LA PROVINCE EN DÉCEMBRE
ÉTCDR HISTORIQUE SUR LB COUP n'ilAT
CHAPmiE PREMIER
VrS^ÀSÊCrtMîSNTB DU CENTRfi ET tt L*EST Loawr — AUiiBR «-> «âân-sr»iiDnB -*« imtA. -~ azf
Caractère général des mouveiQ^iitB du Centre et de TEsL — Agitation à Lille, Nancy, Strasbourg, etc. ^'— Affaire de Linards, près Limogée. ^ Éinettt» éé SoiBt^Ainand (Cher). -^ Inittrraetion de la Stne |S*rtiMi> — MwiifefltaiioD d'Orléans. •— Les reptéseotants du pevpk» à la Mairie. — Arrestations collectives. — Manifestation de Mon* targis. — MM. Souesmee et Zanotte. — - L* Auberge de la Pouie Biautcke* •— Collision sanglante. ^- lOBurrection de Boony^-sui^ Léire. — Le gendairme IXenizeau. ->- La ddposiUen do evré de Boiniy4 — Mouvements dans l'Allier. — ^Affaire d'Ysault, près de Moulins. -^ Le bourg du Donjon. -~ M. Dollivier. — Prise d*armes. — Marché des insurgés sur La Palisse. — Première rencontre. -^ ArroÉtation ^ érasioD du soBs-préfiBt. -^ Combst. — Mesores de répression, t- Arrété remarquable. — Agitation de Sadne-et-Loire. -* Insurrectâoii de Saint-SorGn et Cluny. — Marche sur M&con. — Rencontre. -^ tr^Mtê Aa iTvm. -^ GoDîBion ptfm de Lons-le^^ubriegc. -^ In0!d> lection de Poli|piy^ -^ Arrestation des autorités. ^ CaiselèM d» té aiouYement. — Lettre du curé de Poligny. — Troubles de TAi». — Les réiugiés fhmçais à Genève. ^ Débarquement à Anglefort. — Le 4a^iMard.*-'€harlet.et ses cempagnotis.
Now avons dit ailleurs comment M, de Morûy s'iiiâ^ tallaiaiie la avit du 1^ en % déeembro au MiniAène
de rintérieur, et comment il télégraphia à tous les préfets un résumé sommaire des décrets et proclamations du Président de la République. Les préfets, comme on devait s*y attendre, donnèrent tous, ou presque tous, leur concours empressé. Toute l'armée administrative suivit docilement l'impulsion partie du Ministère de l'intérieur et prêta son concours au Coup d'Ëtat. Les ordfes du ministre de la guerre produisirent le même effet sur les corps de troupes stationnés dans les départements. En Province comme à Paris, généraux, colonels et commandants se pronon- ^rent pour Louis-Napoléon, et les régiments se tinrent prêts à réprimer toute tentative de résistance.
Dans les populations, Témotion fut immense. La coalition des conservateurs de toute nuance, légitimistes, orléanistes, cléricaux, bonapartistes, qui formaient ce que l'on appelait alors le « grand parti de Tordre, » vit le Coup d'État avec satisfaction, sinon avec enthousiasme. A l'exception de rares individualités, Jes amis de cette majorité que le Président allait faire conduire à Mazas, prêtèrent partout en province main-forte au Coup d'État.
Le <K parti de Tordre » ne vit dans la dissolution de TAssemblée nationale et dans la dictature de Louis- Napoléon qu'une seule chose : la terrible échéance de 4862 supprimée, c'est-à-dire la société sauvée.
Dans le parti démocratique, on vît clairement la chute de la République et la perte de la liberté comme la conséquence inévitable de la chute de la Constitutiou,etTon essayade résister. Il n'y eut d'hésitation que sur le mode de résistance ou sur l'opportunité; sur le
droit, il n'y en eut aucune. Sur plusieurs points^ des républicains modérés proposèrent la résistance armée, f tandis que les socialistes voulaient se borner à la sim- \ pie protestation.
