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LE PRÉFET DE POLICE AU MINISTRE DE L'INTERIEUR

« Jeudi 4 décembre.

< Les barricades prennent de grosses proportions dans le quartier Saint-Denis. Des maisons sont déjà occupées par Témeute. On tire des fenêtres. Les barricades vont jusqu'au deuxième étage. Nous n'avons encore eu rien d'aussi sérieux. » (Dépêches reproduites dans les Mémoires d'un bourgeois de Paris, par îe docteur Véron.)

M. de Morr.y, à ce que raconte le docteur Véron, avait poussé, de sa personne, une reconnaissance vers les quartieis en armes. Rentrant au ministère de l'intérieur, « et i trouvant son entourage pâle, eft'rayé à ce-.te nouvelle que a de nombreuses barricades s'étaient élevées dans Paris, il « dit à tous avec une chaleureuse gaîté : Comment! hier <i vous vouliez des barricades^ on vous en fait, et vons n'êtes « pas contents?... » (Textuel : Mémoires d un bourgeois de Paris, tome 6% p. 210.)

Un peu plus tard, vers une heure sans doute, il adressait au général Magnan une dépêche où l'on remarque ces mots : a Je vais, d'après votre rapport, faire fermer les clubs des boulevards. Frappez ferme de où côté. » {Mémoires cCun bourgeois de Paris, tome 6*^ pages 208 et 209.)

Le moment, en effet, était veuu où le plan de campagne, révélé par les dépèches du 3 de M. de Morny au généx-'al Magnan, et définitivement résolu dans le conseil militaire de la veille, pouvait s'exécuter avec un plein succès.

Les barricades en effet étaient déjà nombreuses et suffisamment fortes pour que leurs défenseur.? fussent tentés d'accepter le combat. Le nombre de ceux-ci n'était pas assez considérable pour que l'issue de la lutte fût douteuse; mais ils formaient un noyau d'élite, comprenant les hom.mes les plus énergiques du parti républicain, ouvriers et bourgeois : s'il leur était donné d'entretenir pendant encore une journée la girerre d'escarmouches, leur nombre allait se décupler, et la matinée du lendemain les aurait trouvés formidables. En enveloppant par de grandes masses de troupes les quartiers où ils s'étaient retranchés, en attaquant avec vigueur, on pouvait écraser, d'un seul coup, ce que Paris révolutionnaire comptait d'hommes les plus intrépides.

L'occasion était opportune pour faire la guerre de villes, comme l'entendait M. de Morny.

En « frappant ferme » sur les boulevards, on allait couper court à l'opposition bourgeoise ; il n'y aurait pas à redouter de voir le lendemain, ainsi qu'en février, les uniformes de la garde nationale, mêlés aux blouses et aux paletots des insurgés.

Les soldats, parfaitement reposés, tenus depuis la veille hors du contact de la population, largement fournis de vivres et de vins, étaient dans des dispositions aussi bonnes que le gouvernement pût le désirer.

Il est certain qu'on a eu raison de dire qu'en 1830 et en 1848 le manque de soins matériels avait fortement contribué à abattre le moral des troupes. L'administration avait soigneusement pourvu à ce qu'un pareil accident ne se renouvelât pas^

Il n'y avait pas non plus, isolés dans les quartiers en armes, de faibles postes, de patrouilles détachées, à l'attaque desquels les révolutions antérieures avaient dû leurs premiers succès et la troupe ses premières causes de démoralisation.

L'emploi de cette tactique militaire, différente des anciens errements, a été certainement la cause déterminante du désastre des républicains. Plusieurs de ceux qui ont échappé sains et saufs des luttes de l'après-midi nous ont dit qae le mouvement révolutionnaire leur avait paru, dans le commencement de la journée, plus sérieux qu'il ne l'était le 23 février.

