Ibid.y
3. Nous avons déjà dit que c^était par erreur que certains historiens de Paris avaient cru devoir attribuer aux 'ligueurs de i588 la substitution dans le commandement de la milice des colonels, capitaines, etc., aux quartiniers et dizainiers. Dès 1562, chaque dizaine est placée sous le com-
âl2 PARIS ET LA LIGUE
le 1®' avril à « fedre perquisition des armes dont les bourgeois sont fournys et que ceulx qui n'en auront suffisamment ilz aient à leur enjoindre d'eulx en garnir dedans vingt-quatre heures, sur peine de dix escus d'amende chacun ». A la date du 2 avril, le Bureau de la Ville envoya aux quartiniers « le règlement imprimé faict par le roy » et signé, en effet, de lui, sous la date du 3 ^ Les quartiniers devaient transmettre le contenu de ces ordres aux capitaines de leurs quartiers respectifs. Le règlement du 3 avril 1585 est fort intéressant à étudier, en ce qu'il donne des renseignements très précis sur les cadres de la milice municipale '.
mandement mililaire d'un capitaine, élu par les habitants du quartier, ri dès 1568 il y seize colonels placés à la tête des seize quartiers. (Voy. notre Histoire municip,, p. 536 et suivantes.) Le passage de Nicolas Poulain rapporté par Leroux de Lincy {Histoire de P Hôtel de Ville de Paris ^ !'• partie, p, 200) concerne un projet d'organisation révolutionnaire des quartiers en 1588, qui, pour être calqué sur l'organisation officielle, n'en est pas moins tout à fait distinct. Il en était si bien distinct qu'il comprend cinq quartiers, au lieu de seize. Présenté au nom du duc de Guise par le sieur de la Chapelle, il n'est pas difficile de voir que le sectionnement de Paris en cinq circonscriptions correspond & la première répartition des quartiers entre les cinq délégués du comité d'action de 1585, dont parle le Dialogue du Maheustre et du Manant.
1. Voici le titre exact du règlement que nous ont conservé les Registres de la Ville, H, 1788 bis, t* 447 : Ordre et reiglement que le Roy veult et ordonne estre gardé et observé par les cappitaines^ bourgeois de sa bonne ville et ailé de Paris, esleuz par Sa Majesté pour son service et conservation de ladicte Ville et bourgeois dicelle soulz son obéissance.
2. « Après que les cappitaines et lieutenans auront esté esleuz », le mandement du 29 mars a dit comment, chaque capitaine choisira nn enseigne, puis avec les cinquanteniers et dizainiers « ira en personne par toutes les maisons ou il fera description de tous les maistres et serviteurs pou vans porter les armes n. Puis le capitaine comptera les hommes de sa dizaine et se procurera les armes nécessaires. Il nommera des sergens de bandes qui porteront la hallebarde, et « les caporaux qu'il trouvera les plus capables, qui auront vingt hommes soulz leur escouade, et chacun sergent aura deux escouades ». C'est aussi par les soins des capitaines que sont posées les sentinelles de nuit et que sont désignés les bourgeois à tour de rôle pour veiller k la garde des portes. Ceux qui ne répondraient pas à l'appel seront frappés d'une amende de deux écus, applicable « pour le bois et chandelle qu'il conviendra avoir pour servir ès-corps de garde ». Avant de fermer la porte confiée à sa surveillance, le capitaine détachera trois ou quatre hommes au dehors « pour veoir s'il n'y a point quelques gens de mauvaise volonté » et l'on sonnera « le tabouriu hors la porte pour advertir ceulx du dehors qui vouldroient entrer en
Telles étaient les mesures auxquelles Henri III s'était arrêté pour se défendre contre les Guises; mais il n'avait pas une confiance absolue dans le dévouement de la milice municipale. « Comme| si, écrit TEstoile au début du mois d'avril 1585, comme si le Roy se fust aucunement desfié des bourgeois de Paris et de leur garde, envoie de jour à autre les seigneurs de Chavigni, Le Curton, de Sennetaire et des Arpentis, passer par lesdites portes et espier les actions et contenance de ceux qui sont en garde. Et y va lui-mesme quelquefois, bien accompagné *. » Après la prise de Cbâlons par le duc de Guise, le roi prit même une résolution plus énergique. « Bien adverti que la pluspart des marchans et du menu peuple de sa ville de Paris tenoit le parti de la Ligue et afféctionnoit les desseins des Guises », il destitua brusquement tous les capitaines et lieutenans élus de la milice et les remplaça par « ses officiers de robbe longue et de robbe courte, tant qu'il ne peust descouvrir, espérant plus fidèle et asseuré service de ses officiers qui