Ces considérations s'appliquent h la majeure partie des départements; ceux du Midi seuls virent se mêler à la lutte un élément différent. ,
Dans les départements de l'Est et du Centre, les tentatives de résistance présentent un trait commun. Elles furent toutes spontanées, sans entente, et essentiellement locales. Dans la plupart de ces départements rhabitude d'attendre de la capitale Timpulsion politique et d'obéir sans résistance au parti qui y était vainqueur, paralysèrent tous les efforts jjiu parti démocratique, et Tagitntion tomba d'elle-même, sans avoir pris de proportions sérieuses. Il en fut ainsi, surtout, dans les grandes villes de cette région.
A Lille^ il Cambrai, h Reims, des manifestations tentèrent de s'organiser et furent dispersées sans peine.
Sur la frontière du Nord, un certain nombre de républicains exilés depuis le 13 juin 1849 pénétrèrent en France. La froideur des populations les eut bientôt découragés. Ils regagnèrent promptement la Belgique.
A Nancy, Témotion fut très-vive. Un rassemblement considérable se forma devant rHôtel-de-Yille, un coup de feu fut tiré sur un officier de gendarmerie, et il fallut un déploiement de forces assez considérable pour contenir le peuple.
A Strasbourg, une masse nombreuse traversa une
partie de la ville, marchant sans armes et avec im drapeau portant écrit ce mot : Constitution. Une charge de cavalerie dispersa la manifestation.
A Dijon, les principaux chefs de la démocratie dijonnaise, MM. Carrîon, Flasselle, Limaux, Dumez, Lucotte, SpuUer, Souillé, Guignon, etc., s'étaient réunis, dès le soir, dans l'imprimerie de M"« veuve Noëliat. L'autorité avertie fit cerner la maison, et tous les membres de la réunion furent arrêtés et conduits en prison.
A Châtillon-sur-Seine, quelques groupes, qui s'étaient emparés de THôtel-de-Ville, cédèrent aux injonctions du maire et du sous-préfet.
Clermont-Ferrand fut très-agité, ainsi que plusieurs autres points du Puy-de-Dôme. Des troupes dirigées sur Thiers et Issoire prévinrent une insurrection imminente (1).
La ville de Limoges inspirait des craintes très-vives à Tautorité. Elles ne furent que faiblement justifiées. Quelques démocrates de cette ville essayèrent de soulever les campagnes dans la nuit du 4 au 5 décembre.
La proclamation suivante du préfet de la Haute- Vienne rend compte de l'événement :
c Des anarchistes s'étaient porléf sur les eommanes mnles pour y semer l'alarme. Déjà, ils sonnaient le tocsin, prélude de tant de crimes. Ils couraient à travers les campagnes, armés de fusilSi de haches, de fourches et de faulx. Leur nombre s'élevait à eent cinquante. Aussitôt que cette nouvelle est arriyée,
on a envoyé ée Limoges dnqaante hussards et seize gendiormes. Le détaGhement a atteint les anarchistes h Linards et les a mis en déroute. Sept insurgés ont été blessés, dont deux grièveiQent. »
Le reste du département demeura calme, ainsi que tout le département de la Creuse.
Le Glier avait été mis en état de siège dès le mois d'octobre, h la suite de troubles qui avaient éclaté dans le val de la Loire. II fut peu agité au 2 décembre. La ville de Saint-Amand vit seule se produire un essai de résistance.
Dans la nuit du 3 au 4, des groupes nombreux traversèrent les rues au chant de la Mar9eillaise. On essaya de sonner le tocsin. Le lendemain, une foule très^ animée se porta devant la Sous-Préfecture. Le souspréfet et le commissaire de police essayèrent de haranguer le peuple. Une sorte de lutte s'engagea; le commissaire de police tua d'un coup de pistolet, i bout portant, un citoyen nommé Boîleau, qui, a-t*on dit, le menaçait. L'arrivée des grenadiers de 41^ et de la gendarmerie mit fin à cette agitation (1).
Les départements de TOuest se ressentirent peu du Coup d'État. Le parti démocratique n'y était en force que dans les villes. A Nantes et k Angers, il y eut quelques velléités de protestation, mais sans gravité. Une petite ville du département de la Sarthe se mit seule en inaiirrectian (2).
