres encore.
1. M. Schœlcher, qui n'était pas en ce moment sur les lieux, tenait ces détails de Frédéric Gournet. Ils nous ont été confirmés par M. Malardier, l'un des acteurs de la scène.
E y avait eu, paraît-il, un malentendu sur l'heure "fixée. Qaelques-uDs paraii ceux qui avaient promis de venir arrivèrent trop tard.
Quoi qu'il en soit, vers neuf heures, les représentants et leurs amis, en tout une quarantaine de personnes, sortirent de la salle Roysin. Les représentants avaient mis* leurs écharpes. lis se prt'sentèreat dans la grande rue du Faubourg-Saint-Antoine, criant : « Aux armes! aux harrica- « des! vive la République! vive la Constitution! »
En quelques inj-tauts, une centaine d'ouvriers s'étaient joints à eux. La masse cependant demeurait inactive, sinon indifféreute.
Le rassemblement s'arrêta au coin des rues Cotte et Sainte-Margueiite On se mit en devoir de construire une barricade, sans même se demander si la position était bien choisie. Une grosf'e charrette, deux petites voitures, un omnibus, qui passaient, furent successivement arrêtés, dé elés et renversés. 11 n'y eut pjas d'autres matériaux employés, pas un pavé.
En quelques minutes, la frêle barricade était construite. Elle ne barrait pas même entièrement la grande rue du faubourg, fort large en cet endroit. Ceux qui la construisaient étaient encore sans armes.
Le souvenir de cette première barricade de décembre, qui devait être arrosée du sang du repiésentani Baudin, est demeuré parmi les plus douloureux, mais en même temps parmi les plus fiers souvenirs du parti républicain.
Les hommes q\ai la dre.'-saient ne songeaient nullement à engager une lutte qui eût quelques chances de succès immédiat. Au milieu d'une population froide, sans armes, sans abri sérieux, p'is entre deux ujasses de troupes, — plusieurs milliers de soldats campés aux deux extrémités du faubourg, — ils n'avaien' et ne pouvaient avoir qu un spul but t se dévouer, faire appel aux soldats, leur montrer les représentants du peuple, se faire tuer, s'il le fallait, pour que le sang versé suscitât des combattants.
Ce qu'd y avait de vraiment noble dans cette ac'ion, — quelque jugement que l'on porte sur les idées politiques qui l'inspiraient, — a ccmmaDdé le respect de plusieurs parmi les plus acharnés ennemis du parti républicain *.
1. On lit dans l'ouvrage déjà cité, de M. de Cassagnac, 2* volume, page 426 : oQue pou\aieat faire les dévouements isolés et rares de quel-
Jamais certainement construction de barricade n'avait présenté un aussi extraordinaire spectacle. On voyait là, soldats d'uDB même foi politique, une centaine d'hommes que les hasards de la naissance ou les accidents de la vie avaient placés à tors les degrés de ce que l'on nomme l'échelle sociale. Les ouvriers, artisans et petits patrons formaient le plus grand nombre, comme toujours. Mais, mêlés à eux, dans ce faible groupe, véritable résumé de la démocratie française, on comptait :
Deux hommes qni avaient rempli les plus hautes charges de rÉtat, un ancien ministre des affaires étrangères, M. Ju'es Bastide; un ancisn sous-secrétair-^ u'Etat au ministère de la marine et des colonies, M. Schœlcher; un excellent écrivain, au talent duquel les travaux de l'exil ont ajouté un nouvel éclat. M. Alphonse Esquiio-; des journahstes de mérite, MM. Xavier Durrieu, Kesler, Watripon: un officier distingué de l'armée déterre, le capitaine Brucknnr; deux anciens lieuteaanlsde vaisseau de la marine nationale, MM. de Flotte et Cournet; un médecin, M. Bandin; des avocats de talent, MM. Madier de Montjau, Briliier, Bouizat, etc.
Les diverses nuances du parti républicain y étaient aussi représentées. A côté des socialistes, des montagnards, des « rouges, » comme on dirait alors, on pouvait voir, — et ce n'était pas le moins énergique, — un des membres les plus modérés de la gauche, M Gharamaule (de l'Heraulij.
La barricade était déjà laite, lorsqu'on s'occupa de chercher des armes. Le rassemblement possédait en tout trois fusils qu'on venait d'enlever à «les soldats passaat isolément.
On se dirigea, les représentants en tête, vers le corps-degarde situé au milieu du faubourg, près de la rue dft Montreuil; il était occupé par une dizaine de soldats, sous les ordres d'un sous-ofiicier ; ils se laissèrent désarmer sans trop de résistance. Là, quelqu'un indiqua le poste du Marché Noir comme pouvant fournir encore quelques fusils. Les soldats y furent désarmés de même, sans accident.
On revint à la barricade.
