‹ Paris en décembre, 1851Chapitre 27 sur 44 · ORDRE DU COMITÉ · texte numérisé non relu

ORDRE DU COMITÉ

La probité est une vertm des répubUcatns.

Tout voleur ou pillard sera fusillé.

Tout détenteur d'armes cfui, dans les douze heures, ne les «ara pas dëpo^éeis à la Mliiria ou rendues, sera arrêté- et em^VH- 001) né jusqu'il nouvel otxlre^

Tout citoyen, surpris livre sera désarmé et bus ée* suite ea^ prison.

Vite la République sociate!

LE GOMltÉ RÉVOLUTIONNAIRE SOCIAL.

(i])<5ët« p&èM setiMcttieMlflani tett«Mfèfodè la^Mêëdêi TW^tUMux

Cependant les nouvelles' de Paris transpiraient^ mal- ■gré les efforts des cltefe pour les cacifater.. Elles ooiH'mencèrent à jeierle dée<)«ragfônentdaiisrinsurrectioa. Dès le samedi soir, ia grand nombre de paysans quittèrent la ville et regagnàreot leurs village8<r Le dimanche matfn^ riasurreetion était bien près de se dissoudre.

On s'a paà otibl&é que le maire de Glaiaeoy avait trouvé le préfety déjà rendu k Premery^ le samedi matin*. Marehant h^ardiAuent avec sa petite troupey ce fonctionnaire alla coucber à Yarsfy. Il apprenait en roarte lee nouvelles de Glameey, grœsies, selon l'usage, par la clameur publique; il bâtait sa marche. Le pro- Gureur général, M. Gorbin, raccompagnait. Le dimaoohe, à miidi, il parvint en vue de Giameey.

Les insurgés ne s'en doutaient pas. Ils ne connai3^ saîenl) ni sa marcbe> ni la force de sa colonne. Aussi la nouvelle de son approche causa4-elle un immense désoirdre dans la ville. Toitôefois, la volonté de résister / éominaèl» Le tecsin sonna, les tambours battinent le rappel, le cri aux armes! souleva de Ao«iveau uoe mciltitAide furieuse. Des barricades s'élevèrent afvec rapidité. Les Millelot, Séiioifldfe,.Coquard, Guilfien« se montiDaiieiÉt parmi les plus afrdenis.

Glanecy est bitie sut leS' pw^des d*uni coteau, élevé» 3ur la rive gauche de l'Yonne et du canal du Nivernais. Une rue conduit jusqu'à la crête du coteau, à un lieu tiemoé le Crot-Piaçon^ Une forte barricade y tut 3Gtta«rttïte, et de nombreiïx tSraiHeurs garnirent les maisons voisines. Cétait le point probable de Tat- ^que.

Cependant à la Mairie un citoyen, nomm6 Ghapuis, s'offrit pour aller au devant de la troupe et parlementer avec le préfet. Chapuis était un homme courageux et estimé. On accepta sa proposition. Ua nommé Roubé et trois autres l'accompagnèrent. A quelques centaines de mètres hors de la ville, ils rencontrèrent la colonne sur la route de Nevers. Ne se doutant pas que les tirailleurs déployés des deux côtés du chemin les enveloppaient, ils continuèrent d'avancer sans méfiance. Mais avant d'avoir pu expliquer leurs intentions, ils tombèrent criblés de balles (1).

La colonne, quittant alors la grande route, gravit la colline en essuyant quelques coups de feu, et gagna un lieu nommé les Chaumes, au sommet de la hauteur. Ce point formait une position militaire importante. Une maison de campagne, entourée d'un enclos ceint de murs, servit de camp. Le préfet ne pouvant attaquer Glamecy avec deux cents hommes, s'y retrancha pour observer la ville en attendant les renforts déjà en marche. La troupe y alluma des feux de bivouac pour passer la nuit.