(1) Vovpovr tons 068 âdts U MonitmÊr éê jaeAÊ dedécwlnpe MM (S) Les mots insurrection et insurgés dont nous nous seryons (
La Suze était une localité manufacturière, où la population ouvrière était toute dévouée aux idées démocratiques. M.' Trouvé- Ghauvel, ex-ministre des finances de la République, y habitait en ce moment. Il décida la population à protester, les armes à la main, contre les décrets présidentiels. La Mairie fut occupée, les gendarmes désarmés, des barricades construites i toutes les issues. La ville se soumit après deux ou trois jours de protestation, sans qu'il fût nécesssaire de recourir à la force. Les républicains, maîtres de la ville, avaient fait respecter scrupuleusement les personnes et les propriétés.
Des événements beaucoup plus graves agitèrent le département du Loiret. La nouvelle des événements de Paris avait produit à Orléans la plus vive émotion, lorsque, le 4 au matin, arrivèrent dans cette ville les représentants du peuple Martin etMichot. Après une délibération à laquelle prirent part les principaux de leurs amis politiques, on écarta l'idée d'une résistance h main armée, et la résolution fut prise de décider, avec l'aide du peuple, l'autorité municipale à refuser obéissance au Président de la République.
Une manifestation s'organisa promptement. Près de huit cents hommes se dirigèrent en bon ordre sur l'Hôtel-de-Ville, aux cris de : Vive la Constitution! Ils étaient sans armes, et la plupart portaient, attachées à leurs chapeaux ou casquettes, des feuilles de papier
ce -folnme, pour nous conformer à Tusage, n'impliquent pw, avoDS» nous besoin de le dire, un jugement contraire à la légalité de la résistance.
avec cette inscription : République et Constitution.
A leur arrivée devant THôtel-de- Ville, les représentants adressèrent quelques paroles au peuple, et voulurent entrer. Les gardes nationaux du poste de la Mairie leur barrèrent le passage. Il y eut une sorte de lutte, pendant laquelle survinrent les adjoints au maire. On parlementa.
HH. Martin et Michot entrèrent à la Mairie, et furent introduits dans la salle où la municipalité délibérait. Les représentants demandèrent si le conseil entendait protester contre la dissolution de l'Assemblée législative; on leur répondit négativement. Une demande^ si la municipalité protégerait, du moins, la personne des représentants du peuple contre une arrestation possible, obtint une réponse semblable.
Pendant ce temps, le général Grand, qui commandait à Orléans, arriva devant l'H6tel-de-Ville avec une partie des troupes de la garnison. Il prit ses dispositions pour disperser le rassemblement. La troupe chargea ostensiblement ses armes en ^prësence du peuple; on fit les sommations. La foule recula sans résistance. Ordre fut donné alors d'arrêter les représentants du peuple et un certain nombre de citoyens qui les accompagnaient. La troupe pénétra dans la Mairie, et arrêta MM. Martin et Michot, représentants du peuple; Pereira, ancien préfet du Loiret; Tavernier, rédacteur de la Constitution; Ferréol, avocat, etc. Ils furent conduits à la Maison d'arrêt sous l'escorte de
troupes nombreuses, et saris la moindre résistance de la part du peuple (1).
Le surlendemain, 6 décembre, une maniCestation smnblable eut lieu h Montargis, mais se termina d'une manière tragique.
Ce chef-lieu d'arrondissement comptait bon nombre de républicains. A la nouvelle de la dissolution de TÂssemblée nationale, l'émotion y fut extrême, et oa parla de marcher au secours de la représentation nationale, comme on l'avait fait en juin 1848. Un imprimeur, M. Zanotte, qui avait alors conduit à Paris le bataillon de Montargis, se montrait tout disposé à marcher de nouveau.
Les deux premières journées furent calmes; la po* pulation de Montargis attendait l'impulsion d'Orléans. Le 5, au soir, M. Souesmes, conseiller général du canton, revint du chef-lieu, décidé à user de son influence pour décider une protestation contre les actes du Président de la République. Sous le calme matériel, l'émotion était vive à Montargis; le récit des événements d'Orléans surexcitait les esprits; on disait que la garde nationale de Blois marchait sur Paris, que les prisonniers d'Orléans étaient ou allaient être délivrés.
