‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 122 sur 314 · L'EsToiLE, l. II, p · texte numérisé non relu

L'EsToiLE, l. II, p

2. L'incident rapporté par TEstoile est heureusement complété par les Rbsistrbs de la ViLLB,qui donnent sur l'arrestation de M. de la Rochette trois pièces importantes et encore inédites. Quand le duc de Guise apprit la saisie du navire et la capture de son agent, il s'adressa, non pas au roi, mais à la Ville de Paris, à laquelle il écrivit la lettre ci-dessous : « Messieurs, je pensoy s que par le retour du sieur de Maintenon, à qui j'avois rendu le tesmoignage de la charge expresse que j'avois donnée au sieur de la Rochette pour Tachapt de quelques armes dont je me voyois en alTaire pour ma seuretté, vous eussiez esté entièrement satisfaictz du doubte qui vous a donné subject de les arrester, m'asseurant tant de vostre bonne volonté que, pour si juste occasion, vous ne vonldriez les retenir davaniaige. Mais, afin de vous en esclairer encor, je vous ay bien voulu faire la présente pour vous prier de les vouloir faire rendre au sieur de la Rochette, et croire que vous m'obligerez infiniment en cela que je tiendray pour un singulier plaisir, avec une entière affection de m'en revancher par tous les moiens qui despendront de ma puissance. Priant Dieu^ messieurs, vous» avoir en sa saincte et digne garde. De Chaalons, le cinquiesme jour d'apvril 1585. £t est soubscript : Vostre entièrement meilleur amy à jamais. Signé : Hbvry db Lorraikb. » Rbo. H, 1788 bis, fol. 443. A cette lettre était joint le certificat suivant, délivré par le duc de Guise : - Le duc de Guise, pair et grand maitre de France, Nous certiffions à tous qu'il appartiendra avoir cy-devant donné charge au sieur de la Rochette d'achepter par nous et en nostre nom en la Ville de Paris quelque quantité de harquebuzes, corceletz et autres armes pour nous les faire conduire et admener en nostre maison de Joinville, pour la seuretéde nostre personne. £n tcsmoing de quoy

Tandis que des nuées de gentilshommes partaient en mission, stylés par le roi; tandis que M. de Maintenon se rendait près du duc de Guise, M. de Rocliefort près du due de Mayenne , et Lamothe-Fénelon près du cardinal de Bourbon « pour sonder et descouvrir ce qu'ils pourroienl de leurs fins et intentions », de nombreuses mesures étaient prises à Paris en vue du maintien de l'ordre. Les Registres de la Ville nous en donnent le minutieux détail. Dès le 26 mars 1585, le roi « étant en son conseil » décida qu'on enverrait au prévôt des marchands Tordre de présenter au gouverneur de Paris « un rôle de tous les habitants des dixaines, avec un extraict à part des personnes qui seroient propres pour estre cappitaines et lieutenans, afin que le roy les puisse destiner, et des aultres de chacune desdictes dizaines ausquels Ton pourroit faire prendre les armes, s'il en est besoin ». Les clefs seront remises aux quartiniers, qui iront eux-mêmes ouvrir et fermer les portes.de la Ville. Deux bourgeois assisteront à l'ouverture et à la fermeture de chacune d'elles. Désormais neuf seulement resteront ouvertes, savoir : les portes Neuve, Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint- Antoine , Saint-Victor,

nous avons signé la présente à ChaaIIons, le cinquiesme jour d^apvril 1585. Ainsi signé : Hbnri de Lorraine. Et plus bas : Perricard. »

La Ville de Paris répondit au duc de Guise, le 8 avril, qu'en saisissant le<« armes achetées pour le compte de la Ligue, elle n'avait fait qu'exécuter les ordres du roi : Voici la lettre du prévôt des marchands et des échevins : « Monseigneur. Nous avons receu voz lettres escriptes & Chaalons le cinquiesme jour de ce mois; pour responce auxquelles nous vous supplions croire que les armes dont vous nous escripvez ont esté par nous arrestées de Texprès commandement de Sa Majesté, et à nous laissées en garde, desquelles ne pourrions faire aulcune délivrance sans ordonnance expresse de Sa Majesté, à laquelle ayant faict entendre le contenu en vosdicles lettres, comme nous debvons toute aultre chose concernant son service, comme très humbles et très affectionnez subjetz que nous sommes, nous ne pouvons vous rendre satisfaîct du contenu en vosdites lettres, dont il vous plaira, Monseigneur, nous excuser; et sur ceste assurance, nous supplierons le Créateur quMl vous donne, Monseigneur, en heureuse santé, bonne et longue vie. De THostel de la Ville de Paris, ce huictiesme jour d'apvril 4585. Et est soubzcript : Vos très humbles et très obéissans serviteurs les prévost des marchans et eschevins de ladite Ville. A monseigneur le duc de Guise, pair et grand maitre de France. >> (/6W., fol. 445.)

Saint-Marcel, Saint-Jacques, Saint-Germain. Ce ne sont plus uniquement les hôteliers qui doivent espionner leurs hôtes pour le compte de la police : « le roy veult aussi que les bourgeois de chacun quartier, de quelque qualité qu^ilz soient, et sans nul excepter, soient tenuz, à Tinstànt mesme qu'il viendra quelqu'un en leur maison ou chambre, le déclairer et en apporter le nom et de ses serviteurs et nombre de chevaux au dixinier ». Quotidiennement, chaque dizainier apportera à l'Hôtel de Ville un rôle des entrées et sorties, et l'Hôtel de Ville, quotidiennement aussi, fera faire pour le gouverneur de Paris, qui en référera au roi, un résumé de ces rôles. Défense est faite aux bateliers, sous peine de punition corporelle^ « de passer et repasser l'eau en ceste ville et à deux lieues à la ronde, depuis huit heures du soir jusques à quatre heures du matin ; et seront ostez tous les basteaux qui sont èsH3nviron de ceste Ville * ». Quelques jours plus tard, le 29 mars, le prévôt des marchands mande aux quartiniers : « Faictes avec voz cinquanteniers et diziniers de chacune dizaine, assemblées des habitans de chacune d'icelles dizaines de vostre quartier en vostre maison ou bien de Tun des plus apparens dudict quartier pour, après le serment par eulx preste ès-mains du plus notable et qui présidera en icelle assemblées, procedder à l'eslection desdicts capitaines, pour, la dicle eslection faicte, nous rapporter les noms, surnoms et qualitez de ceulx qui auront esté ainsi esleuz, et nV faictes faulte \ » D'autres ordres enjoignent à des capitaines nominativement désignés d'occuper telle ou telle porte avec leurs dizaines '. De leur côté, les quartiniers sont invités

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