Voy. plus haut, page
États, on supprimera plusieurs édits, impositions et commissions qui surchargent et grèvent les sujets. Le prince •termine par une déclaration assez embarrassée, en ce qui -concerne d'Épernon et la Valletle : « Pour le regard de la plainte particulière que font lesdits princes contre les fiieurs duc d'Épornon et de la Valette, connue Sa Majesté i\oii rendre justice et faire raison à tous ses sujets, de quelque qualité qulls soient, elle fera toujours paraître, en cette occasion, 'comme en toutes autres, qu'il est prince» équitable et droiturier, qui a pour principal but de ne faire tort ni injure à personne et avec cela préférer Futilité publique de ce royaume à toute autre chose \ »
Il faut le dire : ce qui éclate h chaque ligne de cette pitoyable réponse à la hautaine sommation des princes, «'est la peur. Les courtisans fidèles *, les huguenots euxmêmes en rougirent pour lui. D'Épernon, avant de quitter •ia cour et de donner sa démission de gouverneur de Nor- «mandie, réfuta énergiquement dans un factum les accusations des ligueurs. Aux Parisiens qui prétendent n'avoir fait les barricades que pour forcer le roi à se débarrasser Ac d'Épernon et de son frère, il répond, en s'adressani au roi : « Le jeu est trop découvert et cette couleur ne mérite point de réponse. Votre Majesté le sait et tout le monde l'a vu. Quelle apparence, je vous supplie, de faire
1. ifnd., p. 350. D'Épernon était arrivé le 20 mai à Chartres {Hist. de lu Journée des Banncades par le Bourgeois de Paris). D'après le Bourgeois, MM. de Montpensier, de Longuevilie, d'Aumont et autres auraient dit au roi que « s'il venoit, ils s'en iroient tous ». D'Épernon fit tète à l'orage et publia une apologie en réponse à la requête des princes de la Ligue. Cette réplique, qui porte le titre de Remontrance au roi par un vrai catholique romain, son serviteur fidèle, répondant à la requête présentée par la Ligue contre les sieurs d'Épernon et la Vallette. se trouve réimprimée au t. H. p. 354, des Mém. de la Ligue, Voy. aussi Palua-Catet, loc. cit.
2. Voy. la Remontrance de d'Épernon, loc. cit., et V Excellent et libre discours sur l'État présent de la France^ attribué à Michel Hurault du Fay, huguenot et chancelier du roi de Navarre, petit-fils du chancelier de l'Hospital. Ce discours, très remarquable, se trouve au 1. 111, p. 2, des Mém, de la Ligue, et au L III, p. 8i, de la Satyre Ménippée. Édit. de Ratisbonne (1752).
GUISE ET Paris après les barricades 381
entreprise à Paris pour prendre le duc d'Épemon qui éioit à Rouen; et quel sujet de se barricader à la porte du Louvre, armer et mutiner le peuple et s'emparer de tous les chefs de la Ville, pour chasser le sieur de la Vallette de Valence, en Dauphiné, où il étoit? » Aux cléricaux qui soutiennent que d'Épernon est le complice et Tallié du roi de Navarre, le duc riposte par une apostrophe ironique à ces bons catholiques ^ à ces gens de bien « qui ont fait soulever toute la France contre leur roi et prince naturel,, rayant depuis peu de temps chassé de son siège et ville capitale, de façon qu'à leur mode c'est être huguenot ou hérétique de ne reconnoitre en France que le roi; et lepremier point de la religion catholique qu'ils introduisent et qu'ils veulent à tout hasard défendre, c'est être rebelle 4'omme ils sont mutins et séditieux ». Il sied bien de parler de réformes aux ambitieux qui « seroient bien marris, lesbons réformateurs, qu'il n'y eût rien à réformer, et faudroit que les choses allassent bien, s'ils ne trouvoient à remuer et à crier ». Il sied bien de parler du désordre des finances à ces princes lorrains « de race étrangère et adoptée à la ruine de la France » qui, sous Henri II et François II, ont tenu dans leurs mains les finances du royaume, comme