ladicte Ville •. Si le service le requiert, « qui demeure la nuict à coucher sur la porte » aura la faculté d'ouvrir le guichet dont il a la clef, mais jamais la grande porte, dont la clef d'ailleurs n'est pas entre ses mains; encore le guichet ne peut-il être ouvert qu'avec précaution et après reconnaissance des individus qui désirent entrer. Dans ce cas, le prochain corps de garde sera prévenu. Des sentinelles seront postées sur les remparts, et relevées d'heure en heure et f^congneuz par les sergens. En prévision d'une alarme, un certain nombre de points de concentration sont désignés d'avance aux officiers de la milice et ils savent ainsi où ils auront & se rendre. L'art. 7 du règlement établit un nouveau mode de nomination des colonels, à raison d'un colonel par quartier : • Afin que les commandemens du roy soient plus facilement exécutez, sera bon que tous les cappitaines et lieutenans s'assemblent en leurs quartiers, afin d'eslire ung colonnel, auquel les commandemens s'adresseront pour advertir tous les aultres cappitaines du quartier, afin que, s'il survient quelque chose de pressé, messieurs les prévost des marchans et les échevins, au lieu qu*ilz auroient h faire plus de sept vingtz commandemens, ilz n'en auront plus à faire que seize qui advertiront tout le reste. » Registre. Ibid, Il est vrai qu'en vertu d'une déclaration du 5 août 1567 Charles IX avait déjà confié à seize chefs militaires le commandement des quartiers de Paris (voy. Hist. munie, p. 537, note I), mais Charles IX ne s'en était pas remis aux capitaines et aux lieutenants du soin d'élire leurs colonels. H les avait désignés lui-même, sur une liste de trois candidats par quartier, dressée par le Bureau de la Ville. l.T. Il, p. i87.
lui avoieni preste le serment de fidélité et estoient à ses gages que d'autres simples bourgeois de Paris * »; mais, en même temps, Henri III envoyait sa mère en Champagne, avec rarchevêque de Lyon, pour négocier un accommodément entre le duc de Guise et la royauté chancelante. Tandis que le duc de Montpensier se rend dans le Poitou pour faire tête aux levées du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne ; tandis que Joyeuse va combattre le duc d'Elbœuf sur la Loire et le poursuit jusqu'au Mans, les ambassadeurs des Provinces-Unies sont poliment congédiés avec une bonne recommandation pour la reine d'Angleterre. Le roi de Navarre en était réduit à écrire à la reine mère pour la prier au moins de rester neutre et de ne rien stipuler au préjudice des huguenots dans les négociations commentées avec les Guises. C'est une confusion inexprimable ; les manifestes s'entrechoquent, les villes se déclarent qui pour le roi, qui pour la Ligue. D'Entragues, gouverneur d'Orléans, livre à l'Union cette ville et canonne le maréchal d'Âumont et le duc de Montpensier, qui ramènent piteusement les troupes royales à Paris (7 avril). François Mandelot, gouverneur de Lyon, provoque une émeute catholique qui se rend maîtresse de la citadelle et la détruit de fond en comble (S mai). Bordeaux reste fidèle, grâce à l'énergie du maréchal de Matignon, qui prend possession du château Trompette *. Marseille aussi a été replacée sous l'autorité royale par quelques citoyens résolus et le bâtard d'Angoulême, gouverneur de Provence (13 avril). Henri III hésite, très troublé; que faire entre le roi de Navarre, la vieille Catherine, les Guises, le nouveau pape. Sixte V, ce dur cordelier qui vient de remplacer Gré-
i. L'EsTOiLE, t. II, p. 187.