A Glamecy, on croyait l'attaque imminente. Millelot père distribuait de la poudre. Un millier d'hommes armés étaient aux barricades. On avait défendu de sortir de la ville et donné l'ordre de tirer sur quicoa-

(1) Cet incident a été raconté d'une façon inexacte. Dirers jovirnanx parlent d*un combat où Chapuis et ses compagnons auraient été tués. Ce combat n'a pas existé. Notre récit est corroboré par une déclaration de M. Pujo de Lafltole, qui devait être bien informé. Dans l'audienco du 26 février, il dit formellement : « Chapuis et Roubé furent foBilléa « aux avant-postes. » Ceci ne peut ûdre allusion & un comM.

que enfreindrait la défense. Des coups de feu furent ainsi tirés sur deux ou trois personnes qui essayaient d'aller au devant de la troupe.

Cependant, lor^ue l'exaltatio^n produite par l'attente du combat fut tombée et que les républicains de Glamecy purent mesurer les dangers de leur position, le découragement fut prompt. Us ne pouvaient songera tenir contre les forces qui accouraient de Nevers, de Bourges, d'Auxerre. Toute illusion leur était enlevée. Un habitant de leur ville» arrivé le matin de Paris, M. Guéneau (Etienne), avait été mandé à la Mairie. Il avait dit ce qu'il venait de voir : Paris plongé dans la stupeur, tout le pays entre Paris et Glamecy tranquille, rinsurrection écrasée dans la capitale, et le Président remerciant les troupes de leur belle conduite! Sa parole de témoin oculaire produisit une grande impression. De dix heures à minuit on délibéra h la Mairie. M. Moreau, avocat, qui n'avait pris qu'une faible part aux événements antérieurs, parvint à décider ses amis politiques à céder. Eugène Millelot, dont l'énergie fébrile soutenait encore les insurgés, consentit à se ranger à l'avis de M. Moreau. La reddition fut résolue. Un honorable fonctionnaire, M. Lyonnet, ingénieur des ponts et chaussées, offrit d'aller en parlementaire savoir à quelles conditions on accepterait la soumission de la malheureuseville.il se rendit aux Chaumes, près du préfet; mais sa proposition ne fut pas même écoutée. Lui-même fut brutalement saisi et mis en état d'arrestation. MM. Moreau et Bretagne, venus peu après dans un but semblable, partagèrent le même sort.

Ste ^voyant temesàr wcihi de leurs ^pitiAcMeirtaipea, tea.in^uxgés (quittèrent la vîUe dans la nuit. La plupart sortirent encore armés, et ae néfugièreot danalastgrastda hm (qui coi^vncuKt las mes de TYonia, ^ers Aa roata d*Auxarre. A^yant .)ew4ép«ft, d,3fi0lr.,iwrtla»iS^000 pprisb la Qaiisse, funeat ÊKaedement remis au faoewor» ^p>eOiiiUie lettre /sÎ0»ée Gherbooaeau. Les MO £r, tmaa^ (faaat a^aieat été paqrésjà diTiersl)oulaD^r8 pour four- T^xjixe de tpùn aux înaurgés (1).

JSfi tenninanticeréoit des trois yoms où Glaineoy fut aa laar ptoaivoir, nous orogroas deivoir dire quelques mots de la mamèBe dont ces événeoionts ont été racontés^ Los esagfiinitîans inévitables ou lendemain de la lutte ont tpris iù des proportions inouïes.

Qu'on ouvve, au jiasard, Tun desjQumauKrdiiitâmps, la Pmm, par «suuapte. Oa y verra .que Claunecy fut liwée pendant trois jours au pillage, au meurtre, à Tiacendie, au viol. Les faits étaient môme précisés. La Soua-Préfeeture aurait été pillée, noandorrc de maisons partiealîères mises h sac, les sommes trouvées k la oaisse du receveur emportées par les chefs fugitifs, les registres des notaires brûlés. On citait les femmes violées : la femme (du sous-^ réfet, les filles du reœveur de Tootroi, la :servanâe du préaident du tribunal. Quant aux meurti^ea, on parlait d'abord de soixante; plus tard, on diminua. On poavait cependant lire encore ceci :

« Un enfant de treize ans fuyait devant les assassins. Il ae

(f). Voir, pour ce fait, la Gazette des Tribunaux du 2-3 février ISSB, affaire MilJelot au Conseil de guerre de Clamecy

i^CWJi!<)|inB.l^Jbjr«s,de ^amèQQ. Don tigres. auraient l^c^K, w le to>.»

