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LE PRÉFET DE POUCE AU MINISTRE DE L'INTERIEUR

ft Le jeudi 4 décembre 1S51, 1 h, 15 m.

« Les nouvelles deviennent tout à fait graves. Les insurgés occupent les mairies, les boutiquiers leur livrent leurs armes. La mairie du Y* est occupée par les insurgés ; ils se fortifient sur c« point. LaUstr grotsir maintenant serait un acte de haute imprudence. Voilà le moment de frapper un coup décisif. Il faut le bruit et Teffet du canon, et il les faut tout de suite. Ne laissons pas répandre le bruit qu'il y a de l'indécision dans le pouvoir : ce serait donner une force morale inutile à nos ennemis.

a Le Préfet de police^ « Signé : De Maupas. b

LE PRÉFET de POLICE AU MINISTRE DE L^INTÉRIEUR.

« Jendi A décembre.

« Les barricades prennent de grosses proportions dans le quartier Saint-Denis. Des maisons sont déjà occupées par Témeute. On tire des fenèjtres. Les barricades vont jusqu'au

deincième étage. Nous n'avons encore rien eu d'aussi sérieux. » (Dépèches reproduites dans les Mémoires d'un bourgeois de Paris, par le docteur Véron.)

M. de Moray, à ce que raconte le docteur Véron, avait poussé, de sa personne, une reconnaissance vers les quartiers en armes. Rentrant au ministère de Tintérieur, « et trouvant son entourage pâle, effrayé à cette « nouvelle que de nombreuses barricades s*étaient éle- « vées dans Paris« il dit à tous avec une chaleureuse « gatté : Gomment ! hier vous vouliez des barricades, on « vous en fait, et vous n'êtes pas contents?... » (ïextnél : Mémoires d'utt bourgeois de Paris, tome 6% page 210).

Un peu plus tard, vers une heure sans doute, il adressait au général Magnan une dépêche \)ù Ton remarque ces mots : « Je vais, d'après votre rapport, faire fermer les clubs des boulevards. Frappez ferme de CE CÔTÉ. » {Mémoires d'un bourgeois de Paris, tome 6®, pages 208 et 209).

Le moment, en effet, était venu où le plan de campagne, révélé par les dépêches du 3 de M. de Morny au général Magnan, et définitivement résolu dans le conseil militaire de la veille, pouvait s'exécuter avec un plein succès.

Les barricades en effet étaient déjà nombreuses et suffisamment fortes pour que leurs défenseurs fussent tentés d'accepter le combat. Le nombre de ceux-ci n'était pas assez considérable pour que l'issue de la lutte fût douteuse; mais ils formaient un noyau d'élite, comprenant les hommes les plus énergiques du parti républicain, ouvriers et bourgeois: s'il leur était donné

d'entretenir pendant encore une journée la guerre d'escarmouches, leur nombre allait se décupler, et la matinée du lendemain les aurait trouvés formidables. En enveloppant- par de grandes masses de troupes les quartiers où ils s'étaient retranchés, en attaquant avec Vigueur, on pouvait écraser, d'un seul coup, ce que Paris révolutionnaire comptait d'hommes les plus intrépides.

L'occasion était opportune pour faire la guerre de villes, comme l'entendait M. de Momy.

En « frappant ferme it sur les boulevards, on allait couper court à l'opposition bourgeoise ; il n'y aurait pas à redouter de voir le lendemain, ainsi qu'en fitrrier, les uniformes de la garde nationale, mêlés aux blouses et aux paletots des insurgés.

Les soldats, parfaitement reposés, tenus depuis! la veille hors du contact de ta population, largement fournis de vivres et de vins, étaient dans des dispositions aussi bonnes que le gouvernement pût le désirer.

Il est certain qu'on a eu raison de dire qu'en 1830 et en 1848 le manque de soins matériels avait fortement contribué à abattre le moral des troupes. L'administration avait soigneusement pourvu à ce qu'un pareil accident ne se renouvelât pas (1).

