‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 136 sur 314 · Ri6. H, 1789, foL · texte numérisé non relu

Ri6. H, 1789, foL

2. En vertu d'un vieil usage tombé en désuétude, les dizainiers s'assemblaient le premier dimanche de chaque mois. LTstoilb, t. UI, p. 39.

son grand chapelet ». Henri III allait-il prendre vis-à-vis des rebelles une attitude plus énergique? Plusieurs circonstances tendaieàt à le faire croire. Le duc de Montpensîer lui ayant envoyé un genlilhomme de sa maison pour se plaindre du duc de Guise, qui menaçait la ville de Sedan, le roi dépêcha M. de Bellièvre au duc de Guisepour lui donner Tordre formel de quitter les environs de la place; Guise obéit, mais sans parvenir & dissimuler sa colère. Le 14 avril, un nouveau règlement fut adressé par le souverain à M. de Villequier, gouverneur de Paris. C'est à la fois un règlement militaire, concernant Torganisalion de la milice municipale, et un règlement de police, indiquant les mesures h prendre pour la surveillance des. étrangers *.

Il résulte de l'intitulé même de cette pièce importante qu'en 1587 c'était le roi qui désignait les capitaines et lieutenants de la milice municipale ' et leur faisait prêter serment de fidélité ^ Les capitaines désignaient ensuite

1. tt Ordre et règlement que le roy veult et ordonne & Monseigneur de Villequier, gouverneur et son lieutenant général en sa bonne ville et citéde Paris et Isle-de-France, faire garder et observer par les prévosl desmarchans et eschevins, colonnels et capitaines bourgeois de sa dicte bonne ville de Paris esleuz par S. M. pour son service, conservation de ladicle ville et bourgeois dMcelle soulz son obéissance ». (Rrg. H, 1789, fol. 39.)- Ce règlement est daté du 14 avril 1587.

2. Nous avons déjà eu Toccasion d'esquisser Tbistoire de la milice parisienne au xvi" siècle et de préciser les attributions respectives des quartîniers et des capitaines. A l'origine, sous Charles IX, les capitaines étaient élus par les habitants du quartier. Voy. Hist. munie, p. 536 et la note.

3. « Après que les capitaines et lieutenans auront esté esleux et faict le serment, sera ordonné l'enseigne par le capitaine à tel que bon luy semblera qu'il choisira, lequel porte-enseigne ainsy choisy sera tenu de l'acrepter, encore qu'il ayt cy-devant commandé un aultre degré, pour après eulx tous, ensemblement les cinquantenlers et dixiniers appeliez, faire description de tous les chefs d'hostel et locataires des maisons de leur dizaine, puis après yront eulx-mesmes en personne par toutes les maisons de leur dizaine où ilz feront description et rooUe contenans les noms, surnoms et quallités de tons les maistres et serviteurs pouvant porter arme, desquels serviteurs les maistres demoureront responsables... Le capitaine choisira les sergents de bande qui porteront la hallebarde pour conduire la compagnie et nommera les caporaulx qu'il trouvera les plus cappables, qui anront vingt hommes soulz leur escouade; et chacun sergent aura

renseigne, les sergents et les caporaux. Aux chefs incombera le soin de compléter dans chaque dizaine reflfectif réglementaire et de forcer ceux qui n^auraient pas d'armes (corselets, arquebuses, morions) à se les procurer. Le lieu de rassemblement de chaque compagnie n est autre que devant la porte du capitaine. Quand la compagnie sera dressée *, le capitaine la passera en revue. Lorsqu'une place de colonel deviendra vacante, les capitaines et lieutenants du quartier dont le défunt était le chef militaire s'assembleront afin de lui choisir un successeur. Chaque jour, le prévôt des marchands fera « seize bulletins cloz el scellés du scel de la ville, dedans chacun desquelz sera escript le mot du guet ». Chaque colonel, au reçu de son bulletin, en adressera une copie, cachetée de son cachet de colonel, à chacun des capitaines du quartier. Le prévôt des marchands, les échevins ne sont pas autorisés à se décharger sur les colonels de la surveillance de la ville. « Chacun en leur tour » ils doivent aussi faire des rondes, et les corps de garde et sentinelles ne doivent être levés « qu'après qu'il fera grand jour w. Quant aux bourgeois, leurs obligations, en ce qui concerne le service de garde, sont sanctionnées par des amendes et de la prison. « Les bourgeois chefz d'hostel, tenans et logez en chambres de louaige, etaussy ceulx ayant pouvoir et puissance de porter armes » doivent aller en personne « aux guel et garde qui leur sont commandez et ordonnez par les capitaines, lieutenans et enseignes », à peine d'un écu d'amende, deux écus, en cas de récidive, et vingt-quatre heures de