Le citoyen Magniez, meunier à Souppes, républicain ardent, poussait de toutes ses forces à la résistance. Le vendredi soir, aussitôt après Farrivée de M. Souesmes, une réunion eut lieu à l'imprimerie Zanotte. II y
(1) Cm détails sont ertnits an Moniteur univ9rsel, qui les ampnmts au Momhur du Loiret des 5 et 6 décembre 1851.
fut décidé qu'une manifestation aurait lieu, le lendemain. On sommerait le sous-préfet et la municipalité de protester contre le Coup d'État, et, à leur refus, on s'emparerait des autorités. M. Rondeau, ex-constituant, fut désigné comme devant occuper la Sous- Préfecture; mais H refusa formellement de se joindre à la manifestation. Il a déclaré, plus tard, s'être abstenu, de peur de ne pouvoir empêcher le 'peuple, maître de la ville, de se livrer à de graves excès.
Le lendemain matin, 6 décembre, quelques hommes, guidés par le citoyen Chesnau, caporal des pompiers, entrèrent à la Mairie de Villemandeur, sorte de faubourg de Montargis, et s'emparèrent de quelques fusils de garde nationale. Ces hommes, ainsi armés, se rendirent à la maison Zanotte. MM. Souesmes, Zanotte, TibuUe Gaullier, Géraud, et quelques autres personnes, bourgeois et ouvriers, s'y trouvaient déjà réunis.
On hésitait à commencer la manifestation projetée; plusieurs la trouvaient inutile, après les nouvelles de Paris reçues la veille; elle allait être abandonnée, lorsque les hommes de Villemandeor insistèrent, disant qu'étant déjà compromis, il fallait aller jusqu'au bout. Une nouvelle discussion s'engagea sur le caractère à donner à la manifestation; M. Souesmes obtint^ non sans peine^ qu'elle aurait lieu sans armes (1).
L'autorité, qui s'attendait à quelque tentative, avait concentré à Montargts toutes les brigades de gendar-
(1) Voir, pour tous ces détails, le compte rendu des débats du Conseil de guerre de Paris dans TafTaire Soitesmes, Zanotte, etc. {Gazelle de9 Triintnamo du mois à» jnimer 1 8S6.)
merie de Tarrondissement. Dix gendarmes, arrivés le matin même, étaient descendus à Tbôtel de la Potile Blanche, devant lequel allait passer la manifestation.
Le rassemblement sortit de la maison Zanotte, formé de soixante à quatre-vingts personnes, tout au plus. M. Souesmes marchait en tête, sa canne à la main; M. Zanotte était en uniforme de chef de bataillon* de la garde nationale; M. TibuUe GauUier portait un drapeau tricolore sur lequel était écrit : Respect à la propriété (i). An bout de quelques instants, le drapeau passa aux mains d'un jeune homme. Le rassemblement marchait aux cris de : Vive la République! vive la Constitution ! Devant l'hôtel de ta Poule Blanchey on se trouva en face des gendarmes, qui sortaient précipitamment pour arrêter le cortège.
Le brigadier Lemeunier, de la brigade de Nogent^ somma le rassemblement de s'arrêter. On lui répondit par des cris confus :
— Nous avons le droit! nous défendons la Constitution!
Et Ton continua d'avancer.
Le brigadier coucha en joue M. Souesmes, qui était en tête.
— Mais, vous voyez bien que nous sommes inoffensifs, s'écria celui-ci.
Et il saisit la baïonnette de la carabine pour écarter
le coup.
Le brigadier fit feu. La balle tua le jeune homme
qui portait le drapeau tricolore. Les hommes du ras- Ci) Ce drapeau était déposé parmi lei pièces de conviction du procès
semblement se jetèrent sur les gendarmes, essayant de les désarmer. Une courte lutte s'engagea. Le brigadier Lemeunier, après s'être vigoureusement défendu> eut sa carabine arrachée des mains, et fut tué avec sa propre baïonnette. Plusieurs témoins ont désigné M. Souesmes comme étant l'homme qui tua le brigadier; mais un témoignage, qui parait décisif, établit qu'un nommé Norrest, mort des blessures reçues dans la lutte, aurait déclaré à plusieurs per* sonnes avoir tué le brigadier, après avoir été blessé par lui. Plusieurs des citoyens qui faisaient partie du rassemblement, furent aussi frappés; des gendarmes, de leur côté, furent blessés et désarmés. Pendant ce temps, la majeure partie du rassemblement se dispersa en criant : Aux armes!