Les représeniants Alphonse Esquiros, Madier de Mftntjau et quelques autres se séparèrent alors du groupe principal,
« ques députés montagnards, comme Baudin, de l'Ain, qui s'était fait <■ tuer la veille, et comme Gaston Du's uLs, de la Vienne, qui se fera « tuer le lendemain? Aucun espoir sérieux de vaincre, ou même de réc sister, avec leurs propres ressources, ne restait donc, etc. »
dans le bnt d'aller, en compa^ie de qaelquas amis, essayer de barrer le f-iubourg dans la direction de la barrière du Trône, afin que la première barricade ne pût être prise à revers par les troupes stationnées du côté de l'avenue de Vincennes.
Quelques instants après, — il était environ neuf heures et demie, — trois compagnies du 19' de ligne, 'iétachées delà brigade Marulaz, qui occupait la place de la Bastille, remontèrent lentement la rue du Faubourg-Saint-Antoine. Elles étaient dirigées par le chef de bataillon Pujol; la compagnie de tête était commandée par le capitaine Petit. Dès qu'elles furent à portée de la barricade, quelques-uns 'Jesciioyensqui s'étaient joints aux représentants se retiré- ent, considérant la résistance comme un acte de folie, vu l'état d'imperfection de la barricade et le défaut d'armes, vingt-deux fusils pour une centaine d'hommes.
Les représentants montèrent sur les voitures renversées, et s'adressani à ceux qui étaient demeurés, M. Schœlcher dit : « Amis, pas un coup de fusil avant que la ligne n'ait « ouvert le ieu. Nous allons à elle; si elle tire, la première « décharge sera pour nous; si elle nous tue. vous nous ven- <r gérez. Mais jusque-là, pas un coup de fusil. «
Huit représeniauts étaient debout sur la ba» ricade : Baudin, Brillier, Bruckner, de Flotte , Dulac , Maigne , Malardier et Schœlcher. Ils tirent signe aux soldats de s'arrèfer; le capitaine Petit réponiit par un signe cégatif. Sept des représentants descendirent alors, et marchèrent vers la troupe. Ils étaient sans armes, en écbarpes,sur une seule ligne. Les soldats s'arrêtèrtnt instinctivement. M. Schœhher prit la parole : « Nous sommes représentants du peuple s'écria t- « lL; au nom de la Constitution, nous réclamons vo're con- « cours pour faire respecter la loi du pays Venez à nous, « ce sera votre g oire. — Taisez-vous, répondit le capia taine, je ne veux pas vous entendre, j'obéis à mes chefs; « j'ai des ordres; retirez -vous ou je fais tirer. — Vous « pouvez nous tuer ; nous ne reculerons pas. Vive la Répa- « blique ! vive la Gonsàtution! » répondirent d'une seule voix les sept représentants. L'ofncier fit apprêter les armes et commanda : « en avant! » Plusieurs des représentants, croyant la dernière heure venue, mirent le chapeau à la main, comme pour saluer la mort, en poussant un nouveau cri de : « Vive la République ! » Mais l'officier ne commanda pas le feu Neuf rangs de soldats passèrent successivement,
marchant vers la barricade, et se détournèrent des représenlaats, sans les frapper. Ceux-ci continuaient à les adjurer de se joindre à eux.
Cependant, quelques soldats, plus impatients que les autres, repoussèrent les représentants, les menaçant de leurs baïonneiies. Un fourrier coucha enjoué M. Bruckner, mais, sur un mot calme et digne du représentant, il releva son fusil et le déchargea en l'air. Au même instant, un soldat lançait un coup de baïonnette à M. Schœlcher, — pour l'éloigner plutôt que pour le percer, a dit M. Schœlcher lui-même. = — Malheureusement, l'un des républicains qui étaient demeurés sur la barricade crut, sans doute, que les soldats frappaient réellement les représentants. Il abait-sa son arme et fit feu. Un militaire tomba mortellement frappé. La tête de la colonne, qui n'était plus qu'à trois ou quatre pas de la barrica 1»^, répondit par une décharge générale.
Le représentant Baudin, qui était demeuré debout sur l'une des voitures, et qui continuait de haranguer les soldats, tomba fou'iroyé. Trois balles lui avaient fracassé le crâne.
Un jeune homme du peuple qui se tenait à côté de Baudin, un fusil à la main, tomba en même temps frappé à mort. On n'a pu savoir le nom de cet ouvrier intrépide dont le sang se mêla à celui du représentant 1
Un JDcident avait attristé les derniers moments de Baudin
Quelques minutes avant l'arrivée des troupes, il faisait appel à un gr.)upe d'ouvriers. L'un d'eux lui dit :
« Est-ce que vous croyez que nous voulons nous faire « tuer pour vous conserver vos vingt-ciuq Iraucs par jour?
« — Demeurez là encore un instant, mon ami, répliqua c Baudin, avec un sourire amer, et vous allez voir comment e on meurt ^jour v.Dgt cinq francs! »
Le cadavre du représentant fut relevé par les soldats et porté à Ja Morgu-^. Le jeune ouvrier qui était tombé à côté de Baudin, et qui vivait encore, iut relevé par l'un des républicains pr.-s^nts, M. Ruin, qui le trani?porta, au péril de sa vie, dans une luaison des environs.
La troupe n'a\ait fait qu'une seule décharge. Elle franchit la barrjcade et s'engagea dans les rues Coite et Sainte-Marguerite, à la suite des citoyens qui s'éloignaient forcément devant elle.