ei> font foi les registres de la Chambre des comptes et qui sont « parvenus d'un très petit commencement à une extrême et formidable grandeur... maison agrandie qui veut envelopper sa tête dans la hauteur des nues et remuer du pied la couronne du roi ». Si d'Épernon et son firëre ont reçu des bienfaits du roi, du moins ils n'ont jamais rien sollicité « et louent Dieu au moins de ce qu'on ne Icsk peut accuser d'être pensionnaires du roi d'Espagne, d'avoir reçu argent de lui pour faire la guerre à leur roi et empêcher qu'il ne reprît la seigneurie des Pays-Bas, ni d'avoir repris par force les deniers de ses recettes générales, volé le coche de Bourges et contraint, en pleine paix, d'accom-
38î2 PARIS ET L\ LIGUE
pagnor de cent hommes d'armes l'argent de Normandie jusqu'aux portes de Paris ». Néanmoins d'Épernon et son frère, qui n'ont commis aucun crime et auxquels on n'a pas même permis de se justifier, vont être obligés de quitter la cour et de se dépouiller de leurs charges et gouvernements; ils se sacrifieront pour assurer le repos du roi; mais ils voudraient voir leurs accusateurs faire de même. En terminant, d'Épernon donne à son maître ce dernier conseil d'apporter plus de soin et d'énergie que par le passé à « se garantir des conspirations de ceux qui, la première année de leur entreprise, se cantonèrent à une journée de Paris, la seconde faillirent prendre Paris; la troisième l'ont pris, n'aïant failli Vostre Majesté que d'un quart d'heure et qui, à la première occasion (ce que Dieu ne veuille), la dépouilleront d'honneur, d'état, de liberté et de vie bientôt
après * » .
Quant aux protestants, ils étaient tenus à moins de ménagements envers le roi, et le chancelier du roi de Navarre, Michel Hurault du Fay, se chargea de traduire tout leur mépris à l'égard d'un prince qui montrait si peu de dignité. La circulaire de Henri III aux gouverneurs de provinces « sur ce qui est avenu à Paris, le douzième de mai, contre lui-même » parait au confident du Béarnais, dont il reflète probablement la pensée, « si froide, si timide que rien plus, comme d'un homme qui se plaint et n'ose nommer celui qui Ta battu; comme d'un homme qui a peur que son ennemi soit encore en colère et ne se veuille contenter du mal qu'il lui a déjà fait. Il n'ose dire qu'il ait été contraint de s'enfuir, ni qu'on l'ait chassé, n'ose appeller cela injure; à peine déclareroit-il qu'il en fera punition; ne commande plus à son peuple, mais le prie et au bout du compte, ce qui est le plus ignominieux, mande que Ton
J. Remontrances au /'O?, loc, cit.
fasse des supplications aux Églises afin que cette querelle se puisse bientôt appaiser, comme s'il avoit peur que Monsieur de Guise fût offensé de ce qu'il ne s'étoit laissé prendre dans son Louvre, mais s'en étoit fui. » A cette plate déclaration, Michel Ilurault oppose les lettres du duc de Guise, dont nous avons plus haut donné l'analyse, « toutes deux lettres de soldat, braves, audacieuses oii il se loue galantement de ce qu'il a fait... » Le chancelier du roi de Navarre divise la France en trois partis : celui de la Ligue, qui est le plus grand; celui du roi, le plus légitime, mais le plus faible ; enfin celui du roi de Navarre, qui est le plus juste et le plus sûr. Il accuse nettement le duc de Guise de viser « à se faire roi, s'il peut; sa procédure et ses moiens, c'est la guerre civile et la division des Français catholiques contre ceux de la religion... » L'auteur de V Excellent discours^ après avoir esquissé en traits incisifs les portraits des chefs de partis qui se disputent la France et des princes étrangers qui sont mêlés plus ou moins directement aux luttes du royaume, terminait par une longue apostrophe au duc de Guise, qui est pleine d'éloquence et de feu *.