Il n'y avait pas non plus, isolés dans les quartiers en armes, de faibles postes, de patrouilles détachées, à

(1) Nous lisons, entre autres détails, dans le Moniteur parisien, da 6 décembre: — « Les Tins^ les mets, leur ont été prodigués, a — Ce journal parle des soldats qui campèrent, le soir du A, sur les boulevards. Mais il est bien légitime de penser qu'on n'avait pas attendu l'issue de la lutte pour bien traiter les soldats. Mille témoins oculaires

Tattaque desquels les révolutions antérieures avaient dû leurs premiers succès et la troupe ses premières causes de démoralisation.

L'emploi de cette tactique militaire, différente des anciens errements, a été certainement la cause déterminante du désastre des républicains. Plusieurs de ceux qui ont échappé sains et saufs des luttes de l'après-midi nous ont dit que le mouvement révolutionnaire leur avait paru, dans le commencement de la journée» plus sérieux qu'il ne Tétait le 23 février.

Le Comité dé résistance s'était réuni dans une mai- Mn voisine des boulevards. Les nouvelles favorables y affluaient* L'un des membres du Comité a raconté quelques détails significatifïii *— ^ Paris est parti 1 > -^ disait en entrant un vétéran des luttes révolutionnaires, qui venait de parcourir divers quartiers de la capitale. — « Maintenant qu'un régiment hésite ou « qu'une légion sorte, et Louis-Napoléonest. perdu ! » s'écriait M. Jules Favre, frappé des progrès croissants de l'excitation populaire.

Il semble qu'à la Préfecture de police, l'impression ne fut guère différente, quant aux faits, bien entendu. On a vu plus haut ce mot de la dépêche de M. de Maupas : » — Laisser grossir maintenant serait un acte « de haute imprudence... Il faut le bruit et l'effet du « canon, et il les faut tout de suite... »

^vent éncorOf qui ont ta dans la matinée, les tfonpM tn position, aux Champs-Elysées, man^^ et boire copieusement. Plusieun militaires présents nous ont dit à nous-mêmes, peu d'années après, que, sous ^e rapport des soins matériels, les choses avaient été très-largement &ite# dans cette matinée.

Le général Magoan dit aussi dans son rapport inséré au Monitmr :

« A midi, j'appris que les barricades derenaient formidables et que les insurgés s*y retranchaient; mais j*avais décidé de n'attaquer qu'à deux heures, et, inébranlable dans au», résolution, je n'avançai pas le moment, quelques instances qa%*a me ftt pour cela. »

Vers une heure, la barricade du boulevard, entre le Gymnase et la Porte-Saint-Denis, était presque terminée. Une jeune femme, debout, entre deux ouvriers armés, à la cime de la barricade, lisait un appel des représentants de la gauche. La foule applaudissait. Un rassemblement tentait de pénétrer dans la mairie située aujourd'hui rue Drouot, demandant des armes. Sur les boulevards Montmartre et des Italiens, une foule immense, très-animée, ^'agitait, poussant les cris de Vive la République ! Vive la Constitution! entremêlés de cris diretteinent injurieux pour le Président de la République.

Cependant, sur toute la ligne des boulevards, depuis le théâtre du Gymnase jusqu'à la Madeleine, on n'apercevait pas d'hommes armés et il n'y avait pas de traces de barricades.

Un peu avant deux heures, les troupes commencèrent leur mouvement. *

La division Carrelet déboucha de la place Vendôme et de la Madeleine, dans Tordre suivant : en tète la brigade du général de Bourgon, puis les brigades des généraux de Cotte et Canrobert. Ces troupes d'infanterie étaient appuyées par plusieurs batteries de

canons et d'obusiers^ douze ou quinze bouches à feu. La cavalerie du général Reibell, deux régiments de lanciers, fermait la marche de la colonne.

La brigade du général Dulac, appartenant à la même division, prenait position à la Pointe-Saint- Ëustache, près des Halles. Les régiments quilacomposaient étaient appuyés par une batterie d'artillerie.

