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Voici la déposition de cette femme

Marie Baymond, femme Serai, fileuse. — Je fermai à demi les volets et j'aperçus sur la grande route un jeune homme qui passait. Un coup de fusil partit de la gendarmerie, puis un second qui l'atteij-'nit. Le gendarme Bruguière sortit pour l'aborder, et, le colletant, il li,i dit

Presque simultanément, le maréchal des logis couchait en joue un vieillard de soixante-dix ans, nommé Gabrol (Etienne), et le tuait roide d'un coup de carabine.

Gabrol était-il armé ? — Le juge de paix Bonnes, chargé de la première instruction, déclare que non. Cabrol, dit-il dans son rapport, était inoffensif et venait d'acheter deux sous de fromage.

Le président du Conseil de guerre déclare, de son côté, que Fin^truction a démontré que Gabrol était armé d'un fusil. Toutefois, on n'a jamais dit qu'il eût aucunement provoqué le maréchal des logis.

Léotard et Bruguière, comprenant trop tard quelle serait la conséquence de ce début, que l'on aurait le droit de qualifier de double meurtre, renti-ent en fermant solidement la porte. « Montons au premier, dit le maréchal des logis, • et défendons-nous. Dans cette position, tant que nousaurons des cartouches , nous pouvons braver tout ^darieux. »

Il faut renoncera peindre l'explosion de fureur qui ébranla la ville, lorsque le bruit de ce que nous venons de raconter se fut répandu. Tous les témoins s'accordent sur cet eilrayant tableau.

Une foule exaspérée se rua vers la caserne, en criant: Vengeance ! mort aux assassins ! mort à ces brigands ! Les femmes, surtout, étaient furieuses. Leurs cris, leurs injures, leurs menaces, exaltaient la colère des hommes jusqu'à la rage.

Une fusillade terrible est dirigée sur les fenêtres de la gendarmerie pendant qu'on essaye d'ébranler la porte. Les gendarmes ne songent pas à fuir. Ges six hommes se d'ifendent avec l'énergie du désespoir. Ils ripostent de leurs fenêtres et tirent sans relâche. Un jeune homme de Bédarieux, Philibert Marcounié, reçoit six blessures. L'exaspération du peuple redouble. Les efforts pour enfoncer la porte, sont vains. Un cri s'élève : « La feu ! il faut y mettre le feu I » Une foule d'ouvriers se précipite chez des boulangers voisins ; ils

«Tu es blessé, cochon, tu es blessé ! » Le jeune homme criait : a Mes amis, à mon secours'. « Je* m'avançai malgré les coups de feu, et je fls rentrer ce jeune homme à la maison.

if. le Pré'<id"nt. — Vous n'aviez pas dit dans l'instruction que Bruguière se tût servi de l'expression cochon. Le témoin. — Il a bien dit ainsi : « Tu es blessé, cochon! » (Extrait de la Gazette dos Tribunaux. Voir la collection du mois de juin 1852, procès de Bédarieux.)

emportent une masse de fagots et courent les entasser contre la porte de la caserne. Eientôt la flamme brille, et la lueur rougeâtre de l'incendie vient éclairer cette scène sinistre.

Les gendarmes protégés par les murs étaient jusque-là sans blessures. Le maréchal des logis prie la femme de l'un d'eux, Mme Flacon, de regarder par une fenêtre s'il ne vieut pas d'assaillants de ce côté. La pauvre femme fait quelques pas ; une balle qui vient de frapper contre la muraillq ricoche et lui traverse le crâne. Son mari court à elle; il la relève, la place sur son lit et retourne au feu *.

Cependant la fl; mme gagnait ; la fumée suffoquait les gendarmes; les munitions commençaient à s'épuiser et la porte cédait sous les coups des assaillants.

« Il n'y a plus moyen de résister, faisons la paix, dit Léotard. Flacon, paraissez, et dites que nous nous rendons »

Flacon parait; il essaye de parler: A m.ort! à mort! crie la foule, et il essuie .jjlus de vingt coups de fusil. Ilrecule blessé, puis essaye de reparaître k une autre croisée et reçoit une nouvelle blessure, il veut alors sortir avec ses enfants. Impossible : la foule les repousse.

La femme du gendarme Sellère sort alors avec quelques enfants de ses compagnes. Ils crientgrâce! pour eux et pour les gendarmes.

a Sortez, vous autres, répondent les ouvriers, mais pas de grâce pour les hommes! »

La femme Selière sort alors avec ses enfants ^.

Malgré les cris de fureur de la foule, le gendarme Sellère essaye de suivre sa femme. Vingt fusils étaient déjà braqués sur sa poitrine, lorsqu'un homme de haute taille, l'un des chefs du mouvement, un républic in convaincu, Eugène Combes, se jette devant les fusils.

« Je croyais que c'était Circq ou Flacon, dit-il au gendarme; c'est égal, je ferai pour vous ce que j'aurais fait pour eux. »

Il lui fait un rempart de son corps et le conduit en sûreté. Sellère lui dit alors : « Si vous pouviez sau\er mon cheval. » Le généreux jeune homme s'élance vers l'écurie, prend le

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