!Le meurtre de Bidan pouvait se passer fl'exagération. Les chroniqueurs ne furent pas satisfaits. Voici comment ils le racontèrent :

«Un geAd$irme tombe eutrejes mt^iQS de ces bandits; on délibère sur le gçnje de mort qu'on lui fera subir ; — enfin, on se' décide à l'attacher sur une échelle : on lirî ouvre le ventre, dont on fait sortir des entrailles, et une danse infernale a lieu autour du malfaeureux suppliicié arec l'aide .de. quelques injérnaks mégères, dig^QS con^^nes de j^eite »nthrqpopkaga$ (1). »

Cest par des procédés de ce genre que s'est formée la sinistre légende de Clamecy. Nous avons raconté dans tous leurs détails les excès commis pendant Tinsurrection ; c'est aux procès des coupables, procès devant les Conseils de guerre, genre de tribunaux peu suspects d'indulgence, que nous avons demandé les détails. Tout ce qui a été dit de plus n'est que mensonge et calomnie.

Récapitulons rapidement ces accusations.

Disons d'abord qu'il n'y a eu absolument aucun acte de pillage à Clamecy. Le fait est constant. On n'a parlé que d'un seul vol commis pendant l'insurrection ; le geôlier s'est plaiut qu'une somme d'argent aurait été dérobée dans la prison^

L'incendie des registres des notaires est une pure invention.

Il n'y a pas eu de femmes violées. Le sous-préfet

(f) Messager de Moulins d« i2 décembre, reproduit par une foule de joomaux.

n'était pas marié. Les filles du receveur étaient absentes de Glamecy pendant les troubles; elles étaient en pension àÂuxerre, croyons-nous. Quant b la servante du président du tribunal, elle a toujours répondu qu'elle ne savait de quoi on l\ii parlait.

L'histoire de Tenfant de treize ans égorgé dans les bras de^sa mère, est une odieuse invention dont l'honneur revient au Journal de la Nièvre, qui l'a racontée» le premier, dans son numéro du 13 décembre. Quant Il l'affreuse délibération qui aurait précédé le meurtre du gendarme Bidan, et à l'ignoble scène qui l'aurait suivi, c'est un raffinement d'horreur démenti pur tous les faits du procès et inventé par le Messager de Moulins.

Certes, Glamecy a été le théâtre de tristes excès, qu'aucune &me honnête ne peut hésiter à flétrir. Mais ces faits isolés justifient-ils l'épouvantable renommée faite à cette ville 7 Les républicains qui en furent les premières victimes sauraient-ils en être rendus responsables? Ces excès, d'ailleurs, peuvent-ils être comparés, même de loin, aux horreurs commises par la réaction triomphante à Marseille, à Avignon, à Nimes, pour ne parler que de 1815 ?

Reprenons notre récita

Le lundi, 8 décembre, le général Pellion rejoignit la colonne du préfet avec le 41« de ligne et le 10^ chasseurs à cheval. On occupa la ville désertée par la majeure partie de la population valide.

Le préfet fit aussitôt afficher la proclamation suivante, où se faisaient jour quelques-unes des exagérations destinées b avoir tant de retentissement :

< Habitaots de Glameçy,

< Des bandits, des factieux, des assassins ont jeté le deuil à Glamecy les 5, 6 et 7 décembre. Des citoyens honorables, des vieillards, des enfants, des gendarmes intrépides, préposés à la défense des lois et de la société, ont été massacrés ; des habitations ont été dévastées.

« Le sang le plus honorable ctie vengeance : la punition sera éclatante.

« Que les bons citoyens se rassurent et s'unissent au nom des familles menacées.

