‹ Paris en décembre 1851Chapitre 49 sur 97 · TARN-ET-GARONNE — LOT — AYEYRON — LOT-ET-GARONNE · texte numérisé non relu

TARN-ET-GARONNE — LOT — AYEYRON — LOT-ET-GARONNE

Le Sud-Ouest. — Caractère de la résistance. — Agitation à Toulouse et à Bordeaux. — Agitation à Bergerac. — Tentatives dans les Pyrénées. — Un préfet n'adhérant pas au Coup d'État. — Troubles de Moissac. — Insurrection de Figeac. — Agitation à Rodez et Miltiau. — Plan d'insurrection à Agen . — Insurrection du canton de Lavardac. — Passage des bandes à Nérac. — Le plan échoue. — Insurrection de Vi'Ueneuve-sur-Lot. — La ville de Marmande. — Délibération du Conseil municipal. — Les délégués du peuple. — Résolution. — La Commission révolutionnaire. — Départ du souspréfet. — Le commandant Peyronni. — Proclamation. — Inrct.on des insurgés. — Marche des troupes. — Marmande dans la nuit du 7 au 8 décembre. — Départ des insurgés. — Combat de Sainte- Bazeille. — Les insurgés à Castelnau . — L'état de siège. — La répression.

.^^^ par les plus singulières variations d'idées. Ces populations, à l'imagination vive et ardente, railleuses, un peu sceptiques et cependant enthousiastes, n'avaient jamais eu de traditions politiques bien déterminées. Les Bourbons y étaient profondément oubliés et le nom de Napoléon aussi populaire qu'en Champagne ou eu Lorraine. De la Râ'olution, il restait un souvenir grandiose- de 89, — l'abolition de la féodalité, — et effrayant de 93.

La République y excita une profonde surprise qui se changea bientôt en l'enthousiasme le plus franc et le plus sincère. Mais ce premier sentiment dura peu. Les 45 centimes, le 15 mai et les journées de juin rejetèrent toute la contrée dans

la réaction. En 1849, la réaction y était à son apogée. Les élections pour l'Assemblée législative se firent en général sous son influence. De la fin de 1849 à 1851, les choses changèrent complètement de face. Non-seulement le parti démocratique regagna le terrain perdu, mais il poussa de profondes racines daas une contrée où, en 1847, il comptait à peins quelques individualités.

Le Coup d'État y surprit ce parti au milieu de ses préparatifs de lutte pour 1852. Bien que déconcerté et surtout peu habitué à résister à la capitale, sur une foule de points il essaya de protester.

Un trait commun à ces mouvements fut leur spontanéité, le défaut d'ensemble, et conséquemment le peu d'énergie de ,1a résistance. Cependant les protestations contre le Coup d'Etat y furent plus générales que dans le Centre. Lot-et- Garonne et Gers s'insurgèrent presque en entier. Nous consacrons un chapitre spécial à ce dernier département. Ajoutons que dans cette région les excès furent très-rares, et que rien n'y fait le pendant des tristes scènes de Glamecy et de Neuvy.

Bordeaux et Toulouse sont les deux grandes cités du pays, leur influence politique y est énorme. Leur attitude allait en quelque sorte commander celie de toute la région.

Une victoire du parti républicain dans ces deux villes aurait eu de très-graves conséquences-. Bordeaux grande, riche, peuplée, admirablement couverte par deux fleuves, limitrophe des Landes, de Lot-et-Garonne et de la Dordogne, où dominait l'opinion avancée, Toulouse serrée par l'Ariége, le Gers, le Tarn-et-Garonne et le Tarn, avec son immense arsenal, sa fonderie de cauons, auraient pu devenir les bases d'opérations d'une formidable insurrection pouvant lanc3r cent mille hommes armés sur le Centre, encorô frémissant des mouvements que nous venons de raconter.

Par contre, l'autorité, maîtresse de ces deux villes, rendait impuissantes les tentatives insurrectionnelles des départements voisins.

Toulouse ne pouvait causer à l'autorité de bien graves inquiétudes. Une garnison nombreuse d'infanterie, avec deux régiments d'artillerie, était en mesure de comprimer une résistance même plus énergique que celle qu'aurait pu tenter la démocratie toulousaine. La situation n'y fiit devenue grave qu'au cas peu probable où une attaque des républicains du Gers et de Tarn-et-Garonne aurait forcé de détacher au

dehors la majeure partie de la garnison. Il ne paraît pas, du reste, que le parti démocratique de Toulouse ait songé à autre chose qu'à une protestation pacifique.

