Voy. Procès-verbal de Nicolas Poulain
et le duc, tout entier à ses grands projets, rêvant la convocation des États généraux, ne se souciait pas de rentrer à Paris. Ce fut son frère, Mayenne, qui arriva, faisant sonner bien haut ses exploits de Guyenne. Une députation dc»^ ligueurs Talla aussitôt trouver à Saint-Denis, oii il s'était arrêté et, dans une assemblée nocturne, le serment de la Ligue fut solennellement renouvelé. La présence de Mayenno enhardit les factieux et leur fit prendre une attitude menaçante.
Nous avons dit plus haut que le sieur Hector de Pereuse, maître des requêtes de THôtcl du roi, avait été nommé prévôt des marchands le 16 août 1586. C'était un honmie énergique et peu sympathique à la faction cléricale. Par ordre du roi, il avait cru devoir faire enlever et emprisonner à rilôtel de Ville un nommé la Morlière, qui était connu pour tenir chez lui des assemblées secrètes. Cédant aux objurgations des ligueurs, Mayenne ne craignit pas d'aller trouver le prévôt des marchands et de le sommer de mettre en liberté la Morlière. Pour donner du poids à sa brutale injonction, le duc fit entourer la maison de Percuse par la tourbe des bateliers et des gens du port, qui se souciaient peu de respecter le premier magistrat de la cité. Le prévôt eut à peine le temps d'envoyer demander au roi quels étaient ses ordres. Henri HI, sur le conseil de sa mère et de Villequier, envoya dire à Pereuse de rendre la liberté à son prisonnier, mais en ayant soin de déclarer qu'il ne l'avait arrêté qu'en vertu de sa propre initiative et non sur l'ordre du roi. Tout le monde sachant le contraire^ l'injure faite au souverain prenait une gravité nouvelle.
La faiblesse insigne de la cour porta au plus haut point l'audace des ligueurs et leur inspira la résolution de s'emparer au plus tôt de la capitale, car ils ne pouvaient plus espérer de pardon et se demandaient si la mollesse du roi ne cachait pas un piège. Voici le plan qui fut adopté. Pour
s'emparer de la Bastille, qui était placée sous le commandement de Laurent Testu, chevalier du guet, on devait envoyer une troupe d'une centaine d'hommes afin de Tassassiner dans son domicile privé, à la Culture Sainte-Catherine. Delà, on irait faire une visite du même genre au premier président de Harlay, à Jacques Faye, sieur d'Espesse, avocat général, et chez plusieurs autres fonctionnaires fidèles. L'arsenal serait livré par un fondeur ; le grand et petit Chàtelet par quelques sergents et comanissaires dévoués à la Ligue; l'Hôtel de Ville, le Temple seraient envahis au moment de l'ouverture des portes, et quatre mille arquebusiers seraient chargés d'investir le Louvre, de tuer ou d'affamer les gardes du roi et de faire le prince lui-même prisonnier. Pour contenir les pillards, des barricades seraient établies dans les rues au moyen de chaînes et de tonneaux. On ne pourrait les firanchir qu'en donnant un mot de passe. Le Louvre pris, on se déferait des membres du Conseil et Ton en nommerait un autre selon le cœur de la Ligue ; le Parlement subirait le même sort que le Conseil du roi. Mayenne attendrait l'issue de l'insurrection dans un hôtel, afin de se mettre à la tète des conjurés s'ils réussissaient, et, s'ils échouaient, il sortirait de la capitale par la porte de Bussy, que gardait Bassompierre, dévoué aux Lorrains. Poulain, qui avait déjà fait prévenir le roi par le Chancelier du projet sur Boulogne, raconte dans son procèsverbal comment l'horreur que lui inspiraient les nouveaux desseins de la Ligue, la crainte de mourir lui-même « et, au partir de là, aller droit en enfer » et aussi peut-être des motifs moins désintéressés, le déterminèrent à dévoiler le complot. Il alla donc trouver le Chancelier, qui lui donna rendez-vous pour le lendemain. Sur ces entrefaites, Poulain fut arrêté et emprisonné au grand Chàtelet sur la poursuite de deux créanciers ; mais il trouva moyen de se faire conduire chez le Chancelier et de lui exposer les plans des