Les autres brigades de gendarmerie, qui étaient montées à cheval au bruit des coups de feu, ne tardèrent pas à accourir. M'. Zanotte et quelques autres citoyens armés furent atteints sur le pont de Saint- Roch par le lieutenant Lefebvre-Desnouettes et ses gendarmes. M. Zanotte, jugeant toute résistance inutile, s'écria :
— Je me rends, j'en donne ma parole d'honneur.
Un gendarme n'en allait pas moins le tuer d'un coup de pistolet : le lieutenant l'en empêcha. Un autre gendarme, nommé Cuny, coucha en joue le citoyen Sebon; cet homme intrépide découvrit sa poitrine et lui dit : Tirez si vous l'osez. Le gendarme releva sa carabine et n'exécuta pas sa menace. Les prisonniers furent immédiatement conduits à la Maison d'arrêt.
M. Souesmes s'itaii déjà vchmiairement constitsé prisonnier (1).
La manifestatioa de HoatargiA a été compléteamit défigurée dans les récits publiés par les journaux de Tépoque. Le rassemblement aurait été armé, porteur d'un drapeau rouge, pous»aAt les cris les plus odieu; il aurait enfin pris Tiniliative de Taitaque en tirant «w les gendarmes.
Notre récit» basé sardes dépositions, faites sous la foi du serment, devant le Conseil de guerre de Paria» rétablit complètement la vérité*
Le dimanche, 7 décembre, une véritable ÎBSurrec* tion éclata dans le bourg de Bonny-sur-Loire^ non loin de Gien et Briaro. Ce petit endroit était depuis la nouvelle du Coup d*État dans un état de surexcitation extraordinaire. La résolution de résister était générale, et il est même surprenant que le mouvement ait été si tardif. Le dimanche, après la messe, plusieurs hommes montèrent au clocher et sonnèrent le tocsin ; d'autres parcoururent les rues en battant la générale. En moins d'un quart d'heure, plus de quatre cents hommes armés, et, au milieu d'eux, bon nombre de femmes, descendirent dans les rues. Le rassemblement se dirigea vers la Maison commune itox cris de : Vive la République! vive la Gonstitutioni il s'esapara des armes qui y étaieoi déposées ainsi que du drapeau tri» colore de la commune* Une jeune femmoi mèro de lamille» le porta en tôte du rassembleH^oAt.
(1) Voir, pour les dernîcrB détails^ la déposiUon db lieutenant Lefébvre^DettoMtteiaRi pFoo4»ttoae«Bes, 2luiolfci, ê(c. ffica^Ue éôê Trh Inmmm d« noii. d« jaMîer iSHS^ ^
Toute la foule se dirigea vers la caseriie de ^odarmerie. Â l'entrée de la rue qui y cond^iit, le^ deux gendarmes Bonin et Deniseau» qui revenaient de tournée, se trouvèrent subitement en face de Tattroupement. Plus de cinquante fusils les couchèrent en joue et la foule leur cria de mettre bas les armes. Le gendarme Denizeau répondit qu'on n'aurait les siennés qu'avec la vie. En disant ces mots, il tourna bride en écartant de la main les fusils dirigés contre sa poitrine. Parmi les hommes qui le couchaient en joue, se trouvait un ouvrier noaimé ËdoMArd Mallei. Il avait le doigt sur la détente', c*est son fusil que Denizeati toucha de la main, et, soit que Mallet ait pressé la détente^ soit par Teffet de la secousse imprimée par Denizeau, détournant l'arme, le coup partit. La balle frappa le malheureux gendarme en pleine poitrine et le btessa mortellement.
Mallet a toujours protesté que le coup de feu était parti accidentellement. Tous les témoins ont dépeint •Mallei comme un ouvrier très-intelligent, parfait honnête homme et excellent {^e de &mille* La dé^ position du curé de Bonny ne laisse aucun doute à cet égard. Il n'y aurait rien d'impossible à ce que la mort du geadarme eût été l'efiet d'un triste accident (1).