Le général de division Levasseur formait en colonnes, aux abords de rHôtel-de-Ville, les brigades Herbillon et Marulaz, et prenait position aux débouchés des rues du Temple, Saint-Martin et Saint- Denis.

La brigade de Courtigis se disposait à quitter la barrière du Trône pour balayer les barricades qui venaient de s'élever dans le faubourg Saint-Antoine.

Sur la rive gauche de la Seine, le général Renault occupait, avec sa division, le Luxembourg, la place de Saint-Sulpice, l'Odéon, le Panthéon, la place Maubert et maintenait ainsi le quartier des Ëcoles et le fau« bourg Saint-Marceau. La Préfecture de police^'située dans la Cité, était gardée par des forces imposantes.

Si le lecteur n'a pas perdu de vue la position des quartiers barricadés, formant le centre de la résistance, il verra que les républicains qui avaient pris les armes allaient être assaillis et enveloppés par un mouvement convergent des brigades de Bourgon, de Cotte, Canrobert, d'un côté, les brigades Dulac, Herbillon, Marulaz, de l'autre. Ce n'était pas moins de trente mille hommes, agissant par masses, dont ils devaient affronter le choc.

On se demandera, sans doute, quel était le nombre

des citoyens armés qui occupaient les barricailes? Quelque difficile qu'il soit de faire une telle évaluation, il n'est pas impossible d'arriver à un chiflTre approximatif.

On s'accorde à dire qu'il y avait une centaine de combattants à la Porte^ Saint-Denis, cent cinquante etiviron à la grande barricade dans la rue du même nom, un pareil nombre, aux abords des Arts et Métiers, deux cent cinquante, au plus, dans le faubourg Saint-Martin, sept h huit groupes de quinze h vingt hommes chacun, dans les petites rues qui donnent vers la rue Montmartre, quelques groupes de même force dans celles qui avoisinent la rue du Temple, près des boulevards. C'est-à-dire, huit h neuf cents hommes environ, dans les positions qui allaient affronter le choc des quinze mille soldats des brigades de Bourgon, de Cotte, Canrobertet Reibell.

Du côté opposé, faisant face aux quais, entre les Halles et l'Hôtel-de-Ville, il y avait à la grande barricade de la rue de Rambuteau, un rassemblement de deux cents hommes environ, flanqués, dans les rues voisines, par divers groupes de quinze à vingt combattants : tout au plus quatre cents hommes armés en face des trois brigades Dulac, Herbillon et Marulaz.

On n'est guère au-dessous de la vérité en évaluant à un total de douze cents hommes armés ceux des républicains qui s'apprêtaient à combattre*

A mesure que les troupes de la divison Carrelet défilaient sur les boulevards, la foule qui couvrait la chaussée refluait sur les trottoirs et se massait au coin des rues adjacentes. Elle regardait passer les

soldats, tantôt silencieuse^ tantôt criant : « Vive la République ! vive la Constitution! i> Sur quelques points des oris plus acccentués se faisaient entendre : « A bas les prétoriens! A bas Soulouque! » A deux heures, la brigage de Bourgon» qui formait la tète de colonne^ arriva h quelques pas des premières positions des républicains. Les quinze ou vingt hommes qui se tenaient embusqués derrière les voitures renversées près du Gymnase, n'avaient pas abandonné leur poste, malgré la masse énorme de troupes qui marchait vers eux* Une pièce de 'canon fut braquée et tirée contre la petite barricade. Le premier boulet passa par dessus. Les républicains ripostèrent par quelques coups de feu. Ce furent^ autant qu'on peut en juger, les premiers échangés dans la journée. L'infanterie, 33^ et 68® de ligne, fut, peu après, lancée en avant par le général de Bourgon; elle enleva rapidement les barricades du boulevard, près de la porte Saint-Denis, balaya à coups de fusil toute la partie des boulevards comprise entre le faubourg Saint-Denis et le Ghâteau-d'Eau, puis tournant à droite s'engagea dans les quartiers barricadés par la rue du Temple.