ligueurs, sans se compromettre aux yeux de leurs agents, la Chapelle et Busày le Clerc, qui étaient venus au Châtelet le visiter et s'enquérir des causes de son arrestation. Henri III, ému, à juste titre, de révélations aussi graves, se fît amener Poulain pendant la nuit, et Tenvoya ensuite à M. de Villeroy pour consigner entre les mains de ce dernier le procès-verbal de la dénonciation *• Des mesures énergiques furent immédiatement prises pour mettre Paris et le roi en sûreté, Henri III concentra toutes les troupes disponibles, mit des corps de garde à toutes les portes, fit garder les ponts de Saint-Cloud sur la Seine et de Charenton sur la Marne. Des officiers dévoués se saisirent des principales positions. M. de Longueil prit le commandement du grand Châtelet, et Nicolas Rapin celui du petit Châtelet. Le coup était manqué. Mayenne, qui depuis plusieurs jours faisait le malade, trouva périlleux de sortir de la capitale par la porte Bussy. Il préféra solliciter, par Tentremise de la reine, un sauf-conduit pour aller demander au roi la permission de se retirer dans son gouvernement. « Eh quoi! lui dit Henri III en lui donnant son congé, eh quoi! mon cousin, vous abandonnez ainsi la Ligue etles ligueurs ! » Mayenne joua la surprise et se hâta de quitter Paris, en assurant les ligueurs qu'il allait prendre avec son frère des mesures efficaces dans l'intérêt du parti; mais, une fois sorti des faubourgs, le duc tourna la tête du côté de Paris et maudit avec Bassompierre le peuple fanatique qui l'avait exposé k un péril mortel dont il n'avait pu éviter les suites
i. MiciiBLBT fait à ce propos les réflexions suivantes : a Gomment servir Henri UI? Il se trahissait lui-même. Son entourage lui fit croire que Poulain était payé par les huguenots. Il renvoya faire ses révélations à un Villeroy, ami de Guise, et qui le tenait au courant de tout. » Hist. de Fr,, t. X, p. 136. Certains courtisans paraissaient, en elTet, trouver que Poulain faisait trop bien son métier d'espion. L*étrange personnage rapporte un peu plus loin dans son procès-verbal que M. de Viilequier, le gouverneur de Paris, lui fit une scène violente et le menaça, s'il cherchait à revoir le roi, de « lui apprendre à se mêler de ses affaires et non de celles de TEstat ».
que par une humiliation et par un mensonge. Il laissait (F ailleurs dans la capitale, sur le conseil du cardinal de Guise, son frère, soixante capitaines aguerris qui se logèrent au faubourg Saint-Germain et reçurent la mission de diriger les coups de main des ligueurs.
(îes furieux ne se décourageaient pas facilement. Sur un coniplot déjoué se greffait, de suite, un autre complot. Le roi devait aller à la foire Saint-Germain, où Taftluence des badauds était toujours considérable, et Ton savait qu'un diner serait donné en son honneur à Tabbaye; mais Henri III, averti encore par Poulain, se fit remplacer par le duc d'Épernon, qui eut, du reste, beaucoup de peine à se tirer « d'une querelle d'Allemand » suscitée par les écoliers. Cette fois, les ligueurs se le tinrent pour dit et renvoyèrent les capitaines de Mayenne, non sans les avoir grassement payés, au moyen d'une taxe levée « sur les plus affectionnez ». On avait. pris pour base de cette levée la taxe dos boues ; tout ligueur qui était imposé à trente sols pour cet objet versa trente écus et ceux qui étaient taxés à six sols versèrent six écus pour la cause catholique.
