Voir à cet égard Michklbt, t. X, p. 83 et suiv
3. Db Thou, t. IX, p. 186, et Bulletin de VAcad. royale de Belgique, t. XXHI. no 10.
LA RÉSURREGTIOiN DE LA LIGUE 193
lecture du livre d'Alain, le chef du séminaire de Reims, avait dissipé sds dernières hésitations Ml y eut aussi deux projets d'assassinat contre le roi de Navarre '. Henri de Guise ne cachait plus sa haine contre le prince huguenot.' 11 l'avait d'abord choyé, accablé d'avances, au lendemain même de la mort de Charles IX, comme pour l'opposer à Monsieur l'héritier présomptif. « Ils ne se séparaient presque plus, dit de Thou en parlant des deux Henri, mangeaient ordinairement ensemble et ne se servaient souvent que d'un seul lit. » Le roi de Navarre semblait entrer dans les vues du Lorrain, mais on jeta les masques après la mort du duc d'Anjou, et Henri de Guise, furieux d'avoir été dupé, jura à son ancien ami une haine éternelle. Quant à Henri III, il flottait entre les deux rivaux, n'osant, d'une part, affronter les Guises et leur allié Philippe II, mais sentant, d'autre part, son autorité mise à néant par les ligueurs. Au début de novembre 1584, le roi de France assembla ses p us fidèles serviteurs à Saint-Germain et leur déclara qu'il était décidé à mettre un terme aux intrigues « de ses ennemis couverts ». Il publia, en effet, le 11 du même mois, une « déclaration contre ceux qui font ligues, enroollemens et pratiques contre l'Estat de son royaume, avec
1. Mkh. de la Ligue, L I, p. 20. Db Tbou, Ibid,, p. 193. Le pape qui avait approuvé les desseins criminels de Guillaume Parry était encore Grégoire XUI, qui occupa le trône pontifical du 14 mai 15T2 au 10 avril 1585. Le successeur de Grégoire XUI, le bouillant Sixte V, qui fut pape jusqu'au 17 août 1590, excommuniera bien Henri de Bourbon, mais ne consentira jamais à ériger en dogme Tassassinat des rois.
2. D'Auger de Gislen, seigneur de Busbec, ambassadeur de Rodolphe U empereur d'Allemagne auprès de Henri III jusqu'en 1592, parle, dans une de ses lettres, datée du 6 mars 1585, d'une de ces tentatives d'assassinat. Le meurtrier avait voulu tuer Henri de Navarre d'un coup de pistolet, après lui avoir administre un poison qui ne produisit pas d'elTet.. Busbec ajoute que Henri IH envoya un conseiller d'État au roi de Navarre pour suivre le procès de l'assassin. Archiv. cur., t. X, p. 126. L'ambassadeur de l'empire fait sans doute allusion & la tentative d'un secrétaire nommé Ferrand, que la reine de Navarre avait placé auprès de son mari avec mission de Tempoisonner, parce que le Béarnais avait cessé tous rapports conjugaux avec elle depuis le mois d'août 1583. L'Estoile, t. II, p. 181.
abolition pour ceux qui s'en départiront ^ ». Le roi, dans cette déclaration, qualifie de « criminels de lèse-majesté » ceux qui sollicitent ses sujets « d'entrer en Ligue, associalion et enrooUement » et enjoint aux officiers de justice de procéder contre eux « en toute rigueur ». Ainsi menacé, le duc de Guise ne garda plus aucun ménagement. Il décida le vieux cardinal Charles de Bourbon à prendre le rôle d'héritier présomptif de la couronne. En même temps, pour agir par les yeux sur la masse du peuple, les partisans des Guises firent composer des planches qui étaient censées représenter les supplices que les catholiques subissaient en Angleterre ; et, tandis que le peuple parisien considérait ces gravures, des gens apostés en expliquaient le sujet, une baguette à la main^ disant à l'oreiUe de chacun que, si le roi de Navarre montait sur le trône, les catholiques de France seraient soumis au même traitement que les catholiques d'Angleterre ". Henri III, informé de cette dangereuse comédie, donna l'ordre au lieutenant civil d'empêcher qu'elle continuât, et Claude Dorron, maitre des requêtes, fut chargé de saisir les planches et de les détruire. De fait, on savait où les trouver et on les trouva à l'hôtel de Guise : elles furent portées au roi, mais son autorité était déjà si compromise que les ligueurs firent peindre sur bois le même sujet et exposèrent ce tableau dans le cimetière de Saint-Séverîn. L'ambassadeur d'Angleterre se plaignit de nouveau à Henri III, qui eut beaucoup de peine à obtenir des marguilliers de la paroisse l'enlèvement du tableau séditieux.
Il semble, du reste, que le roi de France ne pouvait prendre son parti de rompre avec les Guises, soutenus par
1. On trouve cette pièce dans les Mém. de Nevers, t. I, p. 633. Le duc de Nevers, interpellé personnellement par Henri III, ploya le genou devant lui et Jura « qu'il serait toute la vie aussi fidèle à Sa Majesté qu'il espérait de rôtre h Dieu ».