La brigade de Gotte suivit bientôt après ce mouvement. Le 12^ de ligne, appuyé par plusieurs pièces de canon, pénétra dans la rue Saint-Denis, où s'élevait la grande barricade dont nous avons parlé. Il fut arrêté court par la plus énergique résistance.

Pendant ce temps, une partie de l'infanterie du général de Gotte, toute la brigage Canrobert et la cavaerie du général Reibell demeuraient massées sur

les boulevards Bonne-Nouvelle, Poissonnière, Montmartre et des Italiens.

Tout h coup, vers trois heures, une épouvantable fusillade, entremêlée de coups de canon, retentit sur toute cette ligne des boulevards où n'avaient été aperçus jusqu'alors ni barricades, ni insurgés.

Le récit de cet événement, h jamais lamentable, qui devait exercer une influence si décisive et qui fut si fécond en désastres, mérite d'être exposé à part, avec un soin spécial; Nous nous bornons à noter l'heure où il se produisit, nous réservant d'y revenir amplement, lorsque nous aurons achevé de raconter les opérations militaires qui se poursuivaient, indépendamment des faits du boulevard.

Le général de Cotte, dont la brigade avait reçu ordre d'enlever les barricades de la rue Saint-Denis et des rues adjacentes, vient bientôt diriger lui-même l'attaque du formidable obstacle qui arrêtait le 72« de ligne.

La barricade se dressait au point où la rue Saint- Denis décrit une courbe. On ne pouvait la battre en brèche à coups de canon, sans entamer les maisons voisines. Formée d'ailleurs de masses de pavés, elle était d'une solidité exceptionnelle.

Ses défenseurs communiquaient par un passage avec leurs Camarades qui gardaient les barricades de la rue Saint-Martin. Ils avaient établi une fonderie de balles et une ambulance dans le passage. Le drapeau tricolore du poste des Arts et Métiers flottait à la cime de la barricade.

Il y avait lèt cent cinquante hommes d'une rare bra-

voure. Nous regrettons de ne pouvoir donner avec certitude les noms d'aucun d'entre eux. On a cité cependant parmi eux un représentant du peuple, M. Carlos-Forel, un professeur, M. David, qui fut tué.

Pendant une heure de temps, quatre pièces de ca non en batterie sur la chaussée du boulevard, tirèrent sans relâche à obus et boulets. La barricade fut entamée, mais on ne put faire lâcher prise k ses défenseurs. Plusieurs soldats du 6® d'artillerie furent blessés sur leurs pièces. L'infanterie de ligne, 72®, essaya vainement plusieurs attaques à la baïonnette. L'une d'elles fut meurtrière. Le colonel et le lieutenant-colonel du régiment mirent pied h terre pour enlever leurs grenadiers; ils les conduisirent au pas de charge jusqu'à quelques mètres de la barricade.

Les républicains qui avaient réservé leur feu, les accueillirent par une véritable grêle de balles. Le colonel Quilico tomba grièvement blessé; le lieutenant-colonel Loubeau fut tué raide; trois autres officiers et plus de trente soldats étaient tombés tués ou blessés ; presque au même moment, le général de Cotte avait son cheval tué sous lui.

Le 72® de ligne, repoussé en désordre, fut ramené sur les boulevards. Les républicains, debout sur la barricade, saluèrent, dit-on, la retraite de leurs ennemis par une immense acclamation : Vive la République!

Ce ne fut que vers quatre heures et demie, lorsque les colonnes de troupes, qui opéraient par les rues latérales» menacèrent de les prendre par derrière, que

ce groupe 4e braves abauiidonnèrent la positîoB qu'ils avaient si vaillamment défendue.

Pendant ce temps, le 15® léger avait enlevé sueeessivement les barricades de la rue du Petit-Carreau et des rues voisines. Ce n'avait pas été sans rencontrer de résistance^ Ce régiment eut quinze ou vingt hommes hors de combat. Rue des Jeûneurs, une barricade défendue par une trentaine d'hommes résista vigoureusement»

La brigade Canrobert, défilant derrière la brigade de Cotte, prit position à la porte Saint-Martin et attaqua le faubourg.