Lorsque le duc de Guise apprit les imprudences des Parisiens et leur piteux résultat, il témoigna un vif mécontentement. M. de Maineville vint dire de sa part aux ligueurs de la capitale que s'ils ne changeaient pas de conduite et continuaient à enfreindre ses instructions, le duc ne s'occuperait plus de leurs affaires. Les Parisiens s'excusèrent très humblement, alléguant l'arrestation de la Morlière, qui leur avait fait craindre à tous un sort semblable, et promirent de se conformer dorénavant à tous les ordres du duc. Maineville, gratifié d'une chaîne d'or de cent écus, promit de travailler k la réconciliation de Guise et des Parisiens. En effet, depuis que le duc reprend la direction du parti, ToBuvre lento et dangereuse d'une diplomatie profonde se substitue au hasard des coups de main. Tandis que le
roi, mal conseillé ou impuissant, multiplie dans la capitale les mesures de police, la Ligue fortifie ses intelligences avec la province et travaille à jeter sur la France le vaste filet de ses intrigues *. « Furent dès lors députez quelques bons habitans de Paris, gens de cervelle, lesquels, avec bonne instruction, allèrent en plusieurs provinces et villes du royaume, pour rendre capables quelques-uns des plus affectionnez catholiques , habitans desdites villes , de la création et formation de la Ligue et de Toccasion d'icelle, des projets et intelligence avec les princes, afin de ne faire qu'un corps par une mesme intelligence en toute la France, soubs la conduite des princes catholiques et conseil des théologiens, pour combattre Thérésie et la tyrannie *. » Ces agents de la Ligue, qui allaient catéchiser la province, ne parlaient pas les mains vides. Ils emportaient des instructions et des circulaires écrites dont Tétude présente un vif intérêt '. Les pièces doi\t il s'agit comprenaient trois mémoires : « Le premier contenant, disaient les ligueurs, nos projects et intentions; le second la forme de s'y gouverner, et lé troisième la forme de nostre serment ». Quant aux projets, voici en quoi ils consistaient. Dans le cas où les Suisses et les reîtres hérétiques se mettraient en marche
i. Au débul de Tannée 1587, les Rci^istres delà Ville indiquenl uq redoublement d'acUvilé de la police municipale : « Le roy ordonne que le lieutenant civil et les prévosl des marchans et eschevins feront ensemblement les recherches eu ceste Ville de Paris, et que, à cestc fin, ilz entreront dedans les maisons particulières pour y fouiller et regarder bien exactement tout ce qui se trouvera, lant des personnes, armes que aultres choses qui y pourroient estre, pour après en donner advis bien particulier & Sa Majesté, qui désire en eslre esclercie, pour aulcunes considérations concernant grandement le bien de son service, voullant qu'elle soit faicle la plus exacte et particulière qu'il sera possible. Faict à Paris, le onzième jour de janvier 1587. Signé : Henry. v.Rbg. H, 1789, fol. 23.
2. Dialogue (Ventre le Mahçustre et ù Manant, t. IIÏ, p. 439, de la Satyre Ménippée, Édit de Ratisbonne de 1752.
3. Les circulaires envoyées par le conseil de la Ligue nous ont été conservées par le précepteur de Henri IV, Palma-Cayet, chronologue de France. Voy. Vlntrod. de la chronologie novenaire, Coll. Michaud, 1" série, t. XII, p. 34 et suiv.
LES PRÉPARATIFS DE LA LUTtE 257
pour entrer en France, les « ecclésiastiques, gentilshommes et communaulez catholiques des bonnes villes, spécialement de Paris, Rouen, Lyon, Orléans, Amiens, Beauvais, Péronne »> offriraient au roi un corps de vingt mille hommes de pied et de quatre mille chevaux payés pour un an, mais sous cette condition que les villes associées nommeraient leurs capitaines, et que ces capitaines seraient pris parmi les créatures de la Ligue. On ne laisserait au roi que le choix du général en chef. Paris, pour sa part, fournirait quatre mille fantassins et mille chevaux ; le contingent des autres villes était également fixé. Prévoyant le cas où le roi refuserait des soldats dont il serait moins le chef que le prisonnier, la Ligue ajoutait qu'on n'en lèverait pas moins Farmée catholique qui, au refus du roi, prendrait pour chef un prince dévoué au parti. « Advenant le cas de la mort du roy sans enfans, que Dieu ne veuille », on réunirait entre Paris et Orléans toutes les forces qu'on aurait sous la main, on convoquerait les États, et tout serait mis en oeuvre pour les décider à nommer le cardinal de Bourbon, non sans avoir réclamé la bénédiction du Saint-Père et le concours du roi d'Espagne. Ainsi se trouverait écarté « Henry de Bourbon, prince de Béarn, hérétique, relaps et excommunié )), et les catholiques ne lui accordent même pas son titre de roi de Navarre.