Le Comité de résistance s'était réuni dans une maison voisine des boulevards. Les nouvelles favorables y affluaient. L'un des membres du Comité a raconté quelques détails significatifs. — « Paris est parti! » — disait en entrant un vétéran des lu'.tes révolutionnaires, qui venait de parcourir divers quartiers de la capitale. — a Maintenant qu'un ré- « giment hésite ou qu'une légion sorte , et Louis-Napoléon

1. Nous lisons, entre autres détails, dans le Moniteur parisien du 6 décembre,: a Les vins, les mets leur ont été prodigués. » Ce journal parle des soldats qui campèrent, le soir du 4, sur les boulevards. Mais il est bion légiiime de penser qu'on n'avait pas attendu l'issue de la lutte pour bien traiter les soldats. Mille témoins ocula res vivent encore, qui ont vu, dans la matinée, les troupes en position, aux Cliamps-Élysées, manger et boire copieusement. Plusieurs militaires présents nous ont dit à nous-mêmes, peu d'an.ées après, que, sous le rapport des soins matériels, les choses avaient élé très-largement faites dans celte matinée.

« est perdu ! » s'écriait M. Jules Favre, frappé des progrès croissants de l'excitation populaire.

Il semble qu'à la Préfecture de police, l'impression ne fut guère différente, quant aux faits, bien entendu. On a vu plus haut ce mot de la dépêche de M. de Maupas : » — « Laisser grossir maintenant serait un acte de haute im- ([ prudence.... Il faut le bruit et V effet du canon, et il les « faut tout de suite..,. »

Le général Magnan dit aussi dans son rapport inséré au Moniteur :

A midi, j'appris que les barricades devenaient formidables et que les insurgés s'y retranchaient; mais j'avais décidé de n'attaquer qu'à deux heures, et, inébranlable dans ma résolution, je n'avauçai pas le moment, quelques instances qu'on me fit pour cela.

Vers u-e heure, la barricade du boulevard, entre le Gymnase et la Porte-Saiot-Denis, était presque terminée. Une jeune femme, debout, entre deux ouvriers armés, à la cime de la barricade, lisait un appel des représentants de la gauche. La foule applaudissait. Un rassemblement tentait de pénétrer dans la mairie située aujourd'hui rue Drouot, demandant des armes. Sur les boulevards Montmartre et des Italiens, une foule immense, très-animée, s'agitait, poussant les cris de : Vive la République ! Vive la Constitution I entremêlés de cris directement injurieux pour le Président de la République.

Cependant, sur toute la ligne des boulevards, depuis le théâtre du Gymnase jusqu'à la INIadeleine, on n'apercevait pas d'hommes armés et il n'y avait pas de traces de barricades.

Un peu avant deux heures, les troupes commencèrent leur mouvement.

La division C^irrelet déboucha de îa place Vendôme et de la Madeleine, dans l'ordre suivant : en tête la brigade du général de Rourgon, puis les brigades des généraux de Cotte et Ganrobert. Ces troupes d'infanterie étaient appuyées par plusieurs batteries de canons et d'obusiers, douze ou quinze touches à feu. La cavalerie du gc'n.'ral Reiiell, deux régiments de lanciers, fermiit la marche de \\ colonne,

La brigade du général Dubc, appartenant à la même division, prenait position à la Poin'e-Saint Eustache, près

des Halles. Les régiments qui la composaieut étaient appuyépar une batterie d'artillerie.

Le général de division Levasseur formait en colonnes, aux abords de l'Hôtel de Ville, les brigades Herbillon et Marulaz, et prenait position aux débouchés des rues du Temple, Saint-Martin et Saint-Denis.

La brigade de Gourtigis se disposait à quitter la barrière du Trône pour balayer les barricades qui venaient de s'élever dans le faubourg Saint-Anloine.

Sur la rive gauche de la Seine, le général Renault occupait, avec sa division, le Luxembourg, la place de Saint - Sulpice, rOdéon, le Panthéon, la place Maubert et maintenait ainsi le quartier des Ecoles elle faubourg Saint-Marceau. La Préfecture de police, située dans la Cité, était gardée par des forces imposantes.