Les premières barricades^ attaquées d'abord h coups de canon, furent enlevées h la baïonnette par le 6® bataillon de chasseurs de Vincennes. Elles étaient défendues par les citoyens qui s'étaient emparés, vers midî^ de la mairie du V® arrondissement. A la barricade qui s'élevait au coin de la rue des Vinaigriers la résistance fut particulièrement acharnée. Les chasseurs et la ligne furent repoussés plusieurs fois et ne réussirent h faire tomberrobstaclequ'enle tournant pardesrueslatérales.

Le lieutenant Luneau, de l'ancienne garde républicaine, s'était fait remarquer, au milieu des républicains, par une bravoure extraordinaire. Bien que son uniforme le désignât plus particulièrement aux coups des chasseurs de Yincennes, on a raconté que dédaignant de se couvrir, il était debout sur le monceau de pavés qui formaient la barricade, son épée d'une main, un pistolet dans l'autre, dirigeant la défense avec autant de sang-froid que d'iuitrépidité.

Les^r^ttbiicûas subireat des pertes cmelies. Beau-

) oeup furent taés ea combattant» d'autres pris, quel- ■ ques-uns, dit-on, fusillés dans la mairie de V® arrondissement, d'autres enfin, acculés aux bords du canal, furent tués avant d'avoir pu gagner les quartiers situés au delà.

Le cinquième bataillon de chasseurs, commandé par If, Levas^or^Sorval, avait subi, de son côté, des pertes assez sérieuses. Vingt-deux hommes, parmi lesquels deux officiers étaient tués ou blessés. Le gêné* rai Magnan, dans son rapport, fait un grand éloge de la valeur déployée par cette troupe, éloge qui revient par contre-coup à ceux contre lesquels elle eut à combattre et qui étaient en nombre infiniment inférieur.

La brigade du général de Bourgon, que nous avons laissée /('eiPigageant dans la rue du Temple, descendit cette rue, eplevant les barricades et fouillant tout le quartier, jusqu'à ce qu'elle eût opéré sa jonction avec les colonnes parties de rHôtel-de-Ville. Elle eut plus d'un combat à livrer dans l'intervalle. Les journaux du temps ont tous raconté que, rue Phélippeaux, une vingtaine de jeunes gens, armé? de fusils de la garde nationale, avaient arrêté quelques temps un régiment de ligne, qui débouchait de la rue du Temple, appuyé d'une batterie. Cette poignée de jeunes gens avait combattu avec un acharnement extrême. — r « Ils ont péri jusqu'au dernier, dit le Canslilutionnel du 6 décembre. »

Ceci est peut-être exagéré; mais la publication de tels détails dans les journaux officieux du 2 décembre

démontre bien, ce nous semble, l'impression produite sur les vainqueurs par Tintrépidité des vaincus.

Pendant que ces événements se passaient dans les rues voisines des boulevards, les brigades Dulac, Marulaz et Herbillon pénétraient dans les quartiers barricadés, en partant de la direction opposée et enfermaient ainsi les républicains dans un cercle de fer.

Le général Dulac quittait vers deux heures la pointe Saint-Eustache et lançait à l'attaque des barricades de la rue de Rambuteau et des rues adjacentes des colonnés, formées de trois bataillons du 51^ de ligne, colonel de Lourm^l, et de deux autres bataillons, Tun du 19®, l'autre du 43®, appuyés par une batterie d'artillerie. La brigade Herbillon, en deux colonnes, débouchait par le bas des rues du Temple et Saint-Martin. Le général Marulaz opérait dans le même sens par la rue Saint-Denis. Trois ou quatre cents républicains, divisés en petits groupes, occupaient les barricades de ce côté. Us combattirent non moins vaillamment que ceux qui faisaient face aux boulevards. Le canon commença l'œuvre et la baïonnette l'acheva. Rue de Rambuteau, une barricade formidable fit le pendant de celle de la rue Saint-Denis. Un omnibus et plusieurs voitures, soigneusement garnis de pavés, lui donnaient une solidité considérable. L'un des historiographes du Coup d'État que nous avons déjà cités, M. Belouino, parait avoir eu sur cette barricade quelques détails circonstanciés. Il y avait là, dit-il, une centaine de vétérans des guerres des barricades, « d'anciens sicaires de Gaussidiëre, faisant admirablement bien le coup de feu ; » avec eux combattaient, — toujours