Le second mémoire du comité parisien exposait les projets de la Ligue, en d'autres termes la politique à suivre et les procédés à employer pour « rétablir la monarchie et tous les cstats d'icelle selon les anciennes fondamentales loix, sans se despartir de la deue obcyssance que l'on doit au roy, tant qu'il sera catholique ou qu'il ne se déclarera fauteur d'hérétiques ». Les Seize recommandent d'abord « de faire que le plus que l'on pourra de provinces et bonnes villes s'unissent ensemble de force et conseil et moyens ». Ils comptent , pour réaliser cette- espèce de
ROBIQUET. t"?
fédération municipale, sur « les prédicateurs ausquels k* peuple a créance, gentilshommes vertueux et de bonne vie, officiers du roV qui ne sont encore corrompus, bons cl notables bourgeois et marchands, tous gens de bien et de bonne conscience ». Pour diriger tous ces gens de bien, le mémoire prescrit d'établir dans chaque ville un conseil de six personnes, se réunissant une fois ou deux par semaine et servant de comité de propagande , en même temps que de centre d'action en relations constantes avec Paris. Le concours des princes catholiques sera accepté. On leur laissera le commandement, la direction des opérations militaires, mais sous le contrôle des « Estats et Conseil des catholiques, veu que les villes fourniront et souldoyeront les hommes, et feront eslection des chefs particuliers h leur volonté, et que Ton establira cependant un (ionseil de gens de bien et qualité des trois estats, par Tadvis desquels les affaires se manieront en la justice et finances dont ils cognoistront souverainement * ».
La troisième instruction contenait la formule du serment de la Ligue. Cette formule, trëft longue, peut se résumer en •quelques propositions générales. Les affiliés doivent promettre de consacrer leurs vies et leurs biens à la défense de la religion chrétienne, catholique, apostolique et romaine » ; d'empêcher la couronne de « tomber en la domi-
1. 11 y a certes dans le second mémoire du comité parisien un programme assez net de fédération entre les diverses municipalités ligueuses et une prétention formelle de ne laisser aux princes catholiques que la direction des opérations militaires, le contrôle financier et administratif étant réservé aux « Estats et conseil des catholiques ». Mais ce n'est là qu'un programme. En fait, à cette époque, les Guises étaient les seuls chefs de la Ligue, à tous les points de vue; et quand les Parisiens voulaient agir en dehors d'eux, ils étaient vertement tancés par les princes, qui leur envoyaient Maineville ou un autre officier pour leur faire sentir que les tentatives d'émancipation ne plaisaient pas en haut lieu. L'extension des franchises municipales ne passionnait personne à cette époque : la grande affaire pour les Parisiens, au point de vue municipal, était de toucher leurs rentes sur l'Hôtel de Ville : aussi peut-on conclure que la Ligue n'a nullement été une révolution municipale, mais une révolution politique, accomplie par les Guises et par le clergé.
