FORCE
« Que les citoyens paisibles restent à leur ïogis.
« // y aurait péril sérieux d contrevenir aux dispositions arrêtées.
« Paris, le k décembre 1851.
« Le Préfet de police,
« De IVIalpas. »
M. P. Mayer, dans son Ilûtoire du 2 décembre, a commenlé celte proclamation dans des termes qui méritent d'être reproduits :
« Au point du jour, dit-il, le préfet de police fit afficher la pro- « clamation suivante : (suit la proclamation). Pour tout le mtnde, c excepté pour les sourds et les aveugles, elle devait et voirlait (( dire : — Il y aura aujourd'hui une grande bataille; que ceux « qui ne veulent pas être tués n'aillent pas sur le chair.p da K combat. — Cette pièce répond et a répondu à tous les repro- « ches d'inhumanité et à toutes les évocations de sang innocent «f répandu, que les partis, depuis le fatal combat du bouIcv,>rd
1. Histoire de la chute de Louis-Philippe, etc., par Gracier de Ciissagnac, 2° vohirue, pages 433 et 434.
« Poissonnière, ont essaye de faire remoaler jusqu'au gouvcc- « nemènt'. »
Mais n'anticipons pas sur ce que ce M. Mayer appelle le fatal combat du boulevard Poissonnière. ^ ^
Toutes les troupes avant été retirées, comme il avait ete convenu dans le conseil militaire, rien ne s'opposait à la construction des barricades. Dès neuf heures du malm, elles s'élevèrent en grand noirbre dans les rues comprises entre les boulevards, les quais, la rue Montmartre et h rue du Temple, ainsi que dans le faubourg Sain'-Tylavtin, jusqu'aux abords du canal. Cette portion de la masse populan-f , qui, en temps de révolution, ne s'ébraula guère que le troisièn^e jour, n'abaissait pas encore ; mais elle se montrait sympathique a ceu'x qui agissaient. Ceux-ci étaient l'élite de ce qu-:^ Paris contenait de républicains intrépides, tant du peuple que de la bourgeoisie. .
Une barricade formidable fut construite vers onze heures dans la rue Saint-Denis, en vue des boulevards. Elle était flanquée d'obstacles de moindre importance qui barraient toutes les rues voisines.
La rue du Petit- Carreau était déjà, à la même heure, coupée de cinq ou s-x barricades. Il y en avait encore dans la rue des Jeûneurs, dans la rue Tiquetonne et dans presque toutes les rues qui débouchent de ce côté sur la rue Montmartre. Au centre, vers la rue Grenéta, toutes les barricades renversées par là troupe, la veille au soir, étaient relevées et fortifiées. On en voyait d'assez nombreuses dans la rue Simt- Martin, aux abords du marché de ce nom ; il s'en dressait uce assez forte à la hauteur du Conservatoire des Arts et Métiers. La rue du Temple, dans la partie qui avoisme les boulevards, en était coupée, ainsi que les petites rues voisines. Vers les quais, entre THôtel de Ville et la pointe Saint-Eustache, toutes le^, rues étaient couverte- de retranchements improvisés. Le cloître Sîint-Mern, célèbre dans les fastes révolutionnaires de Paris depuis le combat de ynn 1832, était barricadé. ,
Au coin des rues du Temple et de RamDuteau se dressait une barricade formidable, presque aussi bien construite que celle de la rue Saint-Denis. ^ ^
Vers midi, les ba-ricades furent commencées .-s.r i-:s ijou-
l. Uidoifc du 2 déccmhre, par P. Mayer, yagc loi.
levards même. Il s'en éleva une assez considérable sur le boulevard Bonne -Nouvelle, à quelque vingt mètres de la porte Saint-Denis.
Devant le théâtre du Gymnase, un autre obstacle fut ébauché, mais demeura très-imparfait. Quelques voitures renversées, garnies de matériaux de démolitions, provenant des colonnes vespasiennes que la foule avait jetées à terre, formaient sur ce point un poste avancé où. se placèrent une quinzaine d'hommes armes.