«r M. Legeay, maire de Glamecy, qui a méconnu ses devoirs en fuyant l&chement, sous un déguisement, son poste, sa famille et ses concitoyens, est révoqué de ses fonctions.

« M. Ruby, homme décourage, est nommé maire de Glamecy.

« Tous les rassemblements sont interdits ; ils seront immédiatement dissipés par les armes.

« Tous les cafés et cabarets des cantons de Glamecy et des communes de GorvoI-l'Orgueilleux, Entrains et la Ghapelle- Saint-André, sont fermés.

« Les habitants de Glamecy me trouveront toujours tel qu'ils m'ont connu dans les mouvements insurrectionnels de 4836 et 4837, inflexible dans la volonté de punir avec rigueur les faotieux qui ne veulent que le pillage, le meurtre et la destruction.

< Le préfet de la Nièvre^

« Petit db la. Fosse. »

Par un trop ordinaire retour des choses humaines, le préfet, trompé par des causes inexplicables, flétrissait dans cette proclamation la conduite de M. Legeay, le seul fonctionnaire de Glamecy qui eût montré quelque courage au moment de Tinsurrection.

Le soir même, M. Carlier, ancien préfet de police, investi des fonctions de commissaire extraordinaire du gouvernement pour les départements du Cher, de

TAUier et de la Niètre, arrivait à Glamecy suivi de forces considérables.

Le Mùniieur du 14 décembre 1851 contient un arrêté et une circulaire remarquables, émanés de ce haut fonctionnaire le soir mdme de son arrivée à Glamecy.

Voici l'arrêté :

« daaiecy» le 8 déDembra iSttl.

< Noufl, commiftsaire citraordinlûre du gouvernement pour les départemeots da Cher, de l'Allier et de la Nièfrd, commaBdeur de la Légion d'honneur, etc., etc., « En vertu des pouvoirs qui nom ont été conférés, « Attendu que le sieur Lyoniict, ingénieur des ponts et chaussées, a accepté des insurgés la mission de traiter pour eux»

« Avons arrêté ce qui suit :

«r Art. 1". Le sieur Lyonnet est révoqué de ses fonctions d'ingénieur des ponts et chaussées à Glamecy.

a Art. d. Le préfet de U Nièvre est chargé de rezécotion du présent arrêté.

Voici maintenant la circulaire; elle était adressée èi tous les maires de l'arrondissement :

« Monsieur le maire, n Un grand nombre de factieux et de bandits s'est échappé de , Glamecy : la justice saura les atteindre.

« Vous aurez immédiatement à prendre des mesures pour que tout individu étranger à votre commune, qui ne serait pas muni j de papiers en règle, soit sur-le-champ conduit devant lé procureur de la République de Glamecy.

« Vous ferez immédiatement connattre que toute personne qui

âonmeraU sHemmeni oHle à un insurgé^ serait réputée eompUoe et iraUée comme telle (i).

« Cajuliëh. I»

Le 9 décembre eut lieu avec une grande pompe l'enterrement des deux gendarmes tués à la fusillade de la place de la Mairie. M. Gorbin prononça» dans les termes d'une rare violence, leur oraison funèbre en présence d'une foule considérable.

Un triste incident vint troubler la fin de cette cérémonie.

Le receveur de l'octroi désigna k Tun des officiera de gendarmerie, un homme qui stationnait «ur la place» comme ayant pris une part active à Tinsurrection. Cet homme était un vieux menui^er nommé Trotet» brave liommeau demeurant, mais adonné a la boisson; il était en ce moment même en état d'ivresse. Saisi brutalement et maltraité par un brigadier de gendarmerie et un gendarme, Trotet se débattit» puis sortant un compas de sa pochCf il en frappa le brigadier et lui fit au haut de la cuisse une blessure sans gravité. Trotet fut aussitôt conduit en prison» maie les militaires fu* rieux se ruèrent sur lui, Taccablèrent de coups et le laissèrent pour mort sur place. Plus tard il fut con* damné à mort, mais obtint une commutation de peine*

(1) Cette dernière disposition de l'arrêté d# M. Cartier fut bientôt étendue à toute la France. Elle reçut .peu après une application mémorable dans un jugement du Conseil de guerre de Lyon, présidé par M. Âmbort, colonel du 11^ dragons. Oe jugement, du 30 décembre I85i, ôondanme à vingt ans db travaux forcés la sieur Astier, garde champêtre à Loriol (Drôme), coupable d'avoir donné asile à des insurgés en fuite, et à dix ans de prison le sieur Honoré Brun, cultivateur, coupable du même crime. {Gazette des Tribunaux du mois de janvier i8S(2.)