Si le lecteur n'a pas perdu de vue la position des quartiers barricadés, formant le centre de la résistance, il verra que les républicains qui avaient pris les armes allaient être assaillis et enveloppés par un mouvement convergent des brigades de Bourgon, de Cotte, Canrobert, d'un côté, les brigades ûulac, Herbillon, Marulaz, de l'autre. Ce n'était pas moins de trente mille hommes, agissant par masses, dont ils devaient affronter le choc.

On se demandera, sans doute, quel était le nombre des citoyens armés qui occupaient les barricades? Quelque difficile qu'il soit de faire une telle évaluation, il n'est pas impossible d'arriver à un chiffre approximatif.

On s'accorde à dire qu'il y avait une centaine de combattants à la Porte-Saint Denis, cent cinquante environ à la grande barricade dans la rue du même nom, un pareil nombre, aux abords des Arls-el-Métiers, deux cent cinquante, au plus, dans le faubourg Saint Martin, sept à huit groupes de quinze à vingt hommes chacun, dans les petites rues qui donnent vers la rue Montmartre, quelques groupes de même force dans celles qui avoisinent la rue du Temple, près des boulevards. C'est-à-dire, huit à neuf cents hommes environ, dans les positions qui allaient affronter le choc des quinze mille soldats des brigades de Bourgon, de Coite, Canrobert et Reibell.

Du côté opposé, faisant face aux quais, entre les Halles et l'Hôtel de Ville, il y avait à la grande barricade de la rue ce Rambuteau, un rassemblement de deux cents hommes environ, flanqués, dans les rues voisines, par divers groupes de

quinze à vingt combattants : tout au plus quatre cents hommes armés en face des trois brigades Dulac, Herbillon et Marulaz.

On n'est guère au-dessous de la vérité an évaluant à un total de douze cents hommes armés ceux des républicains qui s'apprêtaient à combattre.

A mesure que les troupes de la division Carrelet défilaient îur les boulevards, la foule qui couvrait la chaussée refluait sur les trottoirs et se massait au coin des rues adjacentes. Elle regardait passer les soldats, tantôt silencieuse, tantôt criant : o Vive la République! vive la Constitution! » Sur quelques points des cris plus accentués se faisaient entendre : c A bas les prétoriens ! A bas Soulouque ! » A deux heures, la brigade de Bourgon, qui formait la tête de la colonne, arriva à quelques pas des premières positions des républicains. Les quinze ou vingt hommes qui se tenaient embusqués derrière les voitures renversées près du Gymnase, n'avaient pas abandonné leur poste, raalgré la masse énorme de troupes qui marchait vers eux. Une pièce de canon fut braquée et tirée contre la petite barricade. Le premier boulet passa par-dessus. Les républicains ripostèrent par quelques coups de feu. Ce furent, autant qu'on peut en juger, les premiers échangés dans la journée. L'infanterie, 33' et 58' de ligne, fut, peu après, lancée en avant parle général de Bourgon; el'e enleva rapidement les barricades du boulevard, près de la porte Saint-Denis, balaya à coups de fusil toute la partie des boulevards comprise entre le faubourg Sainl-Denis et le Château-d'Eau, puis tournant à droite s'engagea dans les quai tiers barricadés parla rue du Temple.

La brigade de Golte suivit bientôt après ce mouvement. Le 72" de ligne, appuyé par plusieurs pièces de canon, pénétra dans la rue Saint-Denis, où s'élevait la grande tarricade dont nous avons parlé. Il fut arrêté court par la plus énergique résistance.

Pendant ce temps, une partie de l'infanterie du général ds Cotte, toute la brigade de Canrobert et la cavalerie du général Reil;ell demeuraient massées sur les boulevards Bonne-Nouvc;lle, Poissonnière, Montmartre et des Italiens.