2. Construit eo 1454 par Charles VU, en même temps que le fort du HA, pour tenir en respect la population de Bordeaux. Le chAteau Trompette a été démoli en 1816.
goire XIII *? Aucun conseil viril : crEpemon est malade à Sainl-Germain (7 mai) « d'un chancreux mal de gorge ». (i'est donc Catherine qui va l'emporter. Appuyée par ses créatures Villeroi, Bellièvre, Cheverni, elle détaille avec exagération les forces de la Ligue et montre ce Paris terrible qui, comme un volcan à la veille d'une inmiense éruption, fait entendre dans ses profondeurs le grondement de ses fleuves de feu et de ses torrents de lave. En même temps (10 juin), le cardinal de Bourbon et les princes catholiques adressent au roi une sorte d'ultimatum, le sommant d'accorder un édit * qui proclame l'unité de religion et de « jurer et protester en son parlement de Paris, après la lecture et publication de l'Edict, estant assisté des pairs et officiers de la couronne, que c'est son intention de le faire perpétuellement et inviolablement garder ». A cette insolente mise en demeure, les princes ajoutaient un nouvel outrage, en demandant au roi de confier aux forces de rUnion le soin d'assurer l'exécution de l'édit, parce que Texpérience avait prouvé qu'il était arrivé à Henri III de révoquer jusqu'à cinq édits du même genre très peu de temps après leur promulgation. Les princes terminaient on offrant au roi de remettre entre ses mains toutes les charges dont ïl& étaient titulaires « et se retirer, comme personnes privées, en leurs maisons pour y finir leurs jours ». Ces hypocrites déclarations pouvaient éblouir le vulgaire, mais Henri III avait trop de finesse pour s'y laisser prendre^
1. « Ce Pape (Grégoire Xni) n*avoit jamais adhéré à la levée des armes de la Ligue et, peu de jours avant sa mort, avoit dit au cardinal d'Esté que la Ligue n'auroit ni bulle, ni bref, ni lettres de lui, jusques à ce qu'il vit plus clair en leurs brouilleries. • L'Estoilb, t. H, p. 190.
2. Voici le titre de cet ultimatum qui est reproduit dans les Mémoires de Seversy t. T, p. 681 : « Requeste au roy et dernière résolution des princes, seigneurs, gentilshommes, villes et communautez catholiques, présentée & la reine mère de Sa Majesté, le dimanche neuvième juin 1585. Pour montrer clairement que leur intention n'est autre que la promotion et ad%'an- «ement de la gloire, honneur de Dieu et extirpation des hérésies, sans rien attenter à l'Estat, comme faussement imposent les hérétiques mal iscntans de la foy, et leurs partisans. »
d'autant que le roi de Navarre lui envoyait de Nérac des lettres infiniment instructives. Néanmoins, la peur l'emporta, et le 7 juillet 1585 Catherine signa à Nemours, au nom de son fils, une convention qui était une véritable capitulation de la royauté *. Le roi s'engageait à proscrirela religion nouvelle par un édit perpétuel et irrévocable, à chasser de France, dans le délai d'un mois, tous les ministres protestants, à priver tous les hérétiques des emplois qu'ils occupaient, notamment dans les parlements, h donner une garde d'honneur payée par le roi à chacun des princes, en conservant leurs grades et fonctions à tous les gouverneurs et capitaines qui avaient suivi le parti de la Ligue. Des places de sûreté étaient accordées à tous les chefs du parti : Guise recevait Verdun, Toul, Saint-Dizier, Châlons; le cardinal de Bourbon, Soissons; le duc de Mercœur, Dinanet le Conquest; le duc de Mayenne, le château de Dijon et le ch&teau de Beaune; le duc d'Aumale, Rue; le duc d'Elbœuf, le gouvernement du Bourbonnais. En revanche. Sa Majesté ordonnait « que les villes qui avoient esté baillées en garde à ceux de la nouvelle religion pour leur sûreté seroient incontinent après la publication de redit, mises en liberté et que les garnisons en vuideroient incessamment ». En conformité des articles signés k Nemours, le roi donna un édit, sous forme de lettres patentes, qu'il s*était obligé à faire enregistrer dans tous les parlements du royaume. « Cet édit que la force arracha k Henri, écrit de Thou •, fut reçu bien diversement. Les gens sages qui aimoient la paix, le regardèrent comme le présage des malheurs qui alloient fondre sur le roi et sur le royaume. Au contraire, il fut reçu du peuple avec un applau-
1. Ooen trouve le texte dans les Mémoires de Nevers^ t. I, p. 686. LMntîtulé de la convention de Nemours est ainsi conçu : Articles accordez à Nemours, au nom du roy, par la reine sa mère, avec les pnnces et seigneurs de la Ligue, en présence du duc de Lorraine. »