De nouvelles troupes arrivèrent. encore le 10. Des colonnes mobiles furent envoyées à la poursuite des insurgés qui fuyaient dans les environs. Communication avait été faite à tous les chefs de Tordre du ministre de la guerre enjoignant de fusiller tout individu pris Us ortMS à la main. Ordre était également donné de faire feu sur quiconque essaierait de fuir en présence de la force armée. Ces ordres inouïs furent souvent exécutés.

Ce jour-là, 10 décembre, on fit deux cents prisonniers. L'un d'eux voulut fuir, il fut tué par les chas- •aeurs du 10®.

Le 11, une grande battue fut organisée dans les bois au nord de Glamecy.

Quatre bataillons d'infanterie, de l'artillerie et soixante-quinze cavaliers, enveloppèrent les bois et commencèrent un mouvement concentrique sur Glamecy. Un bon nombre de malheureux fugitifs furent pris. La plupart sachant le sort qui les attendait» avaient le soin de jeter leurs armes avant de se rendre. Quelques-uns résistèrent et des coups de fusil furent échangés; deux ou trois militaires furent blessés. Plusieurs républicains furent tués en essayant de fuir. Un d'eux fut frappé de trois balles au moment où il traversait l'Yonne.

L'opération atteignit son but ; on ramena un grand nombre de prisonniers (1).

Les colonnes mobiles parcouraient toute la contrée, opérant des arrestations en masse et désarmant les

(1) Tous ces détails sont extraits du Moniteur de décembre i851*

villages. Fusils de chasse, pistolets, armes de laxe, les habitants étaient tenus de tout remettre à la troupe. Beaucoup de propriétaires se joignaient aux colonnes et les guidaient dans leurs battues. A Entrains, on fit un grand nombre de prisonniers ; l'un d'eux fut tué en essayant de résister; un autre s'élança dans un étang pour se sauver à la nage, on fit feu sur lui, il disparut sous Teau et se noya. Les fugitifs traqués de la sorte, se rendaient en foule. Les maires de Billy et de Pousseaux furent conduits, la corde au cou, à travers les rues de leurs villages. M. Goiineau fut ramené à Entrains garrotté derrière une charrette. La prison de Clamecy regorgea bientôt : le nombre des arrestations dépassa quinze cents. Certains quartiers, Bethléem et le Beuvron, étaient comme dépeuplés. Longtemps la ville présenta l'aspect d'une cité prise de vive force. Les maisons étaient pleines de soldats y vivant et y agissant à leur discrétion. La terreur était universelle (1).

Pendant que ces événements se passaient à Clamecy, l'arrondissement de Gosue était le théâtre d'une tentative insurrectionnelle qui, sur de moindres proportions, présentait des incidents semblables à ceux de Clamecy.

(1 ) Le temps ii*e8t pentrètre pas encore venu de faire le tableau coiftplet de cette terreur de décembre à Clamecy. Nous nous bornons à en indiquer les traits généraux. Tous les faits de répression que nous venons de citer sont racontés dans les journaux du temps. Que le lecteur veuille bien mettre en parallèle ces traitements infligés aux citoyens qui avaient défendu la Constitution et ce qu'on appelle les crimes de Clamecy ; qu*il examine, et il pourra dire en conscience de quel cOté se sont produits les excès les plus révoltants.

