Rbo. h, 1788 bis, f
aulcune contraincte ». Mais, pour ne pas laisser croire au roi qu'elle était heureuse de voir grossir indéfiniment le chiffire de sa dette, la Ville ajouta à sa délibération ce post-scriptum : » Et néantmoings seront faictes remonstrances très humbles au roy par mondict sieur le prévost des marchands, ad ce qu'il plaise à Sa Majesté faire pourveoir sur le payement des arréraiges des rentes. »
L'histoire des relations financières du roi et de la Ville ne présenterait qu'une nomenclature un peu sèche, sorte d'addition dont le total fuit toujours, si l'on n'avait pas soin de la replacer dans le cadre des événements politiques qui conunencent, en cette année 1S85, à se dérouler avec une gravité terrible. Après avoir jeté un coup d'œil sur les différentes parties de l'administration municipale, au moment où elle n'a pas encore pris un caractère occulte et révolutionnaire, il convient de reprendre le récit des faits et des actes qui ont préparé la seconde phase de la Ligue.
En licenciant les États généraux de Blois (l"" et 2 mars 1577), Henri III avait formellement refusé de rétablir l'unité de religion par la force ; cette tolérance ne dérivait pas de considérations politiques , mais de la pénurie du Trésor, qui ne lui permettait pas de réaliser ses premières intentions *. II s'était contenté de laisser les ducs d'Anjou
1. Il est ioléressant de citer, d'après les Mémoires de Nevers, les paroles que prononça Henri III dans la séance du Conseil privé tenue à Blois le 28 février 1577 : « Messieurs, chacun a veu de quelle afTection j'ay embrassé ce qui estoit pour Thonneur de Dieu, et combien j'ay désiré de Toir qu'il n'y eust qu'une religion en mon royaume. Mesme j'ay brigué, s'il faut ainsy dire, les gens des trois Estais, qui n'alloient que d'une fesse, pour les pousser k demander une seule religion, dans la croyance que j'avois qu'ils m'aideroient à exécuter une si sainte résolution. Mais, voyant le peu de moyens qu'ils m'en ont donné, cela m'a fait connoistre le peu d'espérance qu'il y a d'exécuter ma première intention, laquelle je veux bien qu'on sache avoir esté telle. Toutesfois, comme dit M. de Nevers, il est permis de chauffer s^n opinion quand l'occasion s'en présente. De mon costé, je ne pense^oint faillir si je ne déclare pas maintenant que je veuille entretenir une^seple religion dans mon royaume, puisque je n'ay pas les moyens de le Taire... » Mém, de Nevers, 1. 1, p. 177,
et de Mayenne batailler quelque temps encore avec les huguenots, afin d'affaiblir Tun par l'autre les deux partis^ puis il avait signé la paix de Bergerac (17 sept. 1577). La Ligue, déjà constituée par Tacte de Péronne (juin 1576), paraissait frappée à mort par ce coup droit, et les plans des Guises avortaient jusqu'à nouvel ordre. Ils sommeillèrent \ en effet, de la paix de Bergerac à la mort de duc d'Anjou (10 juin 1584). Mais alors, grâce aux encouragements de Philippe II et du pape, les ligueurs jettent le masque et lancent contre Henri III l'immense armée des moines, des curés et des Jésuites. Du séminaire catholique de Reims, succursale du Gesù, la doctrine du tyrannicide s'élève et se répand au dehors •. Le 10 juillet 1584, un jeune homme de vingt-six ans, né à Villefaus, en Franche-Comté, tue le prince d'Orange d'un coup de pistolet, à Delft. Il avoua qu'il avait communiqué son projet homicide à trois jésuites de Trêves, qui l'avaient approuvé '. En février 1584, on avait découvert en Angleterre une conspiration contre la vie de la reine Elisabeth. Guillaume Parry fut exécuté (2 mars), après avoir avoué que le pape lui avait envoyé sa bénédiction par le cardinal Ptolémée Gallo, et que la
1. Toutefois les Guises ne cessèrent pas, dans rintervalle, de se donner comme les protecteurs de la religion catholique. En 1579, ils eurent assez de crédit pour imposer aux Parisiens un pacte très curieux qui a été conservé dans les Mém, de Nevers (t. I, p. 627) et par lequel les associés s'engagent à se tenir armés « pour la conservation de là religion et le service de Sa Majesté », à former, pour le gouvernement de Paris et de rUe-de-Prance, un contingent de 500 cavaliers et de 2,500 fantassins, à payer la somme nécessaire à l'entretien de ces forces, et prennent l'engagement de tenir l'association secrète : Henri III, auquel les États de Normandie et de Bourgogne, ainsi que le Parlement de Paris, reprochaient violemment ses exactions financières et ses édits bursaux, n'osa pas, A ce moment, rompre avec les Lorrains, et il approuva le nouvel acte d'association, dans les termes qui suivent : « Après avoir entendu le contenu aux articles cy-dessus, avons permis aux sujets de nostre bonne ville de Paris d'exécuter ce qui est porté par iceux et octroyé de lever sur eux les deniers nécessaires. Fait k Paris le douziesme jour de janvier 1579. » Ainsi signé Hurar. Et au-dessous, au bas, contresigné Pinart.