RÉPONSE DE M. DE MORNY
c Répondez en tirant par votre grille. »
LE PRÉFET DE POLICE AU MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR.
« Jeudi 4 décemtre.
c Mon devoir exige qu'on me rende mes canons et bataillons. Est-ce le général Magnan qui refuse de les rendra? »
LE PRÉFET DE POLICE AU MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR.
« Jeudi 4 décembre.
« Je suis rassuré pour le quart d'heure ; l'émeute de la rue Saint-Martin est écrasée ; mais je ne le suis pas pour la Préfecture de police, sur laquelle se replieront les insurgés après la défaite, j
Les vingt ou trente jeunes gens qui mettaient ainsi la Préfecture en alarmes par quelques coups de feu, tirés presque hors de portée, ne se doutaient guère qu'ils fussent aussi redoutables. Quelques-uns d'entre eux, alors étudiants, qui ont conquis de nos jours une honorable notoriété dans le journalisme, ont raconté depuis combien fut grande leur surprise lorsque, après plusieurs années, les dépêches qu'on vient de lire, révélées par M. le docteur Véron, leur apprirent l'effit produit par leur diversion.
Au même moment, la fusillade retentissait sur toute la ligne des quais, de l'Hôtel de Ville au Chdtelet. M. Mauduit, témoin oculaire de cet incident, l'a raconté de la manière suivante.
« La gauche de la colonne du général Marulaz touchait encore au pont d'Arco'e, lorsque partirent des croisées du quai Pelletier flusieurs coups maladroits contre le 44° et la lign (de tirailleurs que le commandant LarocheUe avait placés en avan Ide l'Hôtel de Ville, pour en protéger les abords.
« Toute la place, ainsi que les quais Pelletier et de Gèvre jusqu'au Ghâtelet, furent à Vinstant enfeu^ et de l'extrémité du pont Louis-Philippe, je crus, pendant plus d'un quart d'heure, et crus, en vérité, assister à un com'at des plus sérieux. Plus de vingt miîle cartouches f renl brûlées, des milliers de carreaux brisés, mais seulement quelques hommes tués ou blessés dans les deux camps; les socialistes n'ayant exécuté /fur o//a(/ije qu'avec des forces disséminées dans les maisons, et trop insuffisantes pour tenter un hourra sur l'Hôtel de Ville. » (Mauduit, p. 242.)
A neuf heures du soir, une centaine de combattants républicains, désespérés de l'effet produit sur la population parisienne par les événements de la journée, — surtout par ceux
des boulevards, que nous raconterons tout k l'heure, — résolus de ne pas survivre au désastre de la République, s'étaient groupés dans la rue Montorgueil ; ils avaient relevé les barricades, et s'étaient préparés pour un dernier combat. Parmi eux se trouvait Denis Dussouds, frère du représentant de la Haute-Vienne, Ame ardente, cœur loyal, Denis Dussoubs avait épousé les convictions républicaines, et sa vie, depuis dix ans, n'avait été qu'une lutte pour leur triomphe. Son frère, le représeutant du peuple, étant cloué au lit par une grave maladie , Denis Dussoubs , par une héroïque usurpation, s'était revêtu de son écharpe, et depuis deux jours payait vaillamment de sa personne. Au faubourg Saint-Martjn, il n^avait quitté les barricades qu'au dernier moment. Échappé par miracle aux colonnes du général Ganrobert, il avait rejoint, dans les rues étroites, qui serpentent sur les hauteurs au Petit-Carreau, ce groupe de désespérés qui voulaient îomber les armes à la main.
Le colonel du 51' de Hyne, M. de Lourmol, qui campait à la pointe Saint- Euslache, fut averti de la présence d'un dernier noyau d'hommes armés à peu de distance de sa position. 11 détacha le 2* bataillon de son régiment, commandant Jeannin, pour les débusquer. A la première barricade, Denis Dussoubs se présenta seul, sans armes. Un récent accident au bras droit ne lui eût pas même permis d'en faire usage. Il adressa d'une voix vibrante un appel aux soldats. On entendait, dit M. Belouino, sa voix de toui le quartier, a Malheureux soldats! disait-il, vous devez être « désespérés de ce qu'on vous a fait faire : venez à nous ! »
Le commandant, ému de l'accent douloureux de Denis Dussoubs, plus encore peut-être que de ses paroles, le conjura de se retirer, de ne pas tenter une résistance inutile. Après avoir encore harangué vainement les soldats, Denis Dussoubs remonta vers la barricade; il se retournait, poussant un dernier cri de « vivo la République! » lorsque quelques soldais, tirant sans qu'aucun ordre ait été donné *, le tuèrent de deux balles dans la tête. 11 tomba, et expira sur-le-champ.
Les trois premières barricades furent franchies au pas da
1. On a écrit à l'étranger que le commandant avait ordonné le feu. M. Schœlclier, qui a eu des renseignements circonstanciés sur ce triste épisode, affirme, de la manière la plus positive, que le comn.audant, au contraire, aurait voulu préserver Dussoubs, et que la décharge fut faite sans qu'aucun commandement eût été prononcé.
course par les soldats. A la quatrième, une lutte terrible s'engagea; elle fut courte, mais sanglante. C'est là, ont raconté les historiographes du Coup d'Etat, que furent relevés le plus de cadavres recouverts d'habits fins.
Des scènes affreuses suivirent la prise de cette barricade. M. Mauduit les laisse deviner par ces paroles que nous citons textuellement :
e Le k, dit-il, à neuf heures du soir, une colonne du 51* ena lève, non sans pertes, toutes les barricades que l'on venait de « reconstruire dans les rues Montorgueil et du Petit-Carreau, t Des fouilles sont aussitôt ordonnées chez les marchands de vin, « une centaine de prisonniers y sont faits, ayant la plupart les « mains encore noires de poudre, preuve évidente de leur parti- « cipation au combat. Comment alors ne pas appliquer à bon € nombre d'entre eux les terribles prescriptions de Vétat de siège ? t {RévoluHon militaire^ p. 248.)
Ces prescriptions, ÎNI. de Saint-Arnaud les avait affichées dans sa proclamation du 3 : « Tout individu pris construisant ou défendant une barricade, ou les armes à la main,