Le 4 décembre, les journaux rÈmancipation et la Civilisa' lion publièrent, en effet, une protestation signée de plus de soixante noms, appartenant pour la plupart à la bourgeoisie des diverses nuances de l'opinion républicaine. On remarquait parmi les signataires MM. Grubailhes, Marie Achard, Isidore Janot, Armand Dupartal, Gazeneuve, Lucet, Tachoire, tous rédacteurs des journaux précités; Saint-Gresse, avocat, Baiiguel, ex-préfet, Mule, ex-conslituant, Pégot- Ogier, ex- constituant, des conseillers généraux, d'anciens commissaires du Gouvernement provisoire, etc. ^ Cette protestation, répandue à profusion, produisit un effet considérable. Vers midi, une foule immense se porta devant l'Hôtel de Vill^ de Toulouse, le Capitole. Son attitude était telle qu'on put craindre une collision sanglante. Un aide de camp fut assailli par le peuple et essuya un coup de pistolet. Des pièces de canon furent braquées de manière à balayer les rassemblements, et des charges de cavalerie dispersèrent la foule.

De nombreuses arrestations furent opérées dans la nuit, et les hauts fonctionnaires qui avaient adhéré au Goup d'État ne tardèrent pas à demeurer maîtres absolus de la situation.

A Bordeaux, la situation de l'autorité était infiniment plus difficile. La garnison ne comprenait guère que quinze à dixhuit cents hommes d'infantei ie, deux cents chevaux et quelques canons. G'est avec ces forces peu considérables que le préfet, M. Haussmann, et le général d'Arbouville devaient contenir une population de cent quarante mille âmes, en partie hostile et qui pouvait se grossir en vingt-quatre heures de plusieurs milliers d'insurgés de Lot-et-Graronue. On s'accorde à dire que MM. Haussmabn et d'Arbouville déployèrent beaucoup de décision et d'énergie. Ils firent consigner les troupes dans leurs casernes, renforcèrent tous les postes, et ie tinrent prêts à combattre avec vigueur toute tentative de résistance.

L'agitation produite par les nouvelles de Paris avait été sans exemple à Bordeaux depuis de longues années. Des réunions fréquentes eurent lieu chez plusieurs des hommes

1. Voir, pour la liste complète (les signatures, les journaux de Touleuse du 5 décembre 1851.

influents du parti républicain. On y discuta avec ardeur la conduite à tenir. Des ouvriers, des jeunes gens du commerce pressaient les chefs du parti démocratique de descendre dans la rue. Le peuple, disaient-ils, n'attendait que leur exemple pour engager le combat.

Ces exhortations ne furent pas écoutées. Pour diverses raisons très-sérieuses et très-respectables, quoique peut-être impolitiques dans la circonstance, les principaux chefs du parti républicain ne crurent pas devoir pousser à la résistance armée. Ils insistèrent pour que l'on attendît avec calme le résultat des événements à Paris.

Le vendredi, malgré leur constante abstention, des masses énormes d'hommes du peuple encombrèrent les abords de la Préfecture, du théâtre, les allées de Tourny, les fossés du Chapeau-Rouge, criant : Vive la République! vive la Constitution ! Des charges de cavalerie dissipèrent ces rassemblements.

Le 6, une proclamation de M. Haussmann annonça au peuple que tout attroupement serait dispersé par les armes sans sommation, et que tout individu saisi porteur d'armes apparentes ou cachées, serait traité avec toute la rigueur des lois de la guerre *. On sait ce qu'il faut entendre par cette expression.

Néanmoins, cette journée fut la plus agitée. Le peuple ne Youlait pas croire aux dépêches annonçant que la tranquillité régnait à Paris ; le faux bruit de la marche sur Bordeaux des insurgés de Lot-et-Garonne surexcitait les esprits.

Le soir, une foule immense se rassembla aux mêmes lieux que la veille. Son attitude était menaçante. L'infanterie chargea ostensiblement ses armes devant le peuple, et la cavalerie, renforcée de deux escadrons arrivés de Libourne, exécuta des charges réitérées et parvint à dissiper les rassemblements sans effusion de sang.

Dans les journées suivantes, la tranquillité se rétablit par degrés.

Cette attitude de Bordeaux et de Toulouse exerça la plus grande influence sur les mouvements des départements voisins. Dépourvus de lien, sans la force morale que donne la possession d'une grande cité, menacée par les troupes détachées des grandes villes, les divers groupes de communes insurgées ne présentèrent qu'une faible résistance.

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