nation de Henry de Bourbon, prince de Béarn, hérétique, relaps et excommunié » ; ils jureront de ne pas poser les armes jusqu'à ce qu'une assemblée générale des États du royaume ait rendu à TËglise ses anciennes et sainctes institutions, privilèges, honneurs, libertez et franchises » selon les décrets du concile de Trente, dont il faudra poursuivre Y homologation cl la publication « pour estre unis et incorporez inséparablement avec l'Église catholique, apostolique et romaine, qui est la vraye et seule Église de Dieu ». Après un pathétique appel à la noblesse catholique, que les conjurés s'engageront à ne pas abandonner, les ligueurs demandent dans leur formule à <( Messieurs les ecclésiastiques et nobles » de faire cause commune avec eux « jusques h ce que l'on ait asseuré et restably les corps et communautez des bonnes villes en leurs anciens privilèges, libertez, honneurs et franchises; semblablement que l'on ait pourveu aux intolérables misères desquelles le pauvre et commun peuple, nourricier de tous les autres estats, est aujourd'huy de mille façons barbarement opprimé ». Le serment se termine par une invocation « au grand Dieu du ciel, qui a seul puissance sur les empires du monde », et une hypocrite et méprisante protestation de Fidélité au roi : « le tout sans nous départir de la deue obeyssance que nous devons au roy, veu que, si nostre intention, par l'ayde d'en haut, se peut accomplir, au lieu qu'il se peut dire à présent le plus pauvre et mal obey roy de la terre, on le verroit estre honnoré et mieux obey qu'autre qui vive ».
Ainsi ce roi, « le plus pauvre et mal obéi de la terre », était en présence d'une conspiration organisée, disposant de forces énormes, appuyée d'une part sur l'Église et de l'autre sur l'étranger, et dont le centre était Paris avec son peuple terrible. Dans cet extrême péril, Henri lU se trouvait isolé, impuissant *, trahi même par ime partie de ses
1, Quelques mesures de police furent cependant prescrite» aux quartiniers
courtisans. A Touesl, après la rupture des conférences de Saint-Bris, près de Cognac (14 déc. 1586) *, le roi de Navarre, le prince de Condé et le vicomte de Turenne avaient vigoureusement recommencé la guerre dans le Poitou et pris les places de Chisay, Sauzay, Saint-Maixent, Fonlenay et Mauléon. Sur les frontières de Champagne, le duc de Guise se comportait comme un souverain, sans se soucier des ordres du roi, et guerroyait contre le duc de Bouillon, en attendant le grand choc avec l'armée des protestants d'Allemagne. Incertain encore sur la politique à suivre, Henri III n'avait qu'une idée bien nette, la défiance envers la Ligue comme envers les huguenots, et qu'un souci permanent, celui de remplir la cassette royale aux dépens des sujets. Les talents des chefs ligueurs pour mettre à contribution leurs affiliés avaient inspiré au monarque une ému-
le 23 février 1587. Le roi leur mande, à cette date, de « marquer sur le papier » le nombre des gens armés qui passaient chaque jour par chaque porte K non compris et sans faire mention de personnes aians chevaulx de harnais ou portaux ». Le lendemain, le roi envoie À la Ville de Paris un nouveau règlement de police dont voici l'intitulé : « L'ordre que le roy entend estre observé pour sçavoir à la vérité, en temps soupçonneux, les gens de guerre et aultres personnes qui entrent ordinairetnent dedans ceste ville de Paris et de ceulx qui passent es environs. » Sa Majesté ordonne au prévôt des marchands d'envoyer dans les environs de Paris, sur des points déterminés (Corbeil, Essonne, Montlhéry, Viilepreux, Poissy, Pontoise, Senlis, Dammartin, Meaux, Brie-Comte-Robert, Melun), des émissaires ayant pour mission d'observer les groupes de « plus de cinq ou six, ou seigneurs qui ayt train extraordinaire, pour en advertir par lettre, de deux jours Fun, ledictz prévost des marchans;ou bien, s'il aperçoit chose digne d*adverUssèment, qu'il envoie plustost homme de pied ». Même surveillance aux portes de Paris. On préviendra Sa Majesté dès que le prévôt des marchands et les échevins apprendront par les bulletins des portiers et des commis de la ferme placés aux portes « qu'il y aura un grand abord d'hommes en ladite ville ». Chaque soir, les aubergistes devront apporter au quartinier les noms de leurs locataires. Les commissaires et les gentilshommes du roi assisteront aux perquisitions des officiers municipaux. Les mesures de surveillance s'étendront aux faubourgs. (Req. H, 1189, fol. 28 et 29.)