Tout à coup, vers trois heures, une épouvantable fusillade, entremêlée de coups de canon, retentit sur toute cette ligne ces boulevards où n'avaient été aperçus jusqu'alors ni barricades, ni insurgés.

Le récit de cet événement, à jamais lamentable, qui devait

— IGô —

exercer une influence si décisive et qui fut si fécond en désastres, mérite d'être exposé à part, avec un soin spécial. Nous nous bornons à noter l'heure où il se produisit, nou?; réservant d'y revenir amplement, lorsque nous aurons achevde raconter les opérations militaires qui se poursuivaient, indépendemment des faiis du boulevard.

Le général de Cotte, dont la brigade avait reçu ordre d'enlever les barricades de la rue Saint-DcLis et des rues adjr.centes, vient bientôt diriger lui-même l'attaque du formidabl " obstacle qui arrê'ait le 72' de ligne.

La barricade se dressait au point où la rue Saint-Deni • décrit une courbe. On ne pouvait la battre en brèche à cou; s de canon, sans entamer les maisons voisines. Formée d'ailleurs de masses de pavés, elle était d'une solidité exceptionnelle.

Ses défenseurs communiquaient par un passage avec leurs camarades qui gardaient les barricades de la rue Saint-Martin. Ils avaient établi une fonderie de balles et une ambulance dans le passage. Le drapeau tricolore du poste des Arts et Métiers flottait à la cime de la barricade.

Il y avait Ik cent cinquante hommes d'une rare bravoure.

Nous regrettons de ne pouvoir donner avec certitude les noms d'aucun d'entre eux. On a cité cependant parmi eux un représentant du peuple, M. Carlos Forel, un professeur, M. David, qui fut tué.

Pendant une heure de temps, quatre pièces de canons en batterie sur la chaussée du boulevard, tirèrent sans relâche à obus et boulets. La barricade fut entamée, mais on ne put faire lâcher prise à ses défenseurs. Plusieurs soldats du 6* d'artillerie furent blessés sur leurs pièces. L'infanterie de ligne, 72*, essaya vainement plusieurs attaques à la baïonnette. L'une d'elles fut meurtrière. Le colonel et le lieutenant-colonel du régiment mirent pied à terre pour enlever leurs grenadiers ; ils les conduisirent au pas de charge jusqu'à quelques mètres de la barricade.

Les républicains qui avaient réservé leur feu, les accueillirent par une véritame grêle de balle?. Le colonel Quilico tomba grièvement blessé ; lelieuterait-colonelfu t tuéraide; trois autres officiers et plus de trente soldats étaient tombés tués ou blessés ; presque au même moment, le général de Cotte avait son cheval tué sous lui.

Le 72* de ligne, repoussé en désordre, fut ramené sur les boulevards. Les républicains, debout sur la barricade, sa-

luèrent, dit-on, la retraite de leurs ennemis par une immense acclamation : Vive la République I

Ce ne fut que vers quatre heures et demie, lorsque les colonnes de troupes, qui opéraient par les rues latérales, menacèrent de les prendre par derrière, que ce groupe de braves abandonnèrent la position qu'ils avaient si vaillamment défendue.

Pendant ce temps, le 1 5* léger avait enlevé successivement les barricades de la rue du Petit-Caneau et des rues voisines. Ce n'avait pas été sans rencontrer de résistance. Ce régiment eut quinze ou vingt hoiimes hors de combat. Rue des Jet.neurs, une barricade défendue par une trentaine d'hommes résista vigoureusement.

La brigade Canrobert, défilant derrière la brigade de Cotte, prit position à la porte Saint- Martin et attaqua le faubourg.

Les premières barricades, attaquées d'abord à coups de canon, furent enlevées à la baïonnette par le 5* bataillon de chasseurs de Yincennes. Elles étaient défendues par les citoyens qui s'étaient emparés, vers midi, de la mairie du V arrondissement. A la barricade qui s'élevait au coin de la rue des Vinaigriers la résistance fut particulièrement acharnée. Les chasseurs et la ligne furent repousses plusieurs fois et ne réussirent à faire tomber l'obstacle qu'en le tournant par des rues latérales.

