L'EsTOiLE, t. ni, p
l'en avait prié, car elle se trouvait fort souffrante *, prit la résolution de conduire elle-même le duc de Guise au Louvre. La vieille reine se fit mettre dans une « chaire à bras » et s'achemina vers le palais de son fils. Le duc de Guise la suivit à pied, à travers les rues remplies d'une foule enthousiaste. On criait : Vîve Guise! Vive le pilier de l'Église '! Des femmes s'attendrissaient, cherchant h toucher le bord de son manteau. Une boutiquière, qui était sur le pas de sa porte, s'écria tout haut : « Bon prince, puisque tu es ici, nous sommes sauvés M » Lui restait calme, dissimulant sous un air de hauteur affectée la joie intérieure que lui causaient les manifestations de l'amour populaire *. Il arriva ainsi au Louvre, comme porté par un flot vivant. Ce qu'il vit là était fait pour diminuer un peu son assurance. Sous le coup de sa colère, Henri III avait pris quelques mesures menaçantes : les abords et les escaliers du palais étaient occupés militairement par les gardes françaises et suisses ^ Guise dut traverser ces haies de fer avant de parvenir jusqu'au roi ". Il saluait en souriant,
1. D'après une des quatre lettres sur les Barricades qui se trouvent dans les manuscrits de Baluze, la reine mère, dès l'arrivée chez elle du duc de Guise, aurait envoyé chercher M. de Villequier, dont elle connaissait l'influence sur le roi, et l'aurait chargé d'aller demander à Henri III de venir chez elle. Le roi se serait emporté contre sa mère et Villequier, et aurait formellement refusé de sortir du Louvre. D'après la relation du Bourgeois de Paris qui se trouve dans le Recueil hist. de la Bibl, nat., c'est, comme nous l'avons dit plus haut, M. de la Quiche qui aurait été le messager de Catherine, et Villequier n'aurait fait que porter la réponse du roi à sa mère^ réponse qui autorisait seulement le duc de Guise et la reine mère à se présenter au Louvre.