Db Thou, t. X, p
2. « Le samedy ensuivant (7 mai) je fus advertir Sa Majesté que Monsieur de Guise venoit; laquelle me fit responce quMl y avoit envoyé le sieur de La Guiche luy dire quMl ne vinst pas. • Proc-verbal de Poulain, p. 320.
roi avait raison de se défier de Bellièvre. Ce dernier avail vu la reine mère avant de partir *, et Catherine lui avait donné des instructions toutes contraires à celles du roi. Bellièvre s'acquitta de sa nouvelle mission avec une indécision et une faiblesse extrêmes : le duc de Guise n'eut pas de peine à le congédier « le laissant en suspens s'il iroit ou s'il ne bougeroit * » ; mais, à peine Bellièvre parti, le duc monta à cheval et se mit lui-même en route vers la capitale avec une escorte de huit gentilshommes, sans compter Brigard, l'émissaire des Parisiens. C'était le 8 mai, sur les neuf heures du soir. La petite troupe entrait à Paris le lendemain vers midi, suivant de près Bellièvre, qui^ de retour à neuf heures, s'était immédiatement présenté au Louvre et n'avait pas craint « d'assurer le roi que le duc obéirait ^ ». Trahi par sa mère et par une partie de ses gentilshommes, Henri n'était nullement préparé à fairo front au danger qui le menaçait.
Après avoir fait une courte halte à Mortrives, qui était « des appartenances de Saint-Denis », Guise remonta à cheval, passa au travers des régiments suisses sans être reconnu et franchit à midi la porte Saint-Martin « camU"
1. Voy. Mém, de Nevers, 1. 1, p. 164. « M. de Bellièvre, envoyé vers luy [le iluc de Guise), pour luy faire entendre de se bien garder de venir & la cour, parle à la reine-mère avant que partir; laquelle, sçachant la créance que le roy lui a voit baillée, luy dit au contraire qu'il faut qu'il vienne; autrement le roy est si en colère qu'un monde de gens d'importance sont perdus. Qu'il le luy doit persuader ou au moins ne l'en dissuader pas, afln que, venant, toutes choses se rhabillent et que le roy oublie le passé. »
2. Amplification des particularités qui se passèrent à Paris lorsque M. de Guise s'en empara et que U roi en sortit» ArCh. eut., 1^ série, t. XI, p. 3£»2. Cette pièce se trouve aussi dans le recueil des Mémoires de la Ligue, t. Il, p. 315, et dans les Preuves de la Satyre Ménippée, t. III, p. 64.
3. Relation de Miron, Le médecin du roi ajoute que Bellièvre « sa voit tout le contraire, ayant veu premièrement et dit la vérité & la reine-mèn* du roy, laquelle, disait-on, jouoit le double sur le dessein de ce voyage, d'autant qu'elle dés iroit ce duc auprès du roy pour s'en servir h reprendre et à maintenir lautorité qu'elle avoit eue auparavant au maniement des alTaires, et pour s'en forlifîer contre les insolences et les dédains insupportables du duc d'Épernon, qui l'avoit réduite à telle extrémité que, «luoiqu'il en peust arriver, elle estoit résolue à sa ruine ».
