AUX ARMES I
« La République, attaquée par celui qui lui avait juré fidé- « lité, doit se défendre et punir les traîtres.
i A la voix de ses représentants fidèles, le faubourg Saint- « Antoine s'est levé et combat.
« Les départements n'attendent qu'un signal, et il est donné.
( Debout tous ceux qui veulent vivre et mourir libres!
« Pour le Comité de résistance de la Montagne^ a Le représentant du peuple délf-gué,
« A. Madier-Moxtjau. a
L'arrêt de la Haute-Cour de justice était également im primé et distribué par milliers a'exemplaires, surtout dan» les quartiers riches. Dans les rues avoisinant le carré Saint- Martin, on s'attroupait autour d'un appel à l'armée, audacieument affiché par quelques jeunes gens. Cette pièce n'est pas signée; mais on y reconnaîtra aisément le style de Victor Hugo, par qui elle a été effectivement rédigée.
A l'armée!
<r Soldats!
a Un homme vient de briser la Constitution
« Tournez vos yeux vers la vraie fonction de l'armée française. Protéger la patrie, propager la révolution, délivrer le peuple, soutenir les nationalités, afiranchir le continent, brider les chaînes partout, défendre partout le droit, voilà votre rôle parmi les armées de l'Europe. Vous êtes dignes des grands champs de bataille.
« Rentrez en vous-mêmes, réfléchissez, reconnaissez-vous, relevez-vous; songez à vos généraux arrêtés • .
c Soldats, si vous êtes la grande armée, respectez' la grande nation.
ff Nous, citoyens ; nous, représentants du peuple et vos représentants; nous vos amis, vos frères ; nous qui sommes la loi et le droit ; nous qui nous dressons devant vous en vous tendant
le bras et que vous frappez savez-
vous ce qui nous désespère? Ce n'est pas notre sang qui coule, c'est de voir
c Si vous persistiez, savez-vousce que l'histoire dirait de vous? Elle dirait:
c: Soldats français, cessez de prêter main-forte
« Paris, 3 décembre 1851 '. »
Un groupe très-actif, ayant de nombreuses relations avec la population ouvrière, s'était organisé dans la journée, et
f)OU£sait ardemment à la résistance. C'était surtout MM. Jues Leroux, représentant du peuple, Desnoulins, typographe, Gustave Naquet, réfugié poliiique à Londres, qui venait d'arriver au risque d'être reconnu à la frontière, Boquet, Nétré et quelques délégués des corporations ouvrières. C'est à ce groupe qu'est due la rédaction d'une pièce fort remarquable, qui fut affichée dans la soirée.
M. Mayer, qui l'a reproduite dans son ouvrage, dit qu'elle fut répandue à profusion. En voici le texte :
Aux TRAVAILLEURS.
« Citoyens et compagnons,
a Le pacte social est brisé !
e Une majorité royaliste, de concert avec Louis-Napoléon, a violé la Constitution, le 31 mai 1850.
1. Nous avions cru pouvoir donner in extenso cette pièce révolu-
a Malgré la grandeur de cet outrage, nous a'tendions. pour ca obtenir l'éclatante réparation, rélection gé':érale de 1852.
î M lis hier, celui qui fut le président de la Piépublique a effacé c:tte date solennelle.
« Sous prétexte de restituer au peuple un droit que nul ne peut lui ravir, il veut, en réalité, le placer sous une dictature jiulitaire.
e Citoyens, nous ne serons pas dupes de cette ruse grossière.
d Comment pourrions-nous croire à la sincérité et au désintéressement de Louis-Napoléon?
a II parle de maintenir la République et il jette en prison les républicains.
« Il promet le rétablissement du suffrage universel, et il vient de former un conseil consultatif des hommes qui l'ont mutilé.
ï II pnrle de son respect pour l'indépendance des opinions, et il suspend les journaux, il envahit les imprimeries, il disperse les réunions populaires.
« Il ap.ebe le peuple à une élection, et il le place sous l'état de siège : il rêve on ne sait quel escamotage perfide qui mettrait rélecteur sous la surveillance d'une police stipendiée par lui.
i II faitp'us, il exerce une pression sur nos frères de l'armée, et viole la conscience humaine en les forçant de voter pour lui, sous l'œil de leurs officiers, en quarante-huit heures.
« Il est prêt, dit-il, à se démettre du pouvoir, et il contracte un emprunt de vingt-cinq millions, engageant l'avenir sous le rapport des impôts, qui atteignent indirectement la subsistance du pauvre.
4 Mensonge, hypocrisie, parjure, telle est la politique de cet usurpateur.
ff Citoyens et compagnons, Louis-Napoléon s'est mis hors la loi. La majorité de l'.^ssemblée, cette majorité qui a porté la main sur le suffrage universel, est dissoute.
t Seule, la minorité garde une autorité légitime. Rallionsnous autour de cette minorité. Volons à la délivrance des républicains prisonniers ; réunissons au milieu de nous les représentants fidèles au suffrage universel ; faisons-leur un rempart de nos poitrin s ; que nos délégués viennent grossir leurs rangs, et forment avec eux le noyau de la nouvelle Assemblée nationale !
a Alors, réunis au nom de la Constitution, sous l'inspiration de notre dogme fondamental : Liberté, Fraternité, Égalité, h l'ombre du drapeau populaire, nous aurons facilement raison du nouveau César et de ses prétoriens !
« Le Comité central des corporations. »
lionnaire, à titre de document historique. Plusieurs prochmations aussi violenifs d'expressions ont pu ôlrc repi'Oiluites, en France, sans in:onvG.Tients. Toulofois, un scrupule nous sii-it, au dernier mo:.':cn', et n us ronipliçons par des points les passnges trop ace nlués.
« Les républicains proscrits reviennent dans nos murs seconder l'effort populaire. »
Deux dépêches de M. de Maupas à M. de Morny, datées de l'après midi du 3, montreront maintenant comment le préfet de police appréciait de son côté la situation.