Le lieutenant Luneau, de l'ancienne garde républicaine, s'était fait remarquer, au milieu des républicains, par une bravoure extraordinaire. Bien que son uniforme le désignât plus particulièrement aux coups des chasseurs de VinceDnes, on a raconté que dédaignant de se couvrir, il était debout sur le monceau de pavés qui formaient la barricade, son épée d'une main, un pistolet dans l'autre, dirigeant la défense avec autant de sang -froid que d'intrépidité.

Les républicains subirent des pertes cruelles. Beaucoup furent tues en combattant, d'autres pus, quelques-uns, diton, fusillés dans la mairie du Y' arrondissement, d'autres enfin, acculés aux bords du canal, furent tués avant d'avoir pu gagner les quartiers situés au delà.

Le cinquième bataillon de chasseurs, commandé par M. Levassor-Sûrval, avait subi, de son côté, des pertes assez sérieuses. Vingt-deux hommes, parmi lesquels deux otficiers, étaient tués ou blesse's. Le généial Magnan, dans son rapport, fait un grand éloge de la valeur déployée par cette troupe, éloge qui revient par contre-coup à ceux contre les

quels elle eut à combattre et qui étaient en nombre in6niment inférieur.

La brigade du général de Bourgon, que nous avons laissée s'engageant dans la rue du Temple, descendit cette rue, enlevant les barricades et fouillant tout le quartier, jusqu'à ce qu'elle eût opéré sa jonction avec les colonnes parties de l'Hôtel de Ville. Elle eut plus d'un combat à livrer dans l'intervalle. Les journaux du temps ont tous raconté que, rue Phélippcaux, une vingtaine de jeunes gens, armés de fusils de la garde nationale, avaient arrêté quelque temps un régiment de ligne, qui déboucbait de la rue du Temple, appuyé d'une batterie. Cette poignée de jeunes gens avait combattu avec un acharnement extrême. « Ils ont péri jusqu'au dernier, » dit le Constitutionnel du 6 décembre.

Ceci est peut-être exagéré; mais la publication de tels détails dans les journaux officieux du 2 décembre démontre bien, ce nous semble, l'impression produite sur les vainqueurs par l'intrépidité des vaincus.

Pendant que ces événements se passaient dans les rues voisines des boulevards, les brigades Dulac, Marulaz et Herbillon pénétraient dans les quartiers barricadés, en p:\rtiint de la direction opposée et enfermaient ainsi les républicains dans un cercle de fer.

Le général Dulac quittait vers deux heures la pointe Saint- Euslache et lançait à l'attaque des barricades de la rue de Rambuteau et des rues adjacenies des colonnes, formées de trois bataillons du 51* de ligne, colonel de Lourmel, et de deux autres bataillons, l'un du 19% l'autre du 43*, appuyés par uue batterie d'artillerie. La brigade Herbillon, en deux colonnes, débouchait par le bas des rues du Temple et Saint- Marlin. Le général Marulaz opérait dans le même sens par la rue Saint Deais. Trois ou quatre cents républicains, divisés en petits groupes, occupaient les barricades de ce côté. Ils combattirent non moins vaillamment que ceux qui faisaient face aux boulevards. Le canon commença l'œuvre et la baïonnette l'acheva. Rue de Rambuteau, une barricade formidable lit le pendant de celle de la rue Siint-Denis. Un omnibus et plusieurs voitures, soigneusement garnis de pavés, lui donnaient une solidité considérable. L'un des historiographes du Coup d'Etat que nous avons déjà cités, M. lîeluuino, paraît avoir eu sur cette barricade quelques flttails circonstanciés. Il y avait là, dit-il, une centaine de vélû'ons des guerres des bairicadts, « d'anciens sicaires de

Gaussidière, faisant a'imirablement bien le coup de feu; » avec eux combattaient, — toujours d'après le même écrivain, — des j'eunes gens, enthousiastes de Ja liberté; un artiste d'avenir, qui tomba vaillamment, frappé en pleine poitrine; des enfants de quinze ans, ayant à peine la force d'épauler un fusil.