fato^ le visage caché de son manteau jusques à ce qu'il arrivât dans la rue Saint-Denis. Et lors un jeune gentilhomme de sa troupe, nommé Fourronne, nepveu de M. Sainct-Anthoinc de Vienne, luy vint, comme par jeu, lever le chappeau de sa teste et tirer le manteau d'alentour du visage, disant qu'il estoit temps de se faire cognoistre à riiostellerye * ». Ce jeu de scène, prémédité ou improvisé, rendit aussitôt publique l'arrivée du chef de la Ligue. Il s'achemina, sans plus se préoccuper de son incognito^ jusqu'à l'hôtel de la reine mère « aux Filles-Repenties * ». La naine de Catherine regardait, par hasard, à la fenêtre, «t elle s'écria qu'elle voyait venir le duc de Guise. Croyant ù une mauvaise plaisanterie, la vieille reine dit « qu'il falloit bailler le fouet à ceste nayne qui mentoit; mais à l'instant elle cogneust que la nayne disait vray, dont elle fut tellement esmeue d'aise et de contentement que l'on la vit trembler, frissonner et changer de couleur ' ». Après quelques paroles diplomatiques qui avaient pour but de se couvrir vis-à-vis du roi, dont elle connaissait les ordres, puisqu'elle les avait contrariés, Catherine envoya M. de La Guiche avertir officiellement le roi de l'arrivée du duc, qui demandait la permission d'aller lui faire « la révérence et
i. Histoire de la journée des Barricades par un bourgeois de Paris, Celte pièce, très curieuse et remplie de détails précis, émane d'un bourgeois de Paris resté inconnu. Elle est tirée d'un recueil manuscrit de la Bibl. nat., départ, des imprimés, fonds de Thoisy, intitulé Recueil hisL, t. UI, iQ-f<>. On la trouve reproduite dans la Revue rétrosp.^ t. IV, 1'* série, p. 39i (1834), et dans Cihber et Danj., V* série, t. XI, p. 365 (1836).
2. Amplification, etc., loc. cit.y p. 3o2. C'est-à-dire l'hôtel bâti sur rancien «mplacemeut des Filles-Repenties. Il a été remplacé par la Halle au blé.
3. Histoire de la journée des Barricades, etc., p. 368. Nous ne savons sur quel fondement Michelet a écrit, en parlant de Catherine : a Elle qui négociait, qui croyait Tempécher de venir, elle le voit tout venu, pâlit, bégaye.... » Ayant elle-même engagé le duc à venir de suite à Paris; la reine mère ne pouvait que manifester de la satisfaction en le voyant paraître. De Thou est, au surplus, d'accord avec le Bourgeois de Paris et dit « qu'elle reçut parfaitement bien • le duc de Guise, t. X, p. 253. Tous ces points sont fort importants et prouvent que le récit d'événements en apparence très connus peut toujours être amené à une exactitude et à une précision plus grandes.
submissions accoustumées ' ». Le roi fit répondre par M. de Villequier qu'il recevrait Guise.
Qu'allait-il se passer? Outré de colère, Henri III dit à Villeroy : « Il est venu! Par la mort-Dieu! il en mourra. Où est logé le colonel Alphonse? — En la rue Sainct-Honoré, dit le sieur de Villeroy. — Envoyez-le quérir et qu'on luy die qu'il s'en vienne soudain parler à moi *. » Le colonel corse Alphonse Omano arriva sans retard au Louvre, et h* roi lui dit, après s'être enfermé avec lui dans son cabinet : « Voilà donc M. de Guise qui vient d'arriver, et toutefois je lui avois mandé qu'il ne vinst point. A vostre advis^ capitaine Alphonse, si vous estiez en ma place et que vous lui en eussiez mandé autant, et qu'il n'en eust tenu autre compte, que feriez-vous? — Sire, il n'y a, ce me semble, qu'un mot en cela : tenez-vous M. de Guise pour vostre ami ou pour vostre ennemi? » Le roi ayant fait un geste significatif,. Ornano ajouta : « Ce qu^estant, s'il vous plaist de m'honorer de cette charge, sans vous en donner autrement peine, je vous apporterai aujourd'hui sa teste à vos pieds ou bien vous le rendrai en lieu là où il vous plaira d'en ordonner, sans qu'aucun homme du monde bouge ne remue, si ce n'est à sa ruine '. >> Bien que cette offre hardie ait été directement provoquée par Ilenri III, il n'osa pas l'accepter et répondit en termes vagues « qu'il n'estoil encores besoin de cela et qu'il espéroit de donner ordre à tout en bref par un autre et plus court moien ». Le moyen d'Ornano ne laissait pas cependant d'être expéditif.
Tandis qui» ces projets violents s*agitaient dans le cabinet du roi, Catherine, sachant par M. de Villequier que Henri III refusait de se rendre chez elle, comme elle
1. Histoire, etc., p. 368. Miron, de son côté, dit, dans sa narration, que ce fut M. de Villeroy qui, arerti au milieu de son dtner par un de ses amis de l'arrivée du duc, alla immédiatement prévenir le roi au Louvre.