‹ Paris en décembre 1851Chapitre 50 sur 97 · Ces arrêtés sont mentionnés au Moniteur · texte numérisé non relu

Ces arrêtés sont mentionnés au Moniteur

Le département de la Dordogïïe resta assez calme.

La seule ville de Bergerac éprouva une assez vive agitation. Le 3, au soir, le maire vint inviter le sous -préfet, M. Gastaing, à se rendre àlaMairie pour assister à une délibération du Conseil municipal, convoqué à la nouvelle des événements, La place était encombrée de peuple. Un citoyen, nommé Sarrazin, haranguait la foule en ces termes :

— Citoyens, la Constitution est violée; le Président de la République est hors la loi ; il n'y a plus d'autorité ; c'est en nous que réside le droit ; préparons-nous à descendre dans la rue *.

Le commissaire de police alla droit à cet homme et l'arrêta. Le sous-préfet et le maire passaient en ce moment. Le souspréfet confirma l'arrestation et ordonna de conduire Sarrazin en prison. Celui-ci appela à l'aide, et la foule le délivra dans le trajet.

Le Conseil municipal, après une orageuse discussion, refusa de voter la déchéance des autorités demandée par plusieurs membres démocrates. Le lendemain l'un des républicains qui poussaient à la résistance fut arrêté, mais relâché bientôt pour calmer l'effervescence populaire. Toutes les brigades de gendarmerie de l'arrondissement se concentrèrent à Bergerac par ordre du sous-préfet. Le 5, il y eut recrudescence d'agitation, mais tout ce mouvement se calma bientôt sans avoir pris des proportions sérieuses.

Le département des Landes resta calme, bien qu'il fût des mieux acquis à l'opinion démocratique.

A Bayonne (Basses-Pyrénées), une partie du Conseil municipal se réunit à la Mairie dans la journée du 4, et y rédigea une énergique protestation contre le Coup d'Etat, suivie d'un appel à la résistance. Le sous -préfet essaya vainement de faire renoncer les conseillers à leur dessein. Il finit par employer la force armée. La troupe entoura l'Hôtel de Ville, et sommation fut faite aux conseillers municipaux de se séparer. Sur leur refus réitéré, les portes de la salle furent enfoncées et les conseillers arrêtés sur leurs sièges. Cet événement fut suivi d'une vive agitation; la garnison occupa les points stratégiques, on fit évacuer une imprimerie d'où M. Gapo de Feuillids appelait le peuple aux armes. D'assez nombreuses arrestations furent opérées, et le calme ne tarda pas à se rétablir.

1. Ces expressions du sieur Sarrazin lui sont attribuées par le Moniteur, auquel nous empruntons ce récit.

A Pau, chef-lieu du département, la Préfecture fut menacée par une foule nombreuse, où l'on remarquait MM. Lamaignère, avocat, Danton, Minvielle, etc. L'arrivée de la troupe et quelques charges de gendarmerie dissipèrent le peuple.

Dans la commune de Goarraze, à quelques lieues de Pau, la garde nationale s'était réunie, à la voix de M. Minvielle, pour marcher sur le chef-lieu; un avis de Pau contremanda le départ.

• Dans les Hautes-Pyrénées, de promptes mesures arrêtèrent, dès le début, un mouvement qui pouvait devenir grave. La ville de Bagnères-de-Bigorre et presque tout l'arrondissement étaient acquis au parti démocratique ; la prise d'armes y avait été résolue. Un ancien sous-officier d'artillerie, M. Gigoux, homme énergique qui avait figuré dans les troubles de Lyon, en 1840, devait diriger le mouvement. L'occupation de Bagnères par un escadron de hussards et quelques arrestations prévinrent l'insurrection *,^

L'Ariége ne fut troublé que par une vive agitation à Pamiers et sur quelques autres points.

Dans le Tarn, la ville manufacturière de Mazamet causa de vives inquiétudes. Des troupes dirigées sur ce point maintinrent la tranquillité.

Le département de Tarn-et-Garonne offrit l'exemple unique d'un préfet refusant d'adhérer à l'acte du 2 décembre. Voici comment M. Pardeilhan-Mezin l'annonçait à ses administrés :

« Un grand événement vous est annoncé : les circonstances vous demandent plus que jamais l'ordre, l'union, la paix. Vos intérêts les plus chers et les plus sacrés vous y convient. Cependant la conscience a des appréciations souveraines et des lois inflexibles. J'ai donc demandé un successeur; mais jusqu'à son arrivée, je veillerai sur tous vos intérêts; j'associei^ai mes efforts à ceux des magistrats élus par vous. Mes préoccupations les plus ardentes seront pour le maintien de votre tranquillité. Je m'y dévouerai avec le zèle d'un homme qui est l'hôte reconnaissant et l'ami sincère de votre beau pays, avec la fermeté d'un magistrat résolu dans l'accomplissement de ses devoirs.

Montauban, le 3 décembre 1851. »

L'ordre matériel ne fut pas troublé à Montauban.