Le bourg de Neuvy^^eyr^-Loire était depuis le 3 déeembre en proie à une viv; agitation. La nouvelle des événenenta de Glameoy y amepa une explosion des passions surexcitées. Le dimanche 7 décembre, le ;Qaire, M. Laborde, qui appartenaient au parti réactionnaire, fut averti qu'un rassemblement se formait au cabaret teau par le nompé Thème. Le maire était un homme résolu. Il prit le parti de résister. Un gendarme envoyé par lui courut demander des secours à Gosne, et le tambour des pompiers reçut ordre de battre le rappel \ mais cet hpmme était démocrate, il reftisa d'obéir. Le capitaine des pompiers, de son côté, refusa de donner Tordre.

Un rassemblement nombreux se porta bientôt sur la Mairie et s'empara des armes qui y étaient déposées. De là, il se dirigea vers la caserne de gendarmerie. Le maire y accourut. Pour éviter une effusion de sang inutile, il engageait les gendarmes à ne pas résister, lorsque la foule impatiente enfonça la porte et les désarma. Le maire lui«méme Ait saisi et conduit en prison avec le percepteur et quelques autres notables du bourg.

Pendant ce temps, un groupe d'hommes armés se rendait chez l'abbé Vilain, curé de Neuvy, s'emparait de ce prêtre inoffensif et le conduisait en prison. Quelques-uns de ces hommes, égarés par le ftinatisme et la haine, lui adressaient des injures ; l'un d'eux lui tenait la pointe de sa baïonnette dans les reins. Cependant, après quelques minutes de marche, le malheureux curé, profitant d'un moment de répit, allait échapper h ses gardiens, lorsque le oabaretier

Thème Tajusta et lui tira un coup de pistolet presque k bout portant. Par un heureux hasard, la halle qui avait pénétré dans la poitrine, ne lésa aucun organe essentiel à la vie. Resté debout malgré sa douleur, il fut impitoyablement traîné en prison. L'abbé Vilain guérit plus tard de sa blessure.

On nous a afHrmé que la majeure partie des insurgés furent indignés de cet odieux attentat, et qu'ils prirent des mesures pour empêcher de nouveaux excès, n est certain que ce crime demeura isolé, et qu'aucun des réactionnaires de Tendroit ne subit de mauvais traitements.

Dès le lendemain, M. Ponsard, secrétaire général de la Préfecture de la Nièvre, se porta vers Neuvy avec quelques détachements d'infanterie. Le bourg était barricadé et les habitants paraissaient disposés h se défendre.

Voici le commencement de la dépêche insérée au Monitmr^ dans laquelle M, Ponsard rend compte de sa mission t

« A un kilomètre du bourg deNeuyy, nous ayons été accueillis par une fusillade de tirailleurs insurgés, à laquelle ont répondu les nêtres.

« Trois individus qui av^iept (ait fau «ur nous ont été pris les armes à la main et fusillés de wiU* "

« Six insurgés armés, venant au sçcours de leurs camarades, ont été arrêtés, etfaXlais leur faire subir le même sort; mais les braves militaires chargés de Texécutlon, ont eux-mêmes demandé merci pour leurs ennemis, et j'ai cédé à leurs instances. »

La barricade élevée k Ventrée du bourg fut enlevée

après une assez vive fusillade» et M. Ponsard fut bientôt maître de Neuvy.

Le cabaretier Thème, dénoncé par toute la population, fut saisi et fusillé immédiatement sur la place publique.

Après les exécutions sommaires» vinrent les arrestations en masse. Le bourg de Neuvy vit bientôt la majeure partie de sa population valide emprisonnée ou errante, traquée dans les bois par les colonnes mobiles.

Nous terminerons ce chapitre par la relation succincte des mouvements qui agitèrent le département de TYonne. Ces mouvements se rattachent d'une manière assez étroite à ceux de la Nièvre.

Nous avons déjà vu que Druyes» Ândryes, Sougères, communes de TYonne, avaient envoyé leurs contingents à Glamecy. Les pays voisins de ces communes éprouvèrent par contre-coup la plus vive agitation.