d'après le même écrivain, — des jeunes gens, enthousiastes de la liberté; un artiste d'avenir, qui tomba "vaillamment, frappé en pleine poitrine; des enfants de quinze ans, ayant h peine la force d'épauler un fusil.

La résistance de ce groupe intrépide fut acharnée. Pendant trois quarts d'heure, dit M. Belouino, la canonnade et la mousqueterie retentirent d'une manière effroyable. La barricade brisée par les boulets fui enfin enlevée, couverte des cadavres d'un grand nombre de ses défenseurs. M. Mauduit, l'historien militaire de ces événements, raconte qu'il visita le lendemain le théâtre de cette lutte :

« Parvenu, dit-il» à la rue de Rambuteau, Je me dirigeai, € comme le public, en procession, vers Saint-Ëustache, et ne « tardai pas à voir toutes les têtes en l'air et les yeux fixés sur « plusieurs maisons, particulièrement sur celle qui forme Tan- « gle de la rue du Temple, et qui, en effet, était criblée. A ses « pieds se trouvaient encore les débris de Tomnibus qui avai) « servi de base à la barricade, cause de tous ces dégâts.

<c L'omnibus fut démoli à coups de canon, tout rempli de pam yés qu'il fût, et servit à alimenter le bivouac pendant la nuit.

« Une compagnie de grenadiers du 43* de ligne occupait les « maisons des quatre angles des rues du Temple et Rambuleau. « A chaque croisée se trouvait un grenadier assis sur une chaise, m ayant le fusil chargé et prêt à faire feu au moindre geste os- « tile de cette population plus comprimée que satisfaite da ce « qu'elle voyait : les figures étaient mornes. (Révolution mili- « taire du 2 décembre, pages 269, 270.) »

Cependant, un certain nombre des républicains armés qui occupaient les barricades, entre la rue Saint- Denis et la rue Montmartre, avaient pu échapper au

mouvement convergent des troupes et s'étaient ralliés place des Victoires.

En peu d'instants, ils eurent barricadé, — faiblement il est vraiT— les rues du Mail, Pagevin, des Fossés-Montmartre, etc. Le 19* de ligne, commandé par le colonel Gourant, les assaillit avant que leurs moyens de défense ne fussent complets, et les dispersa après quelques minutes de fusillade. Des barricades tentées, peu après, rue Saint-Honoré, rue des Poulies et dans les petites rues adjacentes, par un certain nombre de ces hommes de cœur, qui ne pou* valent se résoudre à leur défaite, furent enlevées par les troupes en position au Palais-Royal.

Tandis que, de deux h cinq heures, la fusillade et le canon tonnaient sur les boulevards et dans tous ces quartiers du centre de Paris, fouillés en tout sens par trente mille soldats, des incidents notables se produisaient sur d'autres points de Paris.

Dans le quartier latin, quelques groupes de jeunes gens tenaient en haleine la division du général Renault. Des barricades étaient ébauchées çh et là, des coups de fusil échangés, notamment rue de la Harpe.

Un groupe audacieux causa vers trois heures une vive alerte à la Préfecture de police.

M. de Maupas, qui s'alarmait facilement, — c'est M. de Morny qui le mandait ce jour même dans une dépêche au général Magnan, — M. de Maupas se crut en péril.

Les dépêches suivantes échangées entre la Préfecture de police et le ministre de l'intérieur en font foi/.

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