1. Henri de Navarre avait bien compris que la reine mère ne visait qu*à gagner du temps et à relarder, s'il se pouvait, rentrée en France de Tarmée des protestants allemands. Aussi le roi de Navarre répondit-il avec amertume aux ouvertures faites par Catherine et la railla-t-il d'être venue de si loin pour « lui proposer une chose tant détestée » que le changement de religion. Voy. d'Aubigné, Hist. univ., t. III, col. 40, et aussi Mathieu, t« L p. 519. Palma-Gayet, Introd., p. 31.
lalion ardente. Et puis, accusé de favoriser secrètement les réformés, il trouvait là un prétexte pour demander de l'argent aux Parisiens et aux bonnes villes, sous couleur de se mettre en campagne contre les ennemis de la religion catholique.
Le 10 janvier 1587, le roi assembla au Louvre plusieurs présidents et conseillers au Parlement, la plupart des membres de son Conseil, tant de robe longue que de robe courte, enfin le prévôt des marchands, les échevîns et les plus notables bourgeois de la ville. Il leur déclara qu'il était résolu h faire une guerre acharnée aux relîgionnaires, qu'il exposerait même ses jours, s'il le fallait, pour en venir à bout, et qu'en attendant il avait enjoint à ses officiers de saisir et de «lettre en vente les biens des protestants. Cette petite harangue obtint un succès d'enthousiasme; mais Henri III gardait ixn pas t-scriptum,.. Il fit une « petite pause », comme dit l'Estoile *, puis, se tournant vers le prévôt des marchands et les échevins, il leur demanda, ^ pour faciliter l'exécution de ses desseins, une subvention de cent vingt mille écus. Les pauvres gens restèrent interdits « ety s'en retournans tout faschés, dirent qu'ils voioient bien qu'à la queue gisoit le venin ». Quelques jours après, le 19 janvier, le roi écrivit au prévôt des marchands pour préciser sa demande. Il dit, en substance, dans cette lettre, qu'il a besoin d'argent pour se débarrasser « des estrangers qui y ont servi l'année dernière » et subvenir aux dépenses de l'armée. Plusieurs villes ont déjà fourni des sommes importantes, mais Paris n'a encore payé aucuns subsides, bien que la capitale ait été taxée à 120,000 écus. Par bienveillance pour les habitants de la ville où il réside, le roi ne veut pas recevoir cette somme en pur don ; mais il fera dresser par son conseil « les rooUes et département de ladicte somme de six vingtz mil escus sur ceulx que nous
i. T. in, p. 2. Voy. aussi Féub., Hist. de la Ville, t. Il, p. 1157.
avons entendu avoir plus de moien en chascun quartier de nostre dicte ville ». Les quartiniers enjoindront aux bourgeois portés sur les rôles de mettre entre les mains de M. François de Vigny, receveur de la ville, « la somme que chacun d'eulx est desparty * ». Le receveur municipal transmettra ensuite les deniers encaissés à M. Jacques Leroy, trésorier de l'épargne. Dans l'assemblée du Bureau en date du 28 janvier, la Ville décida de faire des remontrances au roi; mais les ligueurs ne manquèrent pas de tirer parti du mécontentement du peuple pour Fexciter contre le prince et ses principaux officiers. Le premier pifésident du Parlement, Achille de Harley, et Hector de Pereuse, prévôt des marchands, ne furent pas épargnés par les rédacteurs de placards *. ♦
Paris ressemblait à une mine trop chargée. Une nouvelle grave faillit provoquer l'explosion. Le 1" mars 1587, on apprit dans la capitale Texécution de Marie Stuart, qui avait eu lieu à Fotheringay le 18 février, sur Tordre d'Elisabeth. Bien que le roi de France eût envoyé à la reine d'Angleterre Pomponne de Bellièvre , en qualité d'ambassadeur extraordinaire, pour la prier de ne pas exécuter la sentence de mort rendue dès le 26 octobre par la haute cour, la Ligue insinuait que l'hypocrite monarque avait demandé en secret la mort de sa belle-sœur. Il y eut à Paris un concert d'imprécations en français et en latin contre « la Jézabel », contre « la louve anglaise ».
Anglois, TOUS dites qu'entre vous Aucun loup vivant ne se trouve?
Non, mais vous avez une louve, Pire qu'un million de loups.