‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 161 sur 314 · Relation de Miron, p · texte numérisé non relu

Relation de Miron, p

2. Amplifie, des partie, etc. Dissimulant sa colère, le roi fit, dans cette seconde entrevue, bon visage au duc et l'autorisa à faire venir à Paris l'archevêque de Lyon, d'Espinac, l'un des ligueurs les plus énergiques et les plus dangereux. Mais le 11 au matin, lorsque le roi, se trouvant chez la reine mère, vit arriver le duc, « il tourna le visage d'austre costé, qui fut cause que monsieur de Guise s'assit sur un coffre près monsieur de Bellièvre et luy tint plusieurs propos, se plaignant des mauvais rapports qu'on avoit faits de luy à Sa Majesté.... » Hist, de la journée des Barric. Arch. cur., V série, t. XI, p. 371 . — Michelet a placé cet incident, que raconte le Bourgeois de Paris, dans la première entrevue de Guise et du

à riiôtel de la reine mère. Dans ces deux entrevues, Henri III et Guise échangèrent sans fin des récriminations et des griefs réciproques. Cette situation tendue ne pouvait se dénouer que par un coup de force. Les deux adversaires le comprenaient bien et se préparaient à la lutte. On connaît les forces de la Ligue; elles s'accroissaient tous les jours par Taccession des aventuriers que Guise faisait entrer dans Paris, par Tardente propagande des curés, des moines et des agents patentés du parti. Qu'avait fait le roi pour se défendre et sur qui pouvait-il compter?

Le jour même de l'arrivée du duc de Guise daus la capitale, le roi avait fait faire par le Bureau de la Yille « deffenses très expresses, sur peine de la vye, à tous bourgeois, manans et habitans de la Yille et faulxbourgs de Paris et autres personnes, de quelque qualité ou condition qu'ilz soient, de sortir hors leurs maisons avecq armes aultres que Tespée et dague après 9 heures du soir sonnées, sinon à ceulx ausquelz il a esté commandé de eulx tenir prestz en armes pour le service de S. M. et repos de ladite Ville * ». Un autre mandement, en date du même jour, ordonne que « les gardes soient faites tant aux portes de ceste ville que par la ville, suivant les règlements qui ont esté donnés aux prévost des marchans et eschevins, lesquelz commenceront dès ce soir à establir

roi au Louvre, celle du 9 mai. Hist, de Fr., t. X, p. 148. Il n'est pas indifférent de noter qu'il se place dans Tentrevue du 11 : car cela prouve que le duc de Guise se crut menacé de mort deux jours après son arrivée à Paris.

1. Rbg. de la V. h, 1789, f« 116. Voy. aussi lettres de Pasquibr, livre 11, lettre 3. Anqubtil, parlant de la situation de Paris dans les premiers mois de 1588, dit, de son c6té : « Henri III crut arrêter les complots des ligueurs par un simple édit qui défendait les levées d'hommes et les attroupements, mais on n'en tint aucun compte. A Paris même, sous ses yeux, le roi souffrait que le peuple se familiarisât avec les armes : tolérance toujours dangereuse, surtout quand les esprits sont échauffés. Pasquier écrivait à un de ses amis : « Nous sommes maintenant devenus tous guerriers désespérés. Le jour nous gardons les portes, la nuit nous faisons le guet, patrouilles et sentinelles. Bon Dieu! que c'est un métier plaisant à ceux qui en sont apprentis! » VEsprii de la Ligue, t. II, p. 243.

les corps de garde pour la nuit et, demain du matin, la garde des portes • ». Afin de prêter main forte à la garde du roi, qui n'était pas très nombreuse, le 9, le prévôt des marchands avait adressé à plusieurs colonels de la milice municipale un ordre ainsi conçu : « M..., colonel au quartier de X..., quartenier, nous vous prions de faire armer jusques au nombre de vingt hommes de chacune dixaine de vostre colonnelle et eulx tenir pretz cejourdliyuy à C heure de midij pour obéir ad ce qui leur sera enjoinct et commandé pour le service du roy et de la Ville. Faict au Bureau d'iccUe, le lundi 9 mai 1588 '. » Il ne faudrait pas croire, au surplus, que la milice municipale fût entièrement dans la main du roi. Henri III pouvait compter sur le dévouement du prévôt des marchands, Nicolas-Hector de Pereuse, maître des requêtes de THôtel, et sur les échevins Le Comte et Pierre Lugoly, mais dans le corps de Ville même il y avait d*ardents ligueurs, Sainct-Yon, par exemple, auquel on doit Tune des plus intéressantes relations de la journée des Barricades. De même, dans les rangs de la milice municipale, se trouvaient un fort grand nombre de ligueurs. Les officiers étaient fort divisés, bien que le roi eût nommé un grand nombre de capitaines en vertu de son bon plaisir et sans tenir compte des élections traditionnelles. Dès le 7 mai, dans une grande assemblée de ville « en laquelle tous les capitaines et lieutenans commandans à Paris furent mandez », plusieurs d'entre eux avaient été notés comme suspects, parce qu'ils avaient émis l'avis d'appliquer un remède violent à la crise où l'on

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