Belat. du Bourgeois
5. Cet enthousiasme était d'ailleurs superficiel. L'historien de Thou, qui devait être bien renseigné par son oncle, dit que c*est uniquement à ce dernier que le roi dut Taccueil chaleureux d'une partie de la population de Chartres. Il ajoute que u le reste du clergé et du peuple s'était déjà laissé aveugler ou corrompre par les émissaires de la Ligue. «> T. X, p. 267. Il est possible aussi que les hôteliers de Chartres aient été sensibles aux bénéfices que leur attirait l'arrivée du roi. « La cherté y est si grande, écrit l'auteur de la Journée des Barricades, que les hosteliiers font payer pour homme et pour cheval trois escus la journée, et que le chapon couste cinquante solz et va jusque à un escu. »
ni les autres Iroupes n'entrèrent dans la ville. Dégoûtés de servir un pareil monarque, les Suisses furent même sur le point de faire défection et de passer à la Ligue *. Toutefois, ils se décidèrent à ne pas déserter les drapeaux royalistes, d'abord parce qu'ils espéraient rentrer dans l'arriéré de leur solde, et ensuite parce que le régiment de Picardie ot les compagnies des gardes les menacèrent de les attaquer s'ils refusaient de suivre '.
Guise est maître de Paris. Que va-t-il faire de sa victoire? Henri III est chassé de sa capitale et humilié par la Ligue? Comment va-t-il réparer sa défaite? La municipalité parisienne est désorganisée : leséchevins Le Comte et Lugoly, qui avaient joué un rôle actif dans la lutte de Tautorité régulière contre l'organisation insurrectionnelle des ligueurs, se sont soustraits par la fuite aux conséquences de de leur fidélité à la cause royale '. Les deux autres éche-
1. FÉLiBiBjf, Preuves j t. I, p. 776. Le colonel et les capilaines des Suisses du roi écrivirent de Trappes au duc de Guise une lettre, datée du 14 naai, et qui est fort curieuse. Les officiers suisses prétendent que, trois ans auparavant, c'est le duc de Guise qui demanda un régiment de Suisses tt pour le service de la couronne de France ». Après la défaite de l'armée des protestants allemands qui avaient enyahi la France, le roi, u par la trop grande facilité de leur colonel », les aurait retenus en leur promettant de les envoyer contre le roi de Navarre. Mais on les aurait fait venir & Paris « avec ruse et artifice », en leur faisant croire qu'il s'agissait de faire une exacte recherche des hérétiques, avec l'aide des bourgeois et du duc de Guise. On les a trompés et vendus à la boucherie. C'est Guise qui les a sauvés. Le roi leur doit quatre soldes. Il est parti, en leur disant seulement « qu'ils pouvaient se retirer ». Ils ont cherché en vain à rejoindre le monarque à Saint Cloud, puis à Trappes, où ils sont arrivés après son départ. Les Suisses demandent au duc de Guise « ce qu'ils ont & faire ». Ils consentent à revenir à Paris et promettent de vivre et mourir au service du duc. La lettre se termine par cette mention : « Ecrit en secret h Trappes, le 14 mai 4588 ».
2. Gest ce qu'atteste formellement le Bourgeois de Paris, auteur de la Journée des Barricades. *
Z. Relat. de Saint' Yon. Le royalisme du prévôt des marchands, Hector de Pereuse, et des échevins Le Comte et Lugoly, n'est pas douteux. Sainct-Yon affiche, dans la relation qui lui est attribuée, des sentiments très favorables à la Ligue, bien que mélangés d'un certain respect pour le roi, qu'il appelle à plusieurs reprises « son bon prince ». Quant au quatrième échevin, sa personnalité et ses actes sont plus effacés. 11 y a môme quelque incertitude sur l'ortliographe de son .nom. De Thou (t. X, p. 269) et l'Es-
vins, Bonnard et Sainct-Yon, avaient gardé pendant la journée une attitude fort équivoque qui devint tout à fait sympathique à la Ligue après la victoire. Suspects aux meneurs de la faction cléricale, ils éprouvèrent le besoin « d'attester le ciel et la terre qu'ils estoient innocens de ce dont on les chargeoit; que leurs compagnons les avoient Irahis, faisant leur conseil à part sans les y appeller ». Quant au prévôt des marchands, Hector de Pereuse, qui était courageusement resté à Paris après la fuite du roi, il n'allait pas tarder à être arrêté.
