‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 164 sur 314 · Relation de Sainct-Yon · texte numérisé non relu

Relation de Sainct-Yon

2. Dr Thou, t. X, p. 255. D'après cet historien^ les ordres auraient été donnés directement par le roi à Augustin de Thou et à réchevin Le Comte, tandis que Sainct-Yon dit que les colonels avaient reçu leurs instructions de M. d'O au conseil de Ville dont nous avons parlé. Les Registres de la Ville attestent -que les ordres du roi furent, en tout cas, régulièrement transmis au président de Thou. Voici le texte même du mandement : « De par les prévost des marchans et eschevins, M. le président de Thou, colonnel, nous vous prions de mander vostre compaignie et celle de M. Tronson cejourd'huy, heure de huict heures du soir, pour de lù les mettre en garde au cimetière des Saincts-Innocens, et ne les lever jusques & demain cinq heures, suivant l'exprès commandement du rov. Faict au bureau de la Ville, le H mai 1588. » (Rbg. H, 1789, fol. 118.)

gnies sur onze refusèrent de se laisser enfermer dans le cimetière et allèrent se poster dans la rue Saint-Honoré et dans la rue du Fouare. Vers trois heures du matin *, M. d'O, suivi d'une petite escorte d'arquebusiers, vint visiter le cimetière, et,.s'adressant aux officiers des quatre compagnies dissidentes, leur demanda avec arrogance pourquoi ils avaient quitté leur poste. Les officiers répondirent sur le même ton qu'ils avaient voulu se mettre en mesure de défendre leurs femmes et leurs enfants contre la soldatesque étrangère qui allait mettre Paris au pillage. D'O n'osa pas insister, car il craignait de provoquer une mutinerie ouverte, et se contenta de dire aux quatre compagnies qu'elles faisaient leur devoir. Il pénétra ensuite dans le cimetière et félicita, au nom du roi, ceux qui n'avaient pas quitté leur poste. Il s'approcha du président de Thou et lui dit à l'oreille de faire encore patienter ses gens quelque temps, en attendant les troupes que le roi avait mandées. D'autres détachements de la milice, notamment les compagnies de la rue Saint-Honoré, avaient occupé le petit Chàtelet et le pont Saint-Michel. A la place de Grève, M. de Marie, maître des requêtes, avait établi un poste avec les compagnies de la rue Saint- Antoine; le chevalier du guet, avec cinquante archers, s'y trouvait aussi. M. d'O, en quittant le cimetière des Innocents, se rendit chez un quartinier nommé Canaye, qui était tout dévoué au roi et auquel on avait confié la garde des clefs de la porte Saint- Honoré. Il se tint chez Canaye une sorte de conseil; l'échevin Le Comte * y assista, ainsi que Téchevin Lugoly, qui avait passé la première partie de la nuit à l'Hôtel do

1. C'est l'heure indiquée par de Thou, dont nous suivons la version. D'après la relation de Sainct-Yon, M. d'O aurait fait sa ronde & une heure du matin.

2. Le Comte avait servi de lieutenant au président de Thou dans le cimetière des Innocents; c'est lui qui avait harangué les capitaines pour les engager à défendre la cause du roi. Il avait les clefs du cimetière et en xivait fermé les portes, sauf un guichet. Voy. la Relation de Sainct-Yon.

Ville. Après une courte délibération, d'O, suivi de Le Comte et Lugoly, alla ouvrir la porte Saint-Honoré, vers quatre heures du matin, au régiment des gardes et aux onze enseignes de Suisses que le roi avait mandés. Ces troupes défilèrent en silence jusqu'au cimetière des Innocents *, puis se dispersèrent et s'avancèrent tambour battant vers les postes qui leur étaient assignés. Le maréchal de Biron conduisit trois enseignes de Suisses et deux françaises au Marché-Neuf, et détacha une compagnie au Petit-Pont, sous le commandement de Joachim de Dinteville. Une compagnie de gardes-françaises, commandée par le capitaine Claude de Tlsle, sieur de Marivaux, s'empara du pont Saint-Michel que la milice avait presque abandonné ', et une autre, commandée par le Gascon du Gast, occupa le petit Châtelet. Louis Berton de Grillon, maître de camp du régiment des gardes et qui devait plus tard acquérir une si brillante réputation militaire, avait ordre de se saisir de la place Maubert, position stratégique de premier ordre; mais il se trouva, au carrefour Saint-Séverin, en présence d'une troupe de factieux et allait la charger quand il reçut ordre de battre en retraite. Il ne s'y résigna qu'avec colère, comprenant bien que cette reculade allait singulièrement encourager les émeutiers d'un quartier populaire entre tous et qu'il aurait fallu maîtriser sans retard. C'est, en effet, de là que l'insurrection se répandit sur la ville entière. Dès quatre heures du matin, le procu-

1. Quaire ou cinq compagnies de Suisses restèrent au cimetière, sous les ordres du capitaine Bonouvrier de Saintonge.

2. L'échevin Sainct-Yon, qui avait affecté d'agir en sens contraire de ses collègues Le Comte et Lugoly, nous apprend dans la relation qui lui est attribuée qu'il aida fort à faire retirer un capitaine nommé Riolle, cordonnier du roi, qui voulait prendre position sur le pont Saint-Michel. Ce Riolle avait été huguenot : aussi Sainct-Yon n*eut-il pas de peine & détourner ses hommes de lui obéir. Quant au quatrième échevin (que la relation de Sainct-Yon appelle tantôt Bonnet, tantôt Bonnard, comme la plupart des documents du temps}, il était au pont Saint-Michel avec Sainct- You et ue joua qu'un rôle effacé.

reur Crucé, apprenant Tentrée dos Suisses, avait ameuté toute l'Université en faisant crier par ses émissaires : Alarme! alaime! et en répandant le bruit que Châtillon avec ses huguenots était dans le faubourg Saint-Germain*. Les écoliers de TUniversité, voyant les troupes se retirer, descendirent de la montagne Sainte-Geneviève, occupèrent la place Maubert * et construisirent immédiatement quelques barricades à dix pas des Suisses. Pendant ce temps, d*0, à la tête de quatre compagnies suisses et de deux compagnies de gardes-françaises, se rendit maître de la Grève et de THôtel de Ville, où le prévôt des marchands, Nicolas-Hector de Pereuse, avait passé la nuit, assisté de rjiristophe de Marie Versigny et de Laurent Têtu, chevalier du guet; on a dit plus haut que Téchevin Pierre Lugoly était resté aussi en permanence à la maison commune, qu'il n'avait quittée qu'à quatre heures du matin pour aller ouvrir la porte Saint-Honoré aux Suisses et aux gardes françaises. Ainsi mis à l'abri d'un coup de main des ligueurs, l'Hôtel de Ville devint, en quelque sorte, le quartier général des royalistes. Le prévôt des marchands y convoqua tous les colonels de la milice pour se concerter avec eux '.

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