1. Voir, pour les mouvements des Pyrénées, le Mémorial des Pyrénées du 5 décembre et'numéros suivants; — M.Claverie, officier, nommé dans les précédentes éditions, à propos de ragitatioa du 4 décembre ù Pau, ne fut arrêté et déporté que plus tard.

Il n'en fut pas de même à Gastel-Sarrazin et à Moissac. Dans cette dernière ville, surtout, les essais de résistance furent graves.

L'arrivée des troupes de Toulouse rétablit l'ordre. Un trèsgrand nombre de citoyens furent arrêtés, parmi lesquels MM. Chabrié, Manau, Bousquet, etc.*.

A Gahors, chef-lieu du département du Lot, le maire, tout le Conseil municipal, le secrétaire général de la Préfecture, donnèrent leur démission.

Des troubles eurent lieu à Saint-Céré et à Figeac. Cette dernière ville, chef-lieu de Sous-Préfecture, se mit en pleine insurrection ! la Mairie, la Sous-Préfecture, la gendarmerie, furent occupées par le peuple. Une Commission révolutionnaire s'installa et proclama, en vertu de l'article 68 de la Constitution, le refus d'obéissance de la ville au Président de la République. Cette Commission fît respecter scrupuleusement les personnes et les propriétés ; aucune espèce d'excès ne fut commise. Les nouvelles de Paris mirent fin à cette résistance.

Le département de l'Aveyron ressentit une assez vive agitation.

A la première nouvelle des événements, des rassemblements considérables se formèrent à Rodez, devant la Préfecture. Trois républicains influents, MM. Boulommié et Labarthe, avocats, et Galtayres, banquier, se présentèrent dans le cabinet du préfet, en le priant de leur communiquer les dépêches qu'il avait reçues ; le préfet y consentit ; ces messieurs sortirent après en avoir pris connaissance. Sans délibérer plus longtemps, ils engagèrent le peupie à la résistance. La foule, enflammée par leurs paroles, se précipita sur la Préfecture et en força l'entrée, malgré la résistance du poste. Une proclamation, improvisée, séance tenante, annonça au peuple la constitution d'un Comité de résistance présidé par M. Caussanel. L'arrivée du général Gouvenain, avec les troupes de la garnison, mit fin à cette invasion de la Préfecture. Le lendemain, l'agitation recommença. M. de Monseignat, ex-conseiller de préfecture, se présenta au préfet et l'mvita à se démettre de ses fonctions. Le préfet ne goûta pas la proposition, et M. de Monseignat sortit en annonçant que le peuple aviserait.

1. C'est dans le Mémorial des Pyrénées que nous avons trouvé la proclamation de M. Pardeilhan-Mezin.

Une Commission de seize membres se constitua pour organiser la résistance, sous le nom de Commission constitutionnelle. Pendant ce temps, le tocsin sonnait dans les campagnes, vers l'arrondissement de Yillefranche. Le bourg de Marcillac se souleva. Des bandes armées arrivèrent jusqu'au faubourg de Rcdez. La retraite volontaire des insurgés évita une collision imminente. De nombreuses arrestations furent opérées et assurèrent le maintien de la tranquillité ^

Des tentatives semblables se produisirent à Saint-Affrique et à Milhau. Dans cette ville, un Comité de résistance s'établit à la Mairie. Il était dirigé par des hommes de la bourgeoisie: INIM. Tarayre, Yalibourza, Rozier, etc. L'indifférence du peuple, qui se montra, disent les feuilles da temps, peu disposé à prendre les armes, rendit cette tentative impuissante. La gendarmerie suffit pour rétablir la tranquillité ^.

Le département du Lot-et-Garonne fut le théâtre d'un mouvement plus sérieux, et qui mérite des détails circonstanciés.

Ce département, formé du fertile Agenais et d'une partie des landes de Gascogne, était un de ceux du Sud-Ouest où. dominait le 'plus l'opinion démocratique. Les villes , sauf Nérac et Tonneins, appartenaient toutes à ce parti, a'nsi que la majorité des campagnes. La proximité de Bordeaux donnait une importance toute particulière aux mouvements du pays.

Le chef-lieu, Agen, est une ville de quinze mille âmes, bâtie au pied d'une haute colline, sur la rive droite de la Garonne. L'opinion y était très-divisée, et les deux partis fort ardents.

Dès le 3 décembre, une réunion démocratique, tenue chez AL Yivens, décida, assure-t-on, qu'il fallait résister par les armes. Cette résolution prise, un plan fut improvisé surle-champ. Il n'était pas trop mal conçu. Agen n'avait pour garnison qu'un bataillon de dépôt. Une colonne d'insurgés, venue de l'arrondissement de Nérac, devait se présenter par la rive gauche et menacer les ponts de la Garonne. Pendant ce temps, une autre colonne, venue de Villeneuve, devait se joindre aux républicains de la ville et mettre la petite garni-

1. Ces détails sont extraits des journaux du temps. Ils ne sont sans doute ni très complets, ni exats de tous points. L'absence d'autres sources de renseignements nous force de nous borner là.

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