La résistance de ce groupe intrépide fut acharnée. Pendant trois quarts d'heure dit M. Belouino, la canonnade et la mousqueterie retentirent d'une manière effroyable. La barricade brisée par les boulets fut enfin enlevée, couverte des cadavres d'un grand nombre de ses défenseurs. M. Mauduit, l'historien militaire de ces événements, raconte qu'il visita le lendemain le théâtre de cette lutte :

« Parvenu, dit-il, à la rue de Rarabuteau, je me dirigeai, c comme le public, en procession, vers Saint-Eustache , et ne a tardai pas à voir toutes les têtes en l'air et les yeux fixés sur <r plusieurs maisons, particulièrement sur celle qui forme l'angle « de la rue du Temple, et qui, en effet, était criblée. A ses pieds « se trouvaient encore les débris de l'omnibus qui avait servi de « base à la barricade, cause de tous ces dégâts.

« L'omnibus fut démoli à coups de canon, tout rempli de pavés « qu'il fût, et servit à alimenter le bivac pendant la miit.

a Un-3 compagnie de grenadiers du kZ^ de liL;ne occupait les a maisons des quatre angles des rues du Temple et Ramhuteau. a A chaque croisée se trouvait un grena îier assis sur une chaise, a ayant le fusd chargé et prêt à faire feu au moindre geste hosc( tile de cette population plus comprimée que satisfaite de ce a qu'elle voynit : les figures étaient mornes. {Révolution militaire « du 2 décembre, pages 269, 270.) »

Cependant, un certain nombre des républicains armés qui occupaient les barricades, entre la rue Saint-Denis et la rue Montmartre, avaient pu écliapper au mouvement convergent des troupes et s'étaient ralliés place des Victoires.

En peu d'instants, ils eurent barricadé, — faiblement il est vrai, — les rues du Mail, Pag vin, des Fosséi.-AIontmartre, etc. Lç 19' de ligne, commandé parle colonel Courand, les assaillit avant que leurs moyens de défense ne fussent complets, et les Jispersa après quelques minutes de fusillade. Des barricades tentée-, peu après, rue Saint- Honoré, rue des Poulies et dans les petites rues adjacentes, par un certain nombre de ces hommes de cœur, qui ne pouvaient se résoudre à leur défaite, furent enlevées par les troupes en position au Palais-Royal.

Tandis que, de deux à cinq heures, la fusillade el le canon tonnaient sur les boulevards et dans tous ces quartiers du centre de Paris, fouillés en tout sens par trente mille soldats, des incidents notables se produisaient sur d'autres points de Paris.

Dans le quartier latin, quelques groupes de jeunes gens tenaient en Haleine la division du général Renault, Des barricades étaient ébauchées ça et là, des coups de fusil échangés, notamment rue de la Harpe.

Un groupe audacieux causa vers trois heures une vive alerte à la Préfecture de police.

M. de Maupas, qui s'alarmait facilement, — c'est M. de Morny qui le mandait ce jour même dans une dépêche au général Magnan, — M. de Maupas se crut en péril.

Les dépêches suivantes échangées entre la Préfecture de police et le ministre de l'intérieur en font foi :

LE PRÉFET DE POLICE AU MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR.

« Jeudi 4 décembre.

« Barricades rue Dauphine; je suis cerné. Prévenez le général Sauboul. Je suis sans forces; c'est à n'y rien comprendre. »

LE PRÉFET DE POLICE AU MINISTRE DE l'inTÉRIEUR.

« Jeudi 4 décembre.

« On dit que le 12* de dragons arrive de Saint-Germain avec le comte de Chambord dans ses rangs comme soldat. « J'y crois peu. »

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