A la même heure, vers midi, la mairie du V* arrondissement, rue du Faubourg-Saint-Martin, fut prise sans grande résistance, par un rassemblement de républicains, ouvriers pour la plupart. Nous pouvons nommer parmi eux les citoyens Laurens, ancien sous-officier d'artillerie, A. Gay, Edouard Baudoin, Bourdon, Favrelle *. On a encore cité parmi ceux qui figurèrent, un peu plus tard, aux barricades du faubourg Saint Mariin, les citoyens Denis-Dussoubs, — celui qui se fit tuer héroïquement quelques heures après, — Artaud, Lebloy, Longepied, J. Luneau, lieutenant de la garde républicaine, en disponibilité pour cause d'opinions démocratiques, et qui s'était rendu aux barricades revêtu de sou uniforme. On trouva à la mairie du Y" trois cents fusils et des munitions. C'est le tambour- ma;or de la lésion qui indiqua spontanément la cave où se trouvait ce dépôt d'armes.
Pendant ce temps, d'autres groupes parcouraient les quartiers du centre, princip^ilement les rues marchanies, demandant des armes. Les bourgeois livraient leurs fusils volontiers ; c'est ainsi que beaucoup d'armes de la cinquième légion de la garde nationale passèrent entre les mains des républicains disposés à combattre. L'entraînement était déjà assez grand dans ces quartiers pour que l'inscription fameuse : « armes données, » qu'on ne voit guère qu'au moment des insurrections triomphantes, piît se lire sur les portes et les devantures des boutiques de toutes ces rues ^.
Du boulevard Montmartre à la chaussée d'Ântin, dans un quartier qu'on voit rarement sympathiser avec les mouvements révolutionnaires, la foule était grande et en proie à
1. La plupart de ces citoyens furent déportés en Afrique quelques mois plus tard.
2. Une correspondance, qu'on peut lire dans le Moniteur, entre M. de Uoray et le général Lawœstine, commandant en ehef de la garde natio-
une extrême agitation. Les « gants jaunes, » — selon l'expression de M. Granier de Cassagnac, — applaudissaient à la résistance. Les aides de camp détachés, les pelotons en leconnaissance, qui fendaient cette foule en habits, étaient accueillis par des cris de colère : « A bas les traîtres! à bas xes prétoriens! » Un officier d'état-major fut assailli au coin de la rue de la Paix, renversé de son cheval, et eut peine à échapper à la foule qui lui voulait faire un mauvais parti.
t L'émeute, dit M. de Cassagnac, avait trouvé sinon des partia sans du moins des auxiliaires, dans une partie de la jeunesse « lettrée et aisée, appartenant soit à la presse, soit au commerce c parisien. Ces jeunes gens remplissaient de tumulte la partie la c p'us riche et la plus élégante desboulevards, où il avait semblé « peu probable que le communisme dût attendre une teUe diver- « sion*.>
Le même écrivain a dit ailleurs :
« Quand on a relevé les cadavres des émeutiers, qu'a-t-on c trouvé en majorité? Des malfaiteurs et des gants jaunes j
Le mot de « malfaiteurs » est là, comme « communisme » un peu plus haut. C'est une façon honnête et modérée de désio-ner les hommes du peuple qui tombèrent au 4 décembre Nous avons sous les yeux une liste, fort incomplète il est vrai, mais la seule officielle qui ait été publiée, des morts de cette journée. Sur 153 noms qui y sont mscnts,
nale fait foi de ce que nous avançons à cet égard. Voici un extrait de la leltré de M. de Morny, en date du 7 décembre :
A U. le commandant supérieur des gardes nationales de la Seine.
« Paris, le 7 décembre.
«Général, dans plusieurs quartiers de Paris, quelques propriétaires « ont eu l'impudeur de mettre sur leurs portes: ^rmes dnnn(>es. On con- « cevrait qu'un garde national écrivît : Armes arrachées de force, abnde « mettre à couvert sa responsabilité.... Jai donné ordre au préfet de po- « lice de faire effacer ces inscriptions, etc.
u Signé : DE MoRNY. » '
Le général Lawœstine réponiait le même jour en désignant la cinquième légion comme celle dont les armes avaient été ainsi livrées. Elle fut dissoute sur-le-champ.
1. Histoire de la chute de Louis-Philippe, etc., 2« volume , pages