Déposition de M. Nougaret
serait probablement parvenu, sans une provocation insen-^ôe du maréchal des logis Léotard, provocation qui entraîna d'affreux malheurs que M. Bonnal ne pouvait prévoir ni prévenir.
Vers les sept heures du soir, quelques sentinelles avaient été placées dans la rue du faubourg nommé le Barris, où se trouvait la caserne de gendarmerie. Il parait que ces sentinelles avaient reçu l'ordre très-naturel dans ia circonstance, de veiller à ce que les gendarmes ne quittassent pas leur caserne. La circulation n'avait cependant pas été interdite sur la grande route ; quelques groupes s'y montraient, et les débats ont prouvé qu'il n'existait en ce moment aucun projet d'attaque contre la gendarmerie.
Le maréchal des logis Léotard achevait d'écrire trois dépêches que les gendarmes Oircq et Laœm devaient aller porter. G^ux-ci donnaient à manger à leurs chevaux. Un peu avant sept heures, le domestique du maire vint porter au maréchal des logis une dépêche que son maître le priait de joindre aux siennes.
Le maréchal des logis la prit et dit au gendarme Bruguière de descendre pour accompagner le domestique. Le gendarme alla jusque dans la rue et rentra précipitamment en annonçant qu'un insurgé l'avait couché en joue. Gelait probablement l'une des sentinelles ^
Le maréchal des logis se lève furieux. Tl était sans doute, dans un de ces moments de surexcitation où l'homme n'a plus le libre exercice de ses facultés mentales. La folie seule peut expliquer sa conduite. Il saisit ses armes et crie aux gendarmes de prendre leurs carabines. Il descend accompagné de Bruguière qui partageait sa fureur. Ils sortent : il n'y avait que peu de monie dans ]a rue. Un tout jeune homme passait. Bruguière l'ajuste et fait feu. Le malheureux, frappé d'une balle, chaucelle en criant : « Au secours! mes amis, au secours! » Bruguière court à lui, le saisi; rudement. — Tu es blessé, c... ., lui dit-il, tu es blessé. » Une jeune femme sort d'une maison voisine et entraîne chez elle le malheureux jeune homme ^