Ainsi, la royauté,, chassée de la capitale, laisse encore une fois le champ libre à une émeute triomphante. En 1588, Tennemi n'est plus un seul homme, s'appel&t-il Etienne Marcel, qui ne réussit qu'un moment à entraîner des masses ignorantes et versatiles : c'est la puissante union d'une partie des chefs de la noblesse, du clergé tout entier et de la fraction la plus énergique de la bourgeoisie : c'est une organisation savante, dès longtemps mûrie et perfectionnée, mise en œuvre par des mains habiles et vigoureuses, puissamment secondée ou, si l'on veut, dominée par l'impérieuse complicité de Philippe II. La révolution de mai i 588 a fait table rase non seulement du gouvernement royal, mais de la municipalité traditionnelle. Elle ne vise pas à donner à la prévôté des marchands une extension presque souveraine ou, comme on dirait aujourd'hui, une autonomie complète. En 1358, le vainqueur, dans la lutte engagée contre le pouvoir central, c'est le prévôt des mar-
TOiLB (t. m, p. 151) rappellent Bonnard, Sainct-Ton, dans sa relation, rappelle d'abord Bonnety puis Bonnard. Quant A Lreoux db Lihcy, dans sa Chronologie des officiers municipaux (appendice IV de VHist, de VHùtel de Ville de Paris), qui rectifie souvent le travail de J. CheviUardf il adopte Porthographe de Bouvart, La chose, au fond, n'a pas une extrême importance; mais il est certain que Bouvart, Bonnard ou Bonnet conforma son atUtude à celle de Saincl-Yon, c'est-à-dire fut sympathique à la Liguet Palma-Gayet s'est trompé lorsqu'il a écrit que « trois des quatre échevins trouvent moyen de suivre le roy; un seul d'entre eux ae trouva du costé des factieux ». Le Comte et Lugoly suivirent seuls le nii.
rliauds, Etienne Marcel, et la révolution prend, de la sorte, un caractère presque exclusivement municipal; en 1588, le prévdt des marchands compte parmi les vaincus, et si le vieux cadre des institutions n'est pas modifié en apparence, toute la réalité du pouvoir municipal passe aux Conseils de la Ligne. Certes, on a dit que le duc de Guise «3t les Seize avaient inscrit sur leur programme « le rétablissement de Tantique liberté des élections municipales * » ; mais c'est là une vaine apparence. Au fond, la Ligue substituera des élections tumultuaires aux élections régulières ; il n'y aura pas plus de liberté dans les choix, parce qu'ils seront dictés par les meneurs d'une faction, au lieu d'être dictés par le roi. En dernière analyse, le véritable but, comme le véritable résultat des Barricades, c'est l'attribution du gouvernement au clergé et à ses hommes ; c'est ce que la langue moderne appellerait le triomphe du cléricalisme. L'histoire ne peut douter des tendances audacieuses de tous ces sermonnaires qui commandaient les quatre cents moines et les huit cents écoliers dont nous avons dit le rdle pendant la Journée des Barricades. Ils invoquaient pour le peuple comme pour le pape le droit de déposer le roi ! Qui leur soufflait cette doctrine? Le duc de Guise. Et pourtant ce fut lui qui recula et laissa échapper « la beste qu'il tenoit en ses filets ». Etienne Marcel avait épargné le dauphin Charles, et il en mourut; Henri de Guise épargne le roi Henri HI, et il en mourra. Un roi qui se laisse insulter en face par un sujet , a peu de chances de conserver sa couronne; un sujet « qui tire l'épée contre son prince, en doit à l'instant jeter le fourreau ». C'est ce que dit le duc de Parme en apprenant l'issue des Barricades. Quant au pape , il blâma également Henri de Guise de s'être mis, lors de son arrivée