Pendant ce temps, le gendarme Bonin avait été âé* sarmé sans avoir pu opposer de résistlince, mais atiflBi sans avoir souffert aucan mauvais traitemeirt.
La caserne de gendarmerie fut ensuite envahie par
(1) Mallet, condamné à mort par le Conseil «le guerre de Paris, obtint one oemMatatton de peine.
la foule. Les armes et les munitions furent prises, les registres visités, mais rien ne fut touché de ce qui était la propriété particulière des gendarmes.
Le récit que divers journaux ont fait des horreurs commises par les insurgés contre le curé de Bonny donne beaucoup d'intérêt à la déposition de ce respectable ecclésiastique dans le procès de Malletj. La voici textuellement extraite de la Gasiette des Tribunaux :
« Le dimanche matin, une personne vint me trouTer à la sacristie, au moment où je me revêtais de mes habits sacerdotaux, et me dit à Toreille : — C'est aujourd*tiui que tous devez être immolé à Tau tel. — Je fus peu louché de la confidence, parce que je connaissais le caractère facile et impressionnable de cette personne. Je chantai la grand messe sans émotion. Vers midi, je me trouvais au presbytère. Tout à coup, j'entendis la si^nnette de ma porte s'agiter avec une extrême violence... Ma nièce vint à moi en s'écriant : — Nous sommes perdus 1 •— Je lui répondis : — Si Dieu a marqué noire dernière heure, il ne sert à rien, ma nièce, de se tourmenter ; prions Dieu et attendons avec calme et résignation le coup de la mort. — Je fis fermer les contrevents, j'allumai ma lampe et attendis Theure solennelle devant mon crucifix. Des clameurs inouïes se firent entendre. Je courus à une croisée, et je vis la foule des insurgés qui nous entourait; une tête parut en haut du mur de mon jardin et me faisait signe. J'allai à cet individu qui me dit : ^ Sojez sans crainte, monsieur le curé, on ne veut vous fair« aucun mal ; nous vous respectons, mais ne faites aucune résistance. Livrez-nous les armes que vous avez, il ne sera pas touché un cheveu de votre tête. — Le presbytère fut envahi, et je taa entraîné à la Mairie. Gustave Mallet, le frère de l'accusé, me donna un récépissé de mes armes .
c Je fus conduit à la Mairie, et là, je dois le dire, on s'en-
pressa de me donner la place d'honneur au foyer pour me dutoflèr. Je n'entendis aucune parole qui pût blesser mes oreilles. Je demandai d'aller voir le gendarme Denizeau, que l'on disait mourant ; on me l'accorda, à condition qu'après l'a- TOir visité, je reviendrais à la Mairie. Malheureusement, Déni* seau était mort. Je revins, et je passai la nuit en prières, dans une salle isolée, loin du tumulte qui se faisait à la Mairie. 9
Ajoutons que le curé put rentrer tranquillement au presbytère dès le lendemain. Ce jour-là, les insurgés sortirent de Bonny et menacèrent Gien et Briare. La tranquillité qui régnait dans ces deux villes les déconcerta. Ils rentrèrent dans le bourg et se barricadèrent, annonçant la résolution -de se défendre. Quelques dé* tachements de cavalerie envoyés en observation, se retirèrent devant des obstacles que des cavaliers ne pouvaient franchir. Le mardi, l'approche d'une colonne d'infanterie mit fin à l'insurrection.
Les personnes et les propriétés avaient été respectées v aucune plainte ne fut formulée par les habitants du « parti de l'ordre » restés trois jours à la discrétion de leurs adversaires.
Ce fut le dernier épisode des troubles du Loiret.
De tous les départements du Centre, aucun n'avait inspiré à Tautorité des craintes plus sérieuses que celui de l'Allier. La propagande démocratique y avait obtenu un succès immense, que divers incidents signi- , ficatifs avaient pleinement révélé. La résistance ne pouvait manquer de s'y essayer. Un coup de main, habilement exécuté, paralysa, dès l'origine, toutes les tentatives d'insurrection.
Dans la nuit du 3 au 4, Pautorité fut prévenue que