1 . « Je veux flnir par toi, flambeau de la guerre, qui as tourné à la mine de ton roi et de ta patrie les grandes grâces que Dieu t^avoit données pour pouYoir dignement servir et l'un et Tautre. Penses-tu point que tu seras puni un jour du parricide que tu commets contre ta propre mère?».' Non, non, il ne te faut point d'autre punition que tes propres desseins; voilà ta gêne. Pauvre homme! tu as déjà presque quarante ans sur la t6tè et tu n'oses encore prendre le nom du roi!.... Mais tu ne veux pas régner! Ehl qui donc, misérable! si ce n'est cela, qui te mène? si ce n'est une grande et puissante ambition qui t'anime, telle que l'avoient .autrefois ou MariuS; ou Sylla ou César; on te détestera bien aux siècles
à venir d'avoir fait tant de mal au monde pour néant Ce n'est point
encore tout cela. Quoi donc? Le seul zèle de la religion catholique t'échanffe le cœur? Je crois que tu le dis en public, non pas en ton cabinet... n y a encore tant de Turcs et de Sarrasins au monde qui te détiennent le roïaume de Jérusalem, héréditaire à ta maison : que ne tournes-tu plutôt là tes desseins que sur celui de France? Mais c'est pour le défendre : hé! qui l'attaque? qui ose rien demander aux catholiques... Non, n'allègue point ces excuses; on s'en mocque : dis seulement que tu veux régner, que ta veux être roi : voilà la plus vraie et la plus belle
couleur de ton enseigne Tu te plains encore que l'on avoit fait courir
de mauvais bruits contre toi et contre ton honneur... certes, tu t'en es
Ainsi, les protestants se chargeaient de confondre l'ambition dos Guises, au nom d'un roi dégénéré, qui oubliait la dignité de son rang et mendiait la clémence du chef de la Ligue.
Les Parisiens, pleins de confiance dans le duc de Guise, suivaient aveuglément Timpulsion de leur idole. De là une tactique à la fois prudente et active ; on prodigue au roi les témoignages de soumission et, en même temps, Ton resserre de toutes parts les mailles du filet où la dynastie des Valois agonise. Le 17 mai, le frère Ange, ci-devanl Henri de Joyeuse, comte du Bouchage- et frère du feu duc de Joyeuse, quitta processionnellement Paris, une croix sur le dos, et suivi de trente cinq pénitents de la confrérie fondée par Henri HI cinq ans auparavant. Cette troupe pieuse, qui se composait presque exclusivement de ligueurs, se rendit « à beau pied et nuds pieds » * à Chartres pour prier le roi d'accorder son pardon aux Parisiens. Les confrères ou les compères entrèrent à Chartres en chantant et jouèrent leur mystère à Tantique. Frère Ange, figurant le Christ, semblait succomber sous sa croix de carton, le front couvert d'un sang bien imité; des bourreaux le frappaient sans relâche, et deux jeunes capucins déguisés figuraient la Vierge et la Madeleine. « Tout ce peuple de Chartres, dit TEsloile, espandu par les rues pour les regarder, estoit étonné ; les uns trouvans beaux ces nouveaux mistèrés, les autres s'en rians et s'en moquans et beaucoup s'en offensans, comme si on eust voulu se servir des cérimonies de la religion catholique, apostolique et romaine pour mas-
bien purgé. On t'accusoit d'avoir mutiné le peuple de quelques villes de ce rolaume contre les gouverneurs que le roi vouloit y établir; tu as effacé
ce bruit en mutinant celui de Paris contre le roi même Ainsi tu essuies
bravement un larcin par un sacrilège, un meurtre par un parricide, un parricide par un crime. »