‹ Paris et la banlieue piece en cinq actes et onze tableauxChapitre 20 sur 77 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, FRÉDÉRIC, pat* CLÉMENCE.

pascal, apercevant Frédéric. Mon jeune homme!...

Frédéric. Vous, monsieur?...

le comte. Eb bien, ce jeune homme?...

M” ,c rknaud, distraite. Ce jeune homme../ le voilà. . . Approchez, mousieur, approchez.. .

Frédéric. Pardon , monsieur , si je me présente sans être connu de vous; (en montrant Pascal) mais monsieur, qui m’a remis cette lettre de recommandation, m’a assuré...

LE comte. Toi, Pascal?...

pascal. Oui , monsieur le comte , j’ai pensé... j’ai espéré...

M rar RENAUD, à pari. l!n fils. . . ila un fils... le comte. Que je recevrais bien ton protégé; tu as eu raison... Oui, c’est une bonne recommandation que vous avez là , jeune homme... et tout le monde ici est prévenu en votre faveur ; n’cst-ce pas, madame Renaud?...

M"'” henaud, distraite. Oui, oui... certainement, monsieur le comte...

pascal, bas à Frédéric. Ça va bien. .. ça va bien !...

le comte. Voyons, dites -nous ce que vous espérez faire à Paris... car si vous aimez le bruit, les fêtes, les plaisirs, vous devez avoir aussi un but plus sérieux, plus noble, plus élevé.

Frédéric. En effet... c’est que...

le comte. C’est que?... parlez sans craintp. ..

Frédéric. Oh! monsieur... je n’ose...

j'en ai parlé à monsieur Pascal. ..

le comte. A toi?...

PASCAL, cherchant. A moi!... AhI oui...

(Au Comte.) Folie de jeunesse. ..

Lecomte. Un amour?...

Frédéric. Oui. monsieur; un amour, hélas! sans espérance. Après avoir perdu le seul ami qui soutint ma jeunesse... si je suis venu à Paris, c’est qu’un sentiment plus fort que ma volonté m'y entraînait!...

paris et la banlieue. «s

le comte. Et celle que tous aimez...

clémence, entrant. Mon oncle !... [Aperceront Frédéric.) Ciel!

Frédéric. Grand Dieu!...

le comte, les considérant. HeiuT... comment?...

F asc al. Diable, diable... ça se complique...

Renaud. Qu’est-ce que vous avez donc, manuelle?

le comte. Qu’est-ce que vous avcr. donc, jeune homme?

clémence. C’est lui!

Frédéric. C'est elle!

M~ RENAUD. Ah ! ils se connaissent!...

leco.mte. C'est lui ! c’est elle! [A Pascal.) As-tu remarqué!... Ciel!... Grand Dieu!...

C’est lui ! c’est elle ! Et puis les yeux baissés de part et d’autre.. . Il est très-bien, ce jeune homme... (A A/"" Renaud.) Il vous intétéresse, vous me l’avez dit, n’cst-cc pas?... M"* Renaud, froidement. Ça dépend...

pascal. Hum ! je crois que ça va se gâter.

Frédéric. Je vous disais, monsieur...

Lecomte. Oh! oh! c’est iuutile... nous en savons maintenant plus que vous u'en pourriez dire...

Frédéric. Comment?...

LE comte. Vous uous avez appris que vous u'êles pas de Paris... et nous avons deviné, nous, que vous venez de Toulouse.

Frédéric. En effet, je...

le comte. C’est bien cela , u’est-ce pas, mademoiselle ma nièce.’ clémence. A peu prés, mou oncle.

LE COMTE. Ah ! à peu près !... A Frédéric.) Nous avons encore dénué qu'à Toulouse, vous avez rencontré quelquefois d’abord, et plus souvent ensuite, une jeune fille charmante... c’est encore cela, n’est-cc pas?...

clémence. Mais... à peu prés, mon oncle,

LE comte. Toujours à peu près celle

jeune fille dont vous êtes devenu amoureux fou, ne vous voyait pas tout à fait avec indifférence. .. c’est toujours cela, n’est-ce pas?...

CLÉMENCE, bas. Mon oncle, mon bun petit oncle, vous êtes rempli d'esprit LE comte. Merci Et cette jeune per-

sonne que vous aimez?...