Le samedi 6 décembre, il y avait foire à Saint-Sauveur, chef-lieu d*un canton limitrophe de l'arrondissement de Clamecy. La foule était noinbreuse et plus préoccupée de politique que de commerce.

H. Thiébault, professeur de médecine vétérinaire b la Ferme-École, très-connu par ses opinions démocratiques, parut sur la place, harangua le peuple et fit un appel aux armes. Un grand nombre de paysans répondirent» et la Mairie fut envahie. Les armes de la garde nationale furent distribuées, et un rassemblement de quatre à cinq cents hommes armés se réunit assez promptement. Un citoyen, nommé Landré, cordonnier.

très-influent dans le pays, contribua beaucoup à cette prise d'armes.

Maîtres du bourg de Saint-Sauveur, les insurgés résolurent une entreprise qui ne manquait pas d'audace. Espérant se recruter dans toutes les communes du pays, ils prirent le parti de marcher sur Âuxerre, chef-lieu du département. Ils se formèrent en deux bandes. L'une prit par Toucy, petite ville à quelques lieues d'Auxerre ; l'autre par Thury, Taingy, Ouanne et Laigny. Les deux bandes devaient se rejoindre auprès du chef-lieu. Ce mouvement, exécuté le jeudi, avant que les dépêches de la capitale n'eussent annoncé la défaite du parti républicain, aurait pu avoir quelque gravité. En ce moment, il était trop tard.

La ville de Toucy était fort agitée. Le maire, M. Arrault, réunit les citoyens du « parti de l'ordre, » les forma en garde nationale et envoya demander des secours à Auxerre. Une section d'infanterie du 16® léger, commandée par le lieutenant Fistié, fut expédiée, en voiture, avec dix gendarmes à cheval. Cette troupe arriva à Toucy à quatre heures après minuit. Le renfort arrivait à propos. Deux cents insur gés venant des villages de Mézilles et Yilliers-Saint- Benott, entraient en ville au même instant. La garde nationale se forma en colonne, la troupe en tête. Les paysans surpris furent culbutés sans peine ; une ving taine furent pris. Ces prisonniers étaient à peine en lieu de sûreté, que parut la bande de Saint-Sauveur. La fusillade s'engagea, et les insurgés, chargés avec vigueur par la gendarmerie achevai, furent compléte-

in«nt. repoussés. Un soldat fut blessé d'une balle, et un gendarme d'un coup de faux.

La deuxième bande de Saint-Sauveur arriva plus près d'Auxerre. Le dimanche, à huit heures du matin, elle était à Chevannes, Elle ne s'était guère renforcée en route ; h peine comptait-elle trois cents hommes. Un détachement d'infanterie, commandé par le lieutenant Rogé. et yingt-ciaq cavaliers, lanciers ou gendarmes, dirigés par le lieutenant de gendarmerie Petit-Mangin, se portèrent à leur rencontre. Les républicains se replièrent sur le village d'Escamps. Là, ils 5'arrétèrent pour combattre. L'engagement aasez vif qui se produisit, se termina par leur défaite complète. Ils laissèrent quelques cadavre» sur le terrain (1).

Cette petite insurrection, qui se distingue avantageusement de celles de la Nièvre, par l'absence de tout excès, fut réprimée avec la même rigueur. Des colonnes mobiles parcoururent et fouillèrent en tous sens la Puisaye, pays boisé, montueux, coupé de haies vives et de chemins creux, assez semblable au Bocage vendéen, où les insurgés avaient trouvé asile. Beaucoup de propriétaires se joignirent aux troupes dans ces battues, dont le souvenir est resté vivant sous le nom de ckatae aux rouges.

L'ordre se rétablit promptement dans la Nièvre et dans l'Yonne, l'ordre matériel du moins. La tranquillité morale fut plus lente à venir après d'aussi grands déchirements, suivis d'une répression aussi impi-

(1) Ces détails sont puisés dans la ConstiluUon de rYotine.

toyable. Cependant le vote du 20 décçmbre eut lieu dans le plus grand calme, et une immense majorité y ratifia le Coup d'État triomphant

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