deux escouades, tellement que quand le capitaine aura besoing d'assembler ses gens, il n'aura à faire sinon d'advertir ses lieutenans et enseignes pour commander aux sergens d'assembler les caporaulx À ce qu'ilz aient à assembler leurs escouades pour eulx trouver devant le logis de leur capitaine. 0 (Reg. h, 1789, fol. 39.)

1. C'est-à-dire levée, « Dressoit deux compagnies afin qu'il se jettast dans la Réolle ». Mém, de Montluc, t. II, p. 73. Voy. le DicL de Lacume de Sainte- Palaye, Édit. Favre. V« Drbssbr, t. V, p. 259.

prison pour la deuxième récidive. C'est le prévôt des marchands qui décerne les contraintes pour le payement «les amendes.

Le service des portes de la ville est réglé avec un soin méticuleux. Chaque matin le quartinier dans le ressort duquel se trouve une porte envoie un dizainier ou un cinquantenier à cette porte avec la clef, et le capitaine de la garde montante préside à Touverture. De même pour la fermeture : le quartinier envoie de nouveau les clefs, qu'il est tenu de garder chez lui, car les capitaines ne sont que des agents d'exécution et non les véritables représentants de l'autorité municipale. Pendant la nuit, deux portes seulement resteront ouvertes ou du moins pourront être ouvertes. Ce sont les portes Saint-Jacques et Saint-Denis; un quartinier y passe la nuit et reste détenteur de la clef du guichet. Une enquête sommaire sera faite chaque fois qu'un forain se présentera pour entrer dans Paris : on lui demandera où il va loger, ce qu'il vient faire dans la capitale. S'il a des armes, elles seront portées à son hôtelier, qui ne pourra les lui rendre qu'au départ, sous peine de dix écus d'amende, sans préjudice de la confiscation des armes.

Diverses prescriptions complètent ces mesures. « Afin que les règlements susdicts réussissent à quelque bon ofiTet, pour l'honneur de Dieu, manutention de la religion apostolique et romaine, obéissance du roy et conservation de ladite ville, sera la messe des capitaines célébrée les premiers dimanches du mois, et fut commencée le dimanche de Quasimodo au couvent des Augustins. » Un peu plus tard, le 3 juillet 1587, la Ville assembla les <:olonels, lieutenants et enseignes dans la maison commune, et l'on décida, dans cette séance, que les colonels et capitaines se réuniraient tous les vendredis à l'Hôtel de Ville « pour adviser sur les affaires et occurrances qui pourront

se présenter * ». Un ordre antérieur du Bureau, daté du 24 avril % avait enjoint aux cinquanteniers et dizainiers dedemeurer dans la circonscription de leur dizaine, et ct-^ dans le délai de quinze jours, sous peine de privation do leur état. Ainsi se trouvait constituée, sur le papier tout au moins, une force redoutable dont le roi désignait les chefs ; mais la suite prouvera que la milice municipale n'était pasdisposée à suivre aveuglément ses officiers.

Il faut remarquer que la publication de l'important règlement de police que nous venons d'analyser coïncidait avec le retour du duc d'Epernon ^ à Paris (avril). C'était le plus énergique des amis du roi et le plus hostile à la Ligue. Tout récemment, il avait failli, à Lyon, être victime d'un guet-apens tramé par Mayenne, et il s'en souvenaiL Son entrée à Paris « en grande magnificence et compagnie de plus de trois cens chevaux » consterna les ligueurs, « qui disoient qu'il n'y avoil que lui qui mottoit le cœur au ventre du roi * ». Presque en même temps que d'Epernou, le duc de Joyeuse rentra, de son côté, dans la capitale ; il arrivait de la Normandie ; mais le crédit du beau Joyeuse était bien affaibli depuis que le roi avait eu connaissance de ses relations beaucoup trop cordiales avec la faction des Guises.

Henri III était toujours en butte aux insolentes déclamations des prédicateurs, qui, nous dit l'Estoile dans son pittoresque langage, « lui donnaient des coups de bec, comme s'il eust favorisé sous main l'hérétique, et là-dessus

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