Db Thou, t. X, p
2. Achille de Harlay, né à Paris le 7 mars 1536, avait été nommé conseiller & vingt-deux ans, sous le bénéfice d'une dispense d'âge, et président dès 1572, par suite de la retraite de son père. En 1568, il avait épousé Catherine de Thou, flile du premier président. En 1582, il succéda à son beau-père. Il avait su résister avec fermeté aux édils de proscription de 1585 contre les huguenots et aux bulles du pape qui, après la mort du duc d'Alençon, déclarèrent le Béarnais déchu de son droit au trône. Il restera premier président jusqu'en 1616. C'est une des plus belles figures, la plus belle peut-être, de la magistrature française, qui a compté tant do nobles caractères.
par suitf! du départ du roi, il était coairaini do veiller Iv sa s&reté ainsi qu'à celle de ses amis, et qu'il priait leprésident de ne pas assembler la compagnie le lendemain.. Mais de Harlay répondit que les convocations étaient faites,, qu'il ne pouvait plus donner contre-ordre et que, d'ailleurs,, il ne reconnaissait d'autre autorité que celle du roi \. Guise, décontenancé par cette ferme attitude du premierprésident, le regarda « sans mot dire, environ l'espace d'un quart d'heure * », et finit par le prier de ne pas revenir sur les faits accomplis, ce que de Harlay accorda. En sortant de chez le premier président, le duc de Guise dit à haute voix : « Je me suis trouvé à des batailles, à des assauts et & des rencontres les plus dangereuses du monde ; mais jamais je n'ai été étonné comme à l'abord de ce personnage ' ». Cependant, à minuit. Guise avait retrouvé sou sang-froid, et il envoya un message à de Harlay pour lui enjoindre de contremander les membres du Parlement. (( Deux heures après, la royne mère l'envoya prier à mesmo fin *. » Déférant à celte double injonction, le premier président fit contremander ses collègues, le samedi 14, de grand matin ; mais plusieurs ne reçurent pas le billet et vinrent au palais. Il y trouvèrent de Harlay et le prièrent de présider l'assemblée. Un grand silence régna d'abord; a on se regardait l'un l'autre, sans mot dire, sinon que dô myne ou des épaules ». Enfin, quelques conseillers de» enquêtes proposèrent d'envoyer une députation au roi, si
1. D*aprês cerlainfi historiens. le premier président aurait fait une phrase à hermine : w Quand la Majesté du prince est violée, le magistrat n'a plus d'autorité ». Voy. Anqubtil, V Esprit de la Ligue, t. III, p. 23; Mathiei,. livre VIII, p. 548. Cette réponse a dû être fabriquée après coup, comme lut plupart des mots historiques.
2. Hist. de la Journée des Barric. par un Bourgeois de Paris.
3. Mém. fort singuliers servant « VUist, de Fr. Ms. de Dupuy, col. 661.. Récit du président du Vair.
4. Relat. du Bourgeois. H. Martin se met en contradiction (t. X, p. Va} avec le récit du Bourgeois, lorsqu'il écrit que « le lendemain, sur l'express*invitation de la reine mà'ey les magistrats se rendirent au palais »>.
celte mesure était approuvée par la reine mère. Le président de Thou alla demander aussitôt le consentement de Catherine, qui le donna avec empressement et ajouta qu'ell(y enverrait à Chartres le secrétaire d'État Pinart, avec charge d'avertir le roi de la résolution de la cour. On nomma, pour faire partie de la députation qui devait partir le lende> main, les conseillers Courtin, Brissard, Bonnin, Gillot, le président de la Guesle et son fils, le procureur général. Ce dernier était fort compromis, car il « avoit esté des plus, aspres à faire dresser la barricade de son quartier, où il auroit tousjours esté armé d'une cuirasse ^ ». Il avait & cœur de se justifier auprès du roi et prétendait n*avoir agi que contraint et forcé, afin de diminuer Tantipathie que le peuple avait vouée à sa maison.
A cela se borna la protestation du Parlement. Guise,, sans s'arrêter aux récriminations de Catherine, appelait des troupes de Picardie, faisait des levées dans Parismême et se saisissait des positions importantes de la capitale. C'est ainsi que, dès le samedi 14 mai, le surlendemain des Barricades, et sur les deux heures, il fit occuper la Bastille par Jean Le Clerc, procureur au Parlement et capitaine de la dizaine de la rue des Juifs '.. Laurent Têtu, chevalier du guet, qui commandait la forteresse au nom du roi, ne fit pas Tombre de résistance.. Alphonse Omano, qui avait sollicité le poste de gouverneur, se fût défendu tout autrement. Mais le chevalier du guet tenait à son argenterie. Il quitta Paris dès le lendemain par la porte Saint-Antoine avec quatre bons chevaux et un passeport. Le peuple ne vit pas d'un bon œil le départ d'un fonctionnaire détesté; sa propre femme lui reprocha sa h\cheté en termes violents '. S'il s'était rendu