Frédéric. C’est le hasard seul qui me l’a fait retrouver ici, et maintenant que je sais qnc mademoiselle est votre nièce, h vous, monsieur, si riche, si considéré, je me sens tout honteux du peu que je suis, tout épouvanté de mon audace; car mon amour, c’est de l'égarement, de la folie, et cependant, si je •lois y renoncer, je sens que je n’ai plus qu’à mourir!...

LE cqaffe. Mourir allons, voyons, calmez-vous. .. (Kst-.ce qu’il fant parler ainsi

mourir. „

clémence, bat. Mon oncle, on m’a- dix qu’il avait très-mauvaise tète...

le comte. Vraiment... [Voyant madame Renaud qm s'approche de bm.) Qu’en ditesvous, madame Renaud?...

M”'° RENAUD, se levant. Moi...

pascal. Je suis fâché d'avuir amené ce jeune homme ici...

M“"' renaud. Il me semble , monsieur le comte, qu'avam tout il faudrait savoir à qui on a affaire...

LE COMTE. C'est juste.

M mc Renaud. Connaître la famille de monsieur...

Frédéric. Ma famille!... oui, j’aurais dil vous dire. . .

LE comte, C interrompant. Aie vous «infusez pas, c'est inutile d'abord, le nom de

votre père !

Frédéric. Mon père!...

le comte. Eh bien ?. ..

FRÉDÉRIC. Hélas, monsieur, je n’en ai pas... Je suis seul au monde. ..

M""- renaud. Pasdenom... pas de famille...

et voilà ce que votre nièce a encouragé. . .

le comte. Seul et vous habitiez Tou-

louse depuis longtemps?...

Frédéric Depuis mon enfance...

le COMTE, vivement. Depuis votre enfance...

Pascal, virement. Ah ! bah !...

M"' RENAUD. Qu’est-ce donc... qu’avezvous tous les denx...

LeComte et l'ami ne regardent.

lé comte. Rien, rien...

pascal. Ce n’est absolument rien...

M" 1 ' renaud. Comme ça l’a ému !...

LE comte. Ce pauvre jeune homme il

est seul au monde.. . sans parents, sans ami, et cela m’intéresse, cela me fait impression !. . . pascal. Et à moi... à moi aussi...

11 regarde le Comte.

M" 1 ' renaud, à part. Est-ce que par hasard ça serait...

! le comte. 'Et comment vous appelezvous ?. ..

Frédéric. Frédéric.

pascal. Frédéric.

LE comte, se levant. Frédéric!... ( Ils se regardent encore avec Pascal. A part, j C’est cela, c’est bien cela...

51““' RENAUD , les observant toujours , à part. C’est lui... [Elle sonne. Prenez garde, monsieur le comte, votre bon cœur vous entraîne trop loin. .. vous voilà tout tremblant et j’ai peur.. .

LE comte. Non, laissez.. . laissez, vous disje... F!l à Toulouse... Frédéric... -monsieur j Frédéric... qui donc a pris soin.. .

M"” renaud. Assez , assez , monsieur le i comte... cette scène vous fait mal... vous nu

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porteriez pas plus d’mtérêt à votre propre enfant...

le comte. Mon enfant... mais...

pascal, t'élançant et lui prenant la main.

Silence, monsieur le comte. . . (Il lui montre let trois neveux qui sont entrés au coup de sonnette .) Silence... ils le tueraient..

LE COMTE, à madame Renaud. Mon

mon enfant... quelle folie... non... Je veux seulement savoir.... ( à Frédéric) qui a pris soin de votre enfance. . .

fbêdéric. Un pauvre homme appelé Gervais.

le comte. Gervais c’est lui mais

elle!... mais ces trois hommes... je ne puis l’embrasser... tu veilleras sur lui, n’est-ce pas? PASCAL, bat. Oui, oui, oui!...

le comte. Tu ne le quitteras pas...

pascal. Non, non, non !...

le comte. Tu le protégeras.

pascal. Oui, oui, oui!...

M"" Renaud. Mais, monsieur le comte...

LE comte, d part. Ht ne pouvoir lui parler, le presser sur mon cœur. .. Oh 1 l’émotion me suffoque... la force la force m’a-

bandonne...

M m ' RENAUD. Ah ! mon Dieu... mais vous souffrez, monsieur le comte...

LF, comte, bat à Patcal. Oh ! oui, je souffre... Viens, Pascal, viens, car je sens que je me trahirais.

pascal. Monsieur le comte!...

clémence. Mon oncle ! (Le Comte tort soutenu par Pascal et madame Renaud. En sortant. ) Ah ! Frédéric, tout est fini pour nous...

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