Tous res incidents s'étaient passés en beaucoup moins de temps qu'il n'en faut pour les raconter.
Les sept représentants qui s'étaient avancés au devant des
soldats étaient demeurés seuls au milieu de la rue. Ils n'avaient pas vu tomber leur collègue.
Quelques ouvriers se rapprochèrent bientôt ; ils portèrent ensemble à l'hôp tal Sainte-Marguerite le corps du jeune soldat du 19% qui était demeuré gisant sur la chaussée.
Ce pieux aevoir accompli, les représentants se séparèrent en deux groupe-. MM. Schœlcher, Dulac, Malardier et Brillier contmuèrent à parcourir le faubourg en appelant le peuple aux armes. Un bataillon approchait avec des canons. Des ouvriers entraînèrent les représentants dans une cour dont on referoaa les portes. La troupe passée, ils reprirent leur marche, accompagnés de M. Sartin, qui venait de les rejoindre. Ils parcoururent la rue de Gharonne, ralliant quelques hommes autour d'eux. Au carrefour Basfroid, cinq ou six oumers dt^ pavaient pour commencer une barricade. Néanmoins, la vcix des représentants trouva peu d'échos. — « On nous ^ahlait des portes et des fenêtres, a dit M Sehœlc cher, on agitait les casquettes et les chapeaux, on répétait « avec nous : Vive la République 1 mais rien de plus. Il fal- « lut bien nous avouer que le peuple ne voulait pas remuer ; c son parti était pris. »
Après une heure environ de vaines tentatives, les représentants quittèrent le faubourg Saint-Antoine pour aller rejoindre leurs amis dans d'autres quartiers de Paris, où la résistance s'essayait avec plus de succès.
Le bruit des événements qui venaient de se passer rue du Faubourg-Saint-Antoine s'était répanlu rapidement dans la ville entière, grossi comme toujours par la rumeur publique. La nouvelle du représentant Baudin, tué en donnant le signal de la résistance, produisait dans les quartiers éloignés du théâtre de l'action une impression bien plus profonde que dans le faubourg Saint Antoine A partir de ce moment, l'agitation grandit et acquit bientôt des proportions considérables. Des rassemblements se formaient de toutes parts et prenaient d'heure en heure, dans les quartiers du centre surtout, une attitude plus menaçante. Entre les boulevards, la rue du Temple, la rue Saini-Denis et les quais, dans ce fouillis, inextricable en ce teuaps-là, de rues populeuses, étroites, tortueuses, éminemment favorables à la guerre de barncades, on commençait à rencontrer des groupes armés, rares encore, mais plems d'audace; on affichait ouvertement dans ces quartiers les proclamations, les appels aux armes de la gauche. Des barricades commencèrent à s'élever rue Saint-
Denis, rue Aumaire, rue Grenéta, rue Transnonain, rue Bourg-l'Abbé, rue Beaubourg, etc.
Toutefois, c'étaient surtout des tentatives individuelles, improvisées sans plan général, sans entente, entre les divers groupes.
Ceux des représentants républicains qui poussaient à la résistance et se montraient dans les rassemblements n'étaient pas d'accord sur l'opporlunité de la lutte à force ouverte. Tandis que plusieurs, — ceux qui étaient allés au faubourg Saint- Antoine et d'autres encore, parmi lesquels l'illustre poëte Victor Hugo, — étaient d'avis qu il importait de commencer sur-le-champ des barricades et de résister à coups de fusil ; d'autres pensaient qu'il valait mieux temporiser encore, attendre que le peuple parût mieux disposé, etc. De là, mille avis contraires qui se croisaient dans les rassemblements et paralysaient souvent la bonne volonté des plus résolus. Le bruit s'était répandu qu'un comité de résistance, composé de représentants républicains, était constitué. Beaucoup passèrent de longues heures à la recherche de ce comité , qu'il était d'autant plus difficile de rejoindre que ses membres agissaient pour la plupart individuellement dans des quartiers divers.
Cependant, bien que beaucoup de républicains se soient plaints de ce que, dans cette journée du 3, l'inactivité des uns, les contre-ordres des autres aient compromis le succès de la résistance, il est incontestable que le mouvement grandit singulièrement dans l'après-midi de ce jour, et que la physionomie de Paris devint de plus en plus sombre.
Dans les quartiers riches, vers le boulevard des Italiens, c'étaient les mêmes manifestations bruyantes que la veille, encore plus accentuées, Quelques charries de cavalerie furent exécutées pour dissiper les attroupements; il n'y eut cependant pas d'effusion de sang, ce jour-ià, dans ces quartiers.
Sur la rive gauche de la Seine, l'agitation avait gagné le faubourg Saint-Marceau, où s'était rendu le représentant de Flotte, après la mort de Baudin.
A Believille, le représentant Madier de Montjau et M. Jules Bastide réussissaient à déterminer un commencement de résistance. Des barricades furent commencées. Un appel aux armes, dont le texte a été conservé, fut imprimé et placardé en assez grand nombre d'